En 2021, une lutte initiée suite à un plan de délocalisation impliquant le licenciement des ouvriers de l’usine de composants automobiles Driveline GKN située dans la banlieue de Florence en Italie, a donné lieu à l’occupation de l’usine, à l’élaboration d’un plan de reconversion écologique par les travailleurs avec l’aide du groupe de solidarité Insorgiamo con i lavoratori GKN (Nous nous insurgeons avec les ouvriers de GKN) et un collectif de chercheurs militants, ainsi qu’au développement de réseaux de soutien aux niveaux local, national et international .
Cela montrent ainsi qu’il n’y aura pas de révolution écologique sans lutte des travailleur·ses, pas d’émancipation du travail sans une défense des conditions d’habitabilité de la Terre.
Le 23 octobre 2023 à la Bourse du travail de Paris, se tenait, une soirée de soutien en présence d’ouvriers en lutte de l’usine de Florence ainsi que de chercheur.ses solidaires qui ont contribué à rédiger le plan de reconversion écologique de la production.
C’est une partie de cette rencontre que nous vous proposons aujourd’hui et nous entendrons les interventions de : • Alexis Cukier (pour les organisateur·ices) • Angelo Moro (sociologue, chercheur solidaire) • Francesca Gabriellini (historienne, chercheuse solidaire) • Sara Marano (pour les organisateur·ices) • Dario Salvetti (ouvrier ex-GKN, porte-parole de la lutte) • Davide Gallo Lassere (traduction).
Organisateurs : Attac , Ateliers Travail et Démocratie , Association autogestion, CGT Paris, Coopcycle, Les Utopiques, Réseau Écosyndicaliste, Réseau Salariat Grand Paris, Solidaires Paris Strike. Collectif d’enquêtes militantes, Syndicalistes.org
URGENT: SOLIDARITÉ AVEC LA LUTTE DES OUVRIÉ.RE.S EX-GKN DE FLORENCE
Nous savons que vous, en tant que membres d’organisations du mouvement sociale et écologiste, ou bien en tant qu’individus, avez exprimé de l’intérêt pour la lutte des ouvriè.re.s de l’usine ex-GKN, maintenant occupée depuis deux ans.Le collectif d’usine nous a envoyé un appel à rejoindre l’actionnariat populaire pour devenir membre financeur de la nouvelle coopérative ouvrière GFF (GKN For Future). C’est à dire, contribuer à faire exister le plan de reconversion par le bas, écologique et socialement intégrée de l’usine, nécessairement AVANT LE 31/12/2023. C’est la dernière occasion d’éviter les licenciements et l’évacuation de l’occupation. Les raisons sont contenues dans l’APPEL (en pièce jointe) : non seulement faire un don, mais essayer de pratiquer un contrôle démocratique sur le projet, à travers tout le réseau de solidarité qui a permis à cette usine de résister pendant deux ans et de tisser des alliances avec les autres mouvements sociaux. Qu’est ce que on vous demande?
la remplir, l’envoyer via Courrier Electonique Certifié, ou bien via courrier recommandé (au moins 500 euro). L’argent sera effectivement versé si et seulement si le projet démarre. Pour nous, c’est la forme conseillée d’engagement pour toute association politique ou syndicale : elle permet de construire un lien de solidarité plus actif que le simple don.
participer avec un don à la cagnotte en ligne https://www.cotizup.com/lutte-ex-gkn . L’argent sera employé pour acheter directement des action de la part de la Société de Mutualisme SOMS (premier actionnaire du projet). Si le projet de reconversion ne démarre pas, l’argent reste à la SOMS pour d’autres initiatives de solidarité.
pour les individus, il y a trois possibilités:
télécharger la demande d’admission pour individus, file:///C:/Users/Acer/Downloads/Admission-Form-for-individuals.pdf la remplir, l’envoyer via Courrier Electonique Certifié, ou bien via courrier recommandé (au moins 500 euro – ça peut être aussi un groupe d’ami.e.s qui récolte l’argent à la hauteur de 500 euros et âpres désigne un unique représentant). L’argent sera effectivement versé si et seulement si le projet démarre.
contribuer avec 100/200/300/400 euros: télécharger la demande d’admission pour individus, la remplir, l’envoyer via Courrier Electonique Certifié, ou bien via courrier recommandé. Vous recevrez un lien pour une réunion en ligne, dans laquelle on organisera des groupes de 5 personnes avec un représentant pour chaque groupe. L’argent sera effectivement versé si et seulement si le projet démarre.
participer avec un don à au RIB ou à la cagnotte en ligne.https://www.cotizup.com/lutte-ex-gkn L’argent sera employé pour acheter directement des action de la part de la Société de Mutualisme SOMS. Si le projet de reconversion ne démarre pas, l’argent reste à la SOMS pour d’autres initiatives de solidarité.
2. DIFFUSEZ AU MAXIMUM!
Nous vous prions de partager les INFOGRAPHIQUES pour l’actionnariat populaire et aussi le lien pour la cagnotte en ligne, pour rejoindre un plus grand nombre de personnes et contribuer à arriver à la hauteur de l’objectif prévu d’un million d’euros. Instagram, Facebook, boucles Telegram, articles sur des blogs, journaux, contributions sur des médias indépendants…toute forme de diffusion avant le 31/12 est la bienvenue. Vous allez trouver les matériaux de la campagne (APPEL, INFOGRAPHIQUES, DEMANDES D’ADMISSION) en pièce jointe, ainsi que dans ce drive: GKN français .https://drive.google.com/drive/folders/1ve3xH6EnZl2r1ND_LQCysSxclOHj_zSw
Contribuons à sauver cette expérimentation politique inédite ! MERCI POUR VOTRE AIDE !!!
Comité de soutien ex-GKN – France et Belgique
p.s. matériels en langue française pour en savoir plus et pour plus d’informations sur cette lutte :
APPEL URGENT À SOLIDARITÉ AVEC LA LUTTE DES OUVRIÉ.RE.S EX-GKN DE FLORENCE : VERSL’HEURE X
Ces dernières semaines, des pluies torrentielles ont frappé Florence, en provoquant des nombreux dégâts. Ce n’est que le dernier épisode d’un scénario qu’on a déjà vu et qu’on va expérimenter de plus en plus souvent: celui des événements météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique. Comme il est désormais troublante habitude, les citoyens et citoyennes se sont auto-organisé.e.s pour la première solidarité sur le territoire. Le collectif d’Usine ex-Gkn, donc, est maintenant engagé dans le nettoyage des maisons inondées à côté de l’usine occupée. Dans ces moments particulièrement difficiles, ils demandent de faire circuler cet appel.
A faire circuler à l’ensemble de notre réseau de solidarité : Vers l’heure X
1. Les licenciements ont repris. Notre temps est compté. Toute activité de solidarité ou de soutien à Gkn doit maintenant s’accommoder de ce temps.
2. L’heure X est aujourd’hui le 1er janvier 2024 : les licenciements seront définitifs et Gkn seradéfinitivement transformée en une opération immobilière.
3. Il n’y a pas de troisième voie : usine Gkn vide ou usine socialement intégrée. Soit un symbole du fait qu'”ils” finissent toujours, tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, par gagner. Soit, un exemple du fait que, ici et maintenant, “nous pouvons”. Atteindre le bord de l’abîme, s’envoler ou tomber.
4. Nous n’avons pas le choix, c’est notre lieu de travail. Nous essaierons de résister jusqu’au bout. Vous avez le choix : prendre acte de la tournure des événements, ou bien vous mettre en jeu ici avec nous,pour soutenir un exemple concret de nouveaux rapports de force pour le mouvement syndical, pour la justice sociale et le mouvement climatique.
5. Nous sommes conscients du contexte. Nous sommes confrontés à une escalade de la guerre à niveau global et à un massacre à Gaza. Nous ne sommes pas la seule entreprise en crise, ni le seul conflit exemplaire. Et nous ne nous démenons certainement pas pour être plus visibles ou plus urgents que les autres. Nous ne sommes qu’une infime partie de l’ensemble. Mais nous soulignons que cette infime partie a, ici et maintenant, atteint son épilogue. Et c’est maintenant qu’il faut décider quel sera cetépilogue. À vous d’évaluer l’importance de cet épilogue pour l’équilibre général des pouvoirs.
6. Il n’est pas facile de communiquer sur les différentes étapes de la lutte. L’autre camp s’est équipé au fil du temps pour polluer tous nos récits, les embrouiller, les enchevêtrer, les techniciser. Nous devons vous demander d’être plus attentifs, en suivant nos réseaux sociaux, en vous inscrivant dans les groupes gkn info sur Whatsapp (écrivez à 3478646481) ou en vous abonnant à notre canal Telegram.Sur insorgiamo.org, vous trouverez
7. La réindustrialisation par le bas est un instrument de lutte et, en tant que tel, doit dépendre des moments de la lutte. Toutes les activités liées aux cargobikes, au plan photovoltaïque et à l’actionnariat populaire s’accélèrent maintenant ou deviennent superflues.
8. Nous manquons de temps. Nous ne sommes plus en mesure de répondre à des propositions isolées, à des invitations isolées, à des activités isolées. Le mois de novembre est déjà presque terminé et le mois de décembre est raccourci par les vacances. Nous devons réduire considérablement le nombre de réunions, d’appels et d’initiatives. Nous lançons un Insorgiamo Tour (une “Tournée Ensourgeons-nous”) en vue de l’heure X : Rome, Milan, Padoue, Naples, Turin. Et au niveau international : Vienne, Barcelone, peut-être Berlin, peut-être Londres. Nous demandons à toutes les réalités de converger avec nous aux dates qui seront indiquées.
9. La feuille de route vers l’heure X doit être caractérisée par des moments d’intensité croissante: Insorgiamo Tour; grève générale le 17 novembre à Florence, quand nous ferons bloc à nouveau dans la rue; le 2 et 3 décembre, nous vous appelons tou.te.s à l’usine encore une fois. Marquez dans vos agendas qu’il y aura des actions de lutte tout au long du mois de décembre pour conjurer l’heure x, qui frappera le 31 décembre à 00h00.
10. Ces jours-ci, la justice climatique, la justice sociale, le mutualisme, l’usine socialement intégrée, le soin du territoire et de la communauté, le besoin de convergence semblent s’être effondrés ensemble en quelques heures à Campi Bisenzio. Tout cela semble être le fruit du hasard. En réalité, c’est le signe que nous nous étions préparés à ce moment. Que nous avons fait des choix. Le rapport de force estécrasant, le contexte peut nous dominer, mais on a toujours une marge de choix. On ne peut pas choisir quand il pleut, mais on peut choisir quel genre de personne on sera sous la pluie. Nous choisissons de ne pas tomber.
L’argent sera employé pour financer l’actionnariat populaire afin de commencer la production autogérée pour la reconversion écologique et socialement intégrée de l’usine.
Pour tous les détails techniques, pour écrire et demander un rdv téléphonique (en anglais) via Whatsapp ou Telegram au +39 3478646481
Depuis le vendredi 24 novembre 2023, “une trêve” dans les attaques de la bande de Gaza a été négociée en vue d’un échange entre les otages détenus depuis le 07 octobre en Palestine et des prisonnier-es palestinien-nes. Afin de mieux comprendre les enjeux liés à cette question et le rôle de la prison en tant qu’ outil du colonialisme, nous avons réalisé un entretien avec un membre du réseau international de solidarité avec les prisonier-e-s palestinien-ne-s Samidoun le dimanche 26 novembre dernier, que nous vous diffusons aujourd’hui.
Dans cette émission, vous pourrez entendre les interventions ayant eu lieu lors de la journée internationale de solidarité avec les peuples autochtones des Amériques, le 14 octobre dernier, organisée par le Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques dans le cadre de l’action globale “LE SUD RÉSISTE !”. Ainsi, en première partie d’émission, vous pourrez entendre lors de la première table-ronde : “Peuples autochtones en défense de la Terre-Mère et de l’eau face aux Mégaprojets”, des militants des peuples maya, cheyenne et yukpa. Puis, en seconde partie d’émission, ce sera une autre lutte amérindienne qui sera à l’honneur. Mais cette fois-ci en France, avec une délégation du peuple des kali’na, venue de Guyane.
Dans l’émission de jours, vous allez entendre la présentation du livre : antisionisme, une histoire juive, qui se tenait le 8 novembre 2023 au maltais rouge à paris. La présentation de cet ouvrage était assurée par les autrices : Béatrice Orés, Michèle Sibony et Sonia Fayman. Ce livre est publié aux éditions syllepse.
Lors de la cérémonie officielle commémorant le 75ᵉ anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, le président français déclarait devant le chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou : »Nous ne céderons rien aux messages de haine, nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».
Cette affirmation est le point d’orgue d’un processus d’assimilation de toute critique de l’État d’Israël à l’antisémitisme et qui ignore délibérément l’opposition d’intellectuel·les, de rabbins, de militant·es et d’organisations juives au projet puis aux objectifs, faits et méfaits de l’État israélien.
On retrouvera dans ce recueil les prises de position venues de divers horizons intellectuels, toutes contestant, pour des raisons morales ou politiques, la légitimité, l’intérêt et les conséquences du projet sioniste.
Hannah Arendt, Daniel Bensaïd, Judith Butler, Hilla Dayan, Isaac Deutscher, Henryk Erlich, Karl Kraus, Ilan Pappé, Maxime Rodinson, Abraham Serfaty, ou encore Michel Warschawski sont quelques-uns des noms qui jalonnent ce recueil de textes courant de 1885 à 2020 où se fait entendre la diversité des voix – religieuses ou révolutionnaires, libérales ou humanistes – qui se sont élevées contre le sionisme en Occident, au sein du monde arabo-musulman et en Israël même.
La militante palestinienne Mariam Abudaqa a été interpellée pendant la nuit de mercredi à jeudi à Paris, quelques heures après la validation de son expulsion par le Conseil d’Etat, a appris l’Agence France-Presse (AFP) de sources policières et auprès de son avocate. Le Conseil d’Etat a donné son aval mercredi à l’expulsion de la militante du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation de gauche radicale qualifiée de « terroriste » par Israël et l’Union européenne. La plus haute juridiction administrative française a ainsi infirmé une décision du tribunal administratif de Paris, qui avait suspendu l’arrêté d’expulsion pris par le ministère de l’intérieur. La militante a été arrêtée dans le 13e arrondissement, puis placée sous le régime de la « retenue administrative », elle sera assignée à résidence ou envoyée en centre de rétention, a précisé son avocate. Elle possède, selon cette dernière, un billet d’avion pour l’Egypte réservé pour le 11 novembre. Mme Abudaqa, qui est âgée de 72 ans, avait obtenu au début d’août à Jérusalem un visa de cinquante jours pour se rendre en France, où elle devait participer à diverses conférences sur le conflit israélo-palestinien. Arrivée en septembre, elle a donné deux conférences malgré leur interdiction et a manifesté pour la libération du militant du FPLP Georges Ibrahim Abdallah, condamné à la perpétuité en 1987 pour l’assassinat de diplomates américain et israélien.
Mariam Abudaqa est une militante palestinienne de longue date. Elle souhaite expliquer son implication obstinée pour la défense des femmes palestiniennes, faisant face sur deux fronts, l’occupation de leur pays et les structures patriarcales de leur société. Gazaouie et femme, elle décrit la situation tragique immédiate dans la bande de Gaza. Elle milite pour les droits des Palestiniennes dans les prisons israéliennes; les droits des femmes rurales, des femmes réfugiées et des étudiantes vivant sous l’occupation et l’encerclement. Elle situe son combat dans les luttes des femmes à l’échelle internationale.
Le mardi 7 novembre 2023 à 11 h, les associations «Association France Palestine Solidarité » (AFPS) et « Union Juive Française pour la Paix » (UJFP) organisait une conférence de presse au Centre international de culture populaire (CICP), 21ter Rue Voltaire, 75011 Paris, dans laquelle elle prenait la parole. Dans cette émission nous vous diffusons cette conférence en intégralité.
Les chantiers des JO ont commencé malgré la crise sanitaire et les résistances locales, et les retards accumulés accélèrent leurs cadences et dégradent les conditions de travail. Les conséquences sont nombreuses : quartiers irrespirables (accélération de la bétonisation et de la pollution), inabordables (spéculation immobilière, entraînant l’expulsion des pauvres et des modestes), policés (imposition des normes des investisseurs et du tourisme, surveillance et répression), implantation de grandes enseignes, réduction des espaces publics et des parcs, disparition d’espèces protégées… et la liste est encore longue. Les différents saccages engendrés par les Jeux Olympiques ne font qu’accélérer les problèmes écologiques et les injustices sociales dans nos villes, et nous privent des moyens de décider collectivement de ce qui nous entoure.
Vendredi 29 septembre, lancement de la carte des Saccages des Jeux Olympique et Paralympique 2024 conçues avec de nombreux·ses camarades et collectifs.
Dans cette émission, nous débuterons par le reportage réalisé ce 29 septembre 2023 sur le Toxic tour à vélo, qui partait devant le village des athlètes en construction, vers différents sites du chantier.
La seconde partie, nous mènera à la Bourse du travail de Saint-Denis ou se tenait, le même jour, la présentation de la carte et où de nombreux collectifs s’expriment sur la manière dont ils et elles s’organisent contre les JOP 2024.
Le 4 novembre 2023, s’est déroulée la première manifestation autorisée en soutien à la résistance palestinienne, depuis le 7 octobre, à l’appel du collectif Urgence Palestine. Le Collectif Urgence Palestine rassemble des citoyen-ne-s, des organisations et mouvements associatifs, syndicaux et politiques mobilisés pour l’auto-détermination du peuple palestinien. Solidaires, nous menons une lutte commune contre l’oppression coloniale et les guerres impérialistes. Mobilisés dans l’urgence, nous organisons, autour des Palestinien-ne-s en tant que premiers et premières concerné-e-s, la lutte pour la constitution d’un front large, populaire, démocratique, défendant les exigences et les mots d’ordre suivants :
Pour un cessez-le-feu immédiat et la fin du blocus.
Halte au massacre, Halte au siège.
Halte à la complicité du gouvernement français avec les crimes israéliens.
Non à la répression de la solidarité avec la lutte du peuple palestinien.
Ensemble, résistons à l’occupation, au colonialisme et à l’apartheid !
En appel à la prochaine manifestation du 11 novembre prochain, à 15h, au départ de la place de la République, nous diffusons aujourd’hui les enregistrements que nous avons pu réaliser le 4 novembre dernier.
Depuis le 7 octobre 2023, la lutte palestienne est remise sur le devant de la scène médiatique. L’ensemble des puissances internationales s’emparent de la question de sorte à négocier de futurs accords entre les unes et les autres, et le gouvernement français y voit une occasion d’accélérer sa politique intérieure sécuritaire. Rien ou très peu de choses sur le contexte politique au global, aussi bien en Israël qu’en Palestine. Encore moins sur les responsabilités occidentales d’une genèse coloniale qui s’applique aujourd’hui en Palestine.
Dans cette émission, nous vous diffusons donc un ensemble de témoignage, prise de parole et interviews qui nous semblent nécessaires pour dessiner les contours d’un mouvement international de solidarité. Tout d’abord vous pourrez entendre le témoignage d’une rescapée du kibboutz de Beeri. Ensuite, nous diffusons l’interview de Pierre Stanbul, représentant de l’Union des Juifs Français pour la Paix. Puis, vous entendrez une prise de parole réalisée au Vigan lors d’un rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien interdit. Enfin, nous terminerons avec l’interview de Guy Dardel, membre du Mouvement Immigration et des Banlieues, qui reviend sur l’histoire des mobilisations de solidarité avec la Palestine depuis les années 90.
Le 7 octobre dernier, le Hamas a lancé une offensive d’envergure contre Israël, la plus importante depuis plusieurs années. Cette offensive cause plus de 800 morts et 2 400 blessés, ainsi que la prise d’une centaine de personnes comme otages. En réponse, le gouvernement israelien à lancé une offensive faisant plus de 5 000 morts à Gaza ces deux dernières semaines.
Dans le même temps, les interdictions de toute expression de solidarité avec la Palestine se multiplient en France.
Cette année, la manifestation pour la libération de Georges Abdallah devait réunir à Lannemezan plusieurs milliers de personnes venues de toute la France et d’autre pays, en solidarité avec la Palestine. Initialement interdite par la préfecture de Haute-Pyrénées, celle-ci a pu se tenir ce samedi 21 octobre, suite à la suspension de l’interdiction à la dernière minute par le Tribunal Administratif de Pau, grâce au recours porté par le Collectif 65 pour la libération de Georges Abdallah.
Dans ce contexte, nous vous proposons une émission qui revient la question des interdictions des manifestations de solidarité avec la Palestine. Le meeting du 18 octobre 2023, a la bourse du travail de Paris a été interdite. En réaction, les organisateurs, ont tenu une conférence de presse. Ils reviennent sur le fait que la manifestation de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, avait dans un premier temps été interdite. Ensuite, nous vous rediffusons, un reportage du 18 juin 2023 à Paris lors de la journée de soutien aux prisonniers politiques et à Georges Ibrahim Abdallah.
Cette émission du mercredi 18 octobre 2023 sera toute entière consacrée au contrôle, à la répression et à la surveillance d’état. A la surveillance d’État numérique, technologique dirons-nous. Dans ce cadre-là, vous pourrez entendre des interventions choisies ayant pris place dans une réunion publique organisée par la Quadrature du net et traitant de la criminalisation du chiffrement à l’œuvre dans l’affaire du « 8 décembre ». Laquelle y “transforme les pratiques numériques des inculpé·es en « preuves » d’une « clandestinité »”, qui trahirait selon les renseignements l’existence d’un projet terroriste. Puis en seconde partie d’émission, c’est de plateformes, d’opérateurs et de navigateurs internet dont il sera question, l’État français cherchant à contrôler et à censurer la toile. Nous terminerons enfin par deux brèves d’actualité se focalisant là aussi sur les moyens de surveillance de l’État français, à travers l’enquête des Predator files¹ d’une part, et à travers l’espionnage de manifestants pendant et après le mouvement des gilets jaunes² d’autre part.
¹ Lien vers des articles d’Amnesty international accès libre) et de Médiapart (sur abonnement) concernant l’enquête Predator files. L’enquête a été réalisée par le réseau d’investigation journalistique European Investigative Collaborations, en collaboration avec les experts du Security Lab d’Amnesty International. ² Interview de Vincent Nouzille, auteur du livre “Le côté obscur de la force – Enquête sur les dérives du ministère de l’Intérieur et de sa police”, par Ariane Gressiel, en date du 9 octobre, sur France inter.
Lien vers l’article de la Quadrature du net sur le droit au chiffrement et à la vie privée, en cause lors du procès du « 8 décembre ». Ledit procès se tiendra du 3 au 27 octobre 2023.
L’affaire du 8 décembre : “L’affaire du 8 décembre 2020 est une opération antiterroriste commanditée par le Ministère de l’Intérieur contre des militant·es désigné·es par ce dernier comme des « activistes d’ultragauche » et mis·es en examen pour « association de malfaiteurs terroristes ». La DGSI, accompagnée d’unités de polices militarisées (GAO, RAID), a procédé à l’arrestation de neufs personnes – que nous réunissons sous la bannière « libertaires » – dont les engagements politiques étaient divers et dans des régions différentes: soutien aux familles réfugié·es, projets d’autonomie et de lieux collectifs à la campagne, soutien aux victimes de meurtres d’État, squat d’activités politiques et contre-culturelles, écologie et défense de la cause animale, implication dans des Zones A Défendre, activisme dans la scène punk, féminisme, etc. Ces neuf personnes ne se connaissent pas toutes. Certaines ne s’étaient côtoyées qu’une fois dans leur vie (pendant le confinement). Mais toutes avaient comme point commun une personne, Libre-Flot, ciblée par la DGSI depuis son retour du Rojava en 2018 où il avait participé à la lutte contre DAESH. […]” Lire la suite sur le blog des comités du 8/12
Le mardi 19 septembre 2023, avait lieu un “Apéro Critique” à la Maison ouverte, 17 rue Hoche à Montreuil, intitulé ” Avenir de L’Afrique : fin de la Francafrique?”. Lors de ce débat autour des coups d’état militaire au Sahel. A cette occasion, nous avons pu écouter Allasane Dicko membres d’ Afrique Europe Interact, David Mauge, membre de Survie et contributeur de l ouvrage Une histoire de la Francafrique : l’empire qui ne veut pas mourir, et Bruno Jaffre membre de Survie et auteur d’un blog sur le Burkina. Dans cette émission, nous vous diffusons une partie des prises de paroles réalisées à cette occasion.
Le 25 août dernier arrivait à Orléans le Convoi de l’eau, une manifestation itinérante partie de Sainte-Soline quelques jours plus tôt. Ce convoi, rassemblant tracteurs et vélos, était organisée par Bassines Non Merci, la Confédération Paysanne et les Soulèvements de la Terre ; avec pour objectif l’Agence de l’Eau, où devait se dérouler une négociation autour d’un moratoire sur les “méga-bassines”. Mais c’est de Paris que vous pourrez entendre les différents enregistrements de cette première partie d’émission, une délégation s’étant dirigée vers la capitale le jour suivant, le samedi 26 août, suite à l’échec des négociations. Avait alors lieu un rassemblement et une manifestation à vélo, avec pour point de chute, le festival des Digitales à la Parole Errante, organisé par le squat la Baudrière. Nous ferons remarquer concernant ce dernier, qu’iels avaient été expulsé-es quelques jours plus tôt mais avaient anticipé, en déplaçant le lieu de leur festival. En seconde partie d’émission, vous pourrez retrouver une intervention ayant eu lieu dans ce même festival, où Andrea, juriste et activiste chilienne, faisait part du conflit historique du peuple Mapuche pour la défense du fleuve Pilmaiquén, et ce contre trois centrales hydroélectriques.
Le 8 décembre 2020, la DGSI arrêtait neuf personnes, désignées par le Ministère de l’Intérieur comme « membres de la mouvance ultragauche ». Sept d’entre elles sont mises en examen, dont cinq placées en détention. Elles sont accusées d’« association de malfaiteurs terroristes », ce qu’elles nient catégoriquement. Après l’extrême violence de leurs arrestations (interventions du RAID, fourgons banalisés, sacs sur la tête, camisoles, GAV antiterroriste, fusils d’assaut chargés, humiliations…), après la violence des incarcérations (isolement carcéral, grève de la faim, statut DPS, fouilles à nu…), c’est aujourd’hui la violence de la Justice qui attend les inculpé·es, avec un procès qui se tiendra du 3 au 27 octobre 2023.
Afin que leur parole soit entendue, parce qu’ils et elle ont besoin de soutien, mais aussi pour se mobiliser contre l’extension sans précédent de l’arsenal antiterroriste. Dans l’émission de ce jour, nous revenons sur cette affaire. Nous débuterons avec l’entretien réalisé en compagnie d’une personne proche des inculpé.es.
Et en seconde partie d’émission, nous vous diffuserons un montage dans lequel alterneront les prises de parole de libre flot (orales ou écrites) avec les prises de parole du rassemblement organisé à Ménilmontant le 29 mars 2022
Cette affaire sera jugée du 3 au 27 octobre 2023.
L’AFFAIRE DU 8 DÉCEMBRE : C’EST QUOI ?
L’affaire du 8 décembre 2020 est une opération antiterroriste commanditée par le Ministère de l’Intérieur contre des militant·es désigné·es par ce dernier comme des « activistes d’ultragauche » et mis·es en examen pour « association de malfaiteurs terroristes ».
La DGSI, accompagnée d’unités de polices militarisées (GAO¹, RAID), a procédé à l’arrestation de neufs personnes – que nous réunissons sous la bannière « libertaires » – dont les engagements politiques étaient divers et dans des régions différentes: soutien aux familles réfugié·es, projets d’autonomie et de lieux collectifs à la campagne, soutien aux victimes de meurtres d’État, squat d’activités politiques et contre-culturelles, écologie et défense de la cause animale, implication dans des Zones A Défendre, activisme dans la scène punk, féminisme, etc.
Ces neuf personnes ne se connaissent pas toutes. Certaines ne s’étaient côtoyées qu’une fois dans leur vie (pendant le confinement). Mais toutes avaient comme point commun une personne, ciblée par la DGSI depuis son retour du Rojava en 2018 où il avait participé à la lutte contre DAECH.
FAITS REPROCHÉS
A l’heure de leur arrestation chacun·e menait sa vie dans des régions différentes, bien que la DGSI affirme avoir déjoué un « vague projet de s’en prendre à des forces de l’ordre » et que la médiatisation se fit l’écho sans nuance de ces suspicions pendant quelques jours.
Pourtant, les inculpé·es, leurs proches et leurs avocat·es démentent ces accusations, qui sont fondées sur des « extrapolations délirantes ».
Il est reproché aux inculpé·es plusieurs « éléments matériels » qui s’étalent sur à peine deux mois et concernent des personnes différentes : la détention d’armes, la confection d’explosifs, la pratique de l’AirSoft et l’usage d’outils de communication sécurisés.
Ces faits sont soit parfaitement légaux, soit des délits qui relèvent du droit commun, et les inculpé·es sont prêt·es à en assumer les conséquences. Mais la DGSI et la Justice tentent par tout les moyens de faire entrer cela dans un cadre « terroriste ».
Pour ce faire, tout le reste de leurs activités (projets professionnels, militants ou familiaux) qui démentent les accusations est mis sous le tapis pour ne retenir que des éléments « à charge » que les techniques d’intrusion dans leur vie ont pu extraire. D’après le témoignage d’une mise en examen, « le dossier repose sur un ensemble d’éléments disparates qui n’ont globalement rien à voir les uns avec les autres mais qui, décontextualisés et racolés, permettent de construire un décors ».
La détention d’armes.
Quelques armes ont été saisies dans cette enquête. Des armes de collection inutilisables et quelques carabines de chasse appartenant à quatre inculpé·es (ou à leur famille). Rien de comparable aux arsenaux de guerre saisis en juin 2022 en Alsace ou dans l’Eure en novembre 2021 chez des néo-nazis et militaires ; sans que le PNAT ne s’y intéresse.
Deux inculpés étaient inscrits dans un club de tir et avaient un permis de chasse dans une optique d’autosuffisance. Leur participation à ce sport n’était nullement cachée, ils en parlaient régulièrement au téléphone et le gérant du club était abasourdi quand il a appris ces arrestations. Les armes dont ils disposaient, mis à part un fusil de chasse, étaient réservées au club de tir car elle ne sont pas suffisamment létales pour la chasse. Un autre inculpé avait des carabines quasi inutilisées qui servaient de temps en temps à tourner des clips.
Quatre armes illégales étaient détenues (ce qui relève d’un délit de droit commun) : un fusil à canon scié et trois carabine. Le premier était stocké dans l’habitat de Libre Flot. Il l’avait acheté sur un vide grenier il y a des années pour s’entraîner au tir avant de partir au Rojava.
Les carabines, appartenant à un autre inculpé, avaient été récupérées il y a plusieurs années dans le but de chasser ou faire peur aux nuisibles sur un terrain. Et pour l’une d’entre elle, pour son esthétique « années 30 » pour le tournage d’un clip. Dans les deux cas, ils ne possédaient pas ou peu de munitions.
La confection d’explosifs.
Au cours de l’enquête, il y a eu deux moments de confection d’explosif. L’un s’est déroulé entre deux inculpés lors d’un week-end de retrouvailles après de nombreuses années. L’un d’eux étant artificier spécialisé dans les effets spéciaux. Une quantité infime a été réalisée et aucun stock n’a été gardé.
Le second moment est arrivé quelques semaines plus tard lorsqu’au hasard du confinement, plusieurs inculpé·es se sont retrouvé·es à cohabiter dans un grand lieu collectif à la campagne pendant trois semaines. Pour tuer le temps (et pas des gens!), un après-midi a été consacrée à tenter de fabriquer du TATP² avec une recette trouvée sur internet. Une quantité infime est finalement réalisée (c’était pas gagné!) et le pétard est allumé dans les bois. Pour la plupart des inculpé·es, c’était la première expérience avec une explosion et ça ne leur a pas spécialement plu. La curiosité passée, aucun autre essai du genre n’aura lieu jusqu’aux arrestations (8 mois plus tard!).
La détention, confection et transport de matières dangereuses est un délit condamnable dans le droit commun. Encore une fois, c’est le procès d’intention et d’opinion qui permet à la Justice de transformer cela en « terrorisme ».
La pratique de l’AirSoft.
Trois inculpé·es sur les sept pratiquaient occasionnellement de l’AirSoft, une pratique sportive de simulation de tir avec des « répliques », c’est à dire des pistolets à billes. C’est une pratique parfaitement légale, pourtant deux parties d’AirSoft sont reprochées aux inculpé·es et la DGSI les considère comme des entraînements paramilitaires. Là encore, la DGSI affirme que Libre Flot se servirait de ce jeu pour former à la guérilla ses ami·es. Cela pose la question : quelles pratiques légales deviennent illégales si vous avez une expérience de guerre ?
Les outils de communication sécurisés.
La Quadrature du Net a récemment démontré – provoquant un tollé international dans le monde de l’informatique libre – comment la DGSI transformait des pratiques banales d’autodéfense numérique en un « comportement clandestin » et une « culture du secret » qui démontreraient les intentions terroristes supposées des inculpé·es. C’est le même type d’extrapolations paranoïaques que l’on retrouve à tous les niveaux du dossier, atteignant des niveaux vertigineux dans la présomption de culpabilité.
L’usage de WhatsApp, Signal, Tails, Tor, eOS, Jitsi, Telegram, (etc.) sont assimilés à des comportements pré-terroristes. Trois inculpé·es sont également poursuivi·es pour « refus de communiquer ses conventions de déchiffrement », un nouveau délit instauré par la loi du 3 juin 2016 « renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement ». Ce délit vient fragiliser le droit fondamental de ne pas s’auto-incriminer (le droit au silence).
DÉTENTION PRÉVENTIVE (ET TORTURE BLANCHE)
Ces arrestations préventives on conduit à cinq incarcérations préventives dans des conditions extrêmes. Les détentions sont allées de 4 mois et demi de détention sous régime DPS (détenu particulièrement signalé) à 16 mois d’isolement carcéral (se terminant grâce à une grève de la faim éprouvante).
Plusieurs mesures « antiterroristes » ont été illégalement administrées contre les inculpé·es, notamment un placement à l’isolement pendant 15 mois pour Libre Flot, et d’incessantes fouilles à nu pour Camille. L’État a récemment été condamné (timidement) pour une partie de ces violences aux effets dévastateurs.
Les comités de soutien, les proches et les avocat·es n’ont cessé de dénoncer l’usage de l’isolement carcéral à des fins de « torture blanche ». Pendant tout le temps de son incarcération, Libre Flot a pris soin d’alerter sur les effets de l’isolement sur sa santé. Alors qu’il témoignait de pertes graves de mémoire, d’incapacités à se concentrer, de migraines chroniques (etc.), le Juge d’Instruction continuait (en toute connaissance de cause) à mener des interrogatoires, exploitant sadiquement la situation. En avril 2022, il daignera le libérer (sous bracelet électronique) « pour raisons médicales », après 36 jours de grève de la faim, une journée internationale de mobilisation et une Tribune réclamant sa libération. Un an après l’isolement, le préjudice reste bien présent.
INSTRUCTION A CHARGE
Les juges d’instruction désignés ont fait de cette affaire une affaire personnelle dès le début. Dès leur première interaction avec les inculpé.es, leur haine est palpable. Elle s’illustre dans leur ton excédé, leurs commentaires méprisants, leur mépris de classe, témoignant d’autant de bas instincts et de leur subjectivité.
De la même façon que la DGSI lors des auditions de témoins, de nombreux propos abjects tenus par Jean-Marc Herbaut sont complètement passés sous silence et protégés par le sacro-saint Secret du Palais. Cette vieille loi du Secret est une pratique d’omerta qui est exercée au sein de l’appareil judiciaire: « ce qui se dit en off reste en off ». Les avocat·es se risquant à ne pas le respecter perdraient un certain nombre d’avantages au sein du Palais (perte de confiance des magistrats, rétention d’information, etc.). Les témoignages de Libre Flot sont importants en ce sens, lorsqu’il s’indigne que le juge l’assimile aux combattants de DAECH (« tes petits amis de daech ») alors qu’il a lui même combattu le djihadisme au Rojava.
La première obstruction à la Défense des inculpé·es a été (outre les placements en détention) le refus de leur donner accès à leur propre dossier. La première inculpé·e libérée a dû aller en Cour d’Appel pour enfin avoir le droit d’y accéder.
Cette première obstruction avait pour but d’empêcher que la Défense (qui a besoin du regard éclairé des inculpé·es) puisse poser des requêtes en nullités (c’est à dire, faire annuler des éléments si des irrégularités sont constatées). Les délais légaux pour poser ce type de requêtes sont : six mois après les arrestations. La première inculpée n’a eu que trois semaines avant la fin de ce délai pour aider les avocat·es à éplucher le dossier et contester la légalité de plusieurs éléments. Les requêtes seront finalement toutes rejetées en bloc par la Chambre d’Instruction.
Début septembre 2021, les juges d’instruction ont été interpellé·es par des « familles et ami·es et des inculpé·es » au travers d’une Lettre Ouverte dénonçant les pratiques de la DGSI et demandant la libération des derniers inculpés, en vain.
Libre Flot a également témoigné plusieurs fois du comportement outrancier de Jean-Marc Herbaut dans son bureau : accès de colère, insultes, etc. Il dénonce dans son communiqué de grève de la faim : « les mêmes techniques tortueuses que la DGSI : la manipulation, la décontextualisation, l’omission et l’invention de propos et de faits afin de tenter d’influencer les réponses. »
Malgré cet effort pour démontrer l’indémontrable, l’instruction a été forcée d’admettre à minima que « aucun passage à l’acte imminent ne semble avoir été envisagé ». Le soit disant projet de s’en prendre aux forces de l’ordre ou à des militaires initialement « vague », s’est finalement échoué sur des sables mouvants de l’accusation politique. L’affaire ouverte en « criminel » se dégonfle donc en « correctionnelle ». Il n’y a pas de projet ! Mais se refusant à couler définitivement, l’accusation s’accroche à la bouée des jurisprudences islamophobes de ces dernières années.
Sans une once de honte, Jean-Marc Herbaut écrit dans son ordonnance de renvoi :
« Est punissable la seule participation au groupement ou à l’entente, sans qu’il soit nécessaire de démontrer une participation aux crimes ou à leur préparation. De même, il est inutile de démontrer la connaissance précise et concrète du projet fomenté par le groupe. »
Pour résumer : pas de groupe constitué, pas de préparation à des actions (ni crime, ni sabotage), pas d’entente politique, pas de préparation à la clandestinité, mais quand même coupables ?! L’idéologie de certain·es magistrat·es a définitivement fait chavirer le Droit dans des eaux bien troubles…
Au même titre que la DGSI et le PNAT, qui n’hésitent pas à verser dans le conspirationnisme le plus malhonnête pour combler la vacuité de leur dossier (on vous garde les pépites pour plus tard!). Il faut dire que le tout jeune Parquet National Anti-Terroriste tient sa première affaire d’ultragauche et il n’entend pas en démordre. Il a d’ailleurs régulièrement fait fuiter des éléments totalement faux dans la presse de droite radicale et d’extrême-droite.
Un article dans le Figaro mélangeait Libre Flot avec autre militant internationaliste, il a été modifié sous peine de plainte. Puis, suite à la publication d’un dossier d’enquête par la Quadrature du Net sur l’assimilation du chiffrement à un comportement terroriste, des représentants du PNAT affirmaient dans un colloque sur le numérique : « il y aura une riposte médiatique ». La réponse est venues quelques semaines plus tard, avec un article sur France Info qui s’acharnait encore une fois sur Libre Flot, en lui ajoutant des armes et explosifs dans son camion qui n’ont jamais existé.
RETOUR EN DÉCEMBRE 2020
Encore aujourd’hui, les inculpé·es, leurs avocat.es et leurs soutiens se questionnent sur les raisons pour lesquelles les arrestations ont été déclenchées ce fameux 8 décembre. Les inculpé·es vivaient dans des régions différentes et menaient leurs projets de vie et engagements militants distincts. Huitmois après les gestesqu’on leur reproche, l’évidence était qu’il n’y avait aucun groupe et aucune organisation en vue de réaliser un quelconque projet d’action violente.
Alors pourquoi le déclenchement de cette affaire ?
Frapper la contestation contre les violences policières
Au travers de la communication politique et médiatique qui eût lieu après leurs arrestations, on peut comprendre l’opportunité qu’à saisie Darmanin (car la DGSI est sous les ordres du Ministère de l’Intérieur, il était donc au courant depuis de longs mois de cette affaire qui se montait). Nos camarades on servi d’avatars médiatiques au service d’un projet idéologique, nommons-le : la progression du fascisme.
En Juin 2020, à la sortie du confinement, le mouvement BlackLivesMatter était à son apogée en France, avec une mobilisation historique devant le Tribunal de Paris. La question des meurtres policiers et du racisme d’État était dans toutes les bouches. La Justice condamnait l’État pour « fautes lourdes » pour des affaires de violences policières, le Conseil de l’Europe épinglait la France suite aux violences policières envers les journalistes. La vidéo du lynchage raciste de Michel Zecler passait sur tous les écrans, deux semaines avant les arrestations du 8 décembre. Les Teknivals se faisaient violemment écraser par des interventions policières et la gestion sécuritaire de la crise sanitaire faisait sérieusement grincer des dents.
Le gouvernement répondait dans l’empressement par une surenchère sécuritaire en faisant passer deux lois particulièrement graves: la loi séparatisme et la loi sécurité globale. Et en réponse à la grogne qui montait à mesure que le gouvernement répétait « il n’y a pas de violences policières », « nous allons casser du casseur » ; il fallait trouver une sortie médiatique.
Quoi de mieux pour détourner l’attention que cette vieille fable, étayée par aucun fait, des manifestant·es qui pourraient tuer du flic et plus généralement de la police en danger de mort constant ? Quoi de mieux pour étouffer les critiques ?
Le pouvoir lançait donc cette arrestation que personne n’attendait. « Vague projet d’action violente » qui viserait des « policiers ou des militaires », des « activistes violents d’ultragauche préparaient un attentat », etc. De Darmanin, à Laurent Nunez, en passant par Eric Ciotti, la droite radicalisée applaudissait les arrestations du 8/12 en promouvant les équipes de police militarisées y ayant participé.
En illustration à ces fables anxiogènes, les médias mainstream diffusaient des images de « casseurs », alors même qu’aucun fait de manifestation n’était reproché aux inculpé·es. Et le PNAT (ou la DGSI) s’empressait de faire fuiter des éléments du dossier dans Le Point, avec les photos de trois des inculpé·es.
Lois liberticides et reconquête sécuritaire
L’affaire du 8 décembre 2020 prend place dans un contexte de criminalisation des luttes, d’usage de l’association de malfaiteurs comme outil de répression politique et de montée de l’extrême droite dans une ambiance préfasciste. Depuis 2015, et plus encore ces deux dernières années, les virages sécuritaires des gouvernements successifs ont été particulièrement inquiétants.
Plus la répression devient violente, plus la « violence » des opposant·es politiques est amplifiée et diabolisée, permettant de justifier les vagues répressives et lois sécuritaires suivantes. C’est un processus parfaitement observable qui, in fine, permet de justifier les futurs meurtres policiers. Les même mécanismes s’observent pour toutes les violences d’État (pénitentiaires, judiciaires, policières), dans ce que le théoricien du post-colonialisme Achille Mbembe appelle la nécropolitique.
Cela a commencé par la criminalisation des musulman·es et des étranger·ères, qui a conduit à la mise sous tutelle et à la répression tous azimuts de toute une communauté (avec des fermetures de mosquées et d’écoles, la dissolution du CCIF et de Baraka City, des milliers de perquisitions antiterroristes dans le vide, etc.), avant de s’étendre aujourd’hui à l’ensemble des mouvements de contestation sociale, organisations militantes et antifascistes.
On assiste en quelques mois à la dissolution de la GALE, du Bloc Lorrain, du Collectif Palestine Vaincra, Comité Action Palestine, les Soulèvements de la Terre ; et la tentative de dissolution de Nantes Révoltée et de la Defcol.
Les outils de répression administratifs (relevant de la sécurité intérieure, et donc directement du ministère) se déploient également sur des activistes. Des ITF et des placements en CRA, de la surveillance poussée, des assignations.
On observe aujourd’hui comment l’institution judiciaire (même dite « de droit commun ») s’est militarisée, fonctionnant aujourd’hui main dans la main avec l’intervention d’unité de polices antiterroristes pour écraser aveuglément des supposés émeutiers.
Retour sur les derniers outils législatifs mis en œuvre pour réprimer toute contestation de l’ordre établi.
Loi SILT (30 octobre 2017)
La loi renforçant la Sécurité Intérieure et la Lutte contre le Terrorisme (SILT) est votée dans le prolongement de l’État d’urgence décrété par Hollande au lendemain des attentats du Bataclan. Entrée en vigueur le 1er novembre 2017, elle a pour objet de faire entrer dans le droit commun un ensemble de mesures de police administrative, au nom de la « lutte contre le terrorisme ».
Les pouvoirs de l’État d’urgence deviennent permanents :
périmètres de protection dans l’espace public
fermetures administrative de lieux de culte
mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance dites « MICAS³ », facilitant les assignations à résidence et les interdictions de paraître et de déplacement.
les perquisitions administratives, dites « visites domiciliaires » (pas de mandat, police antiterroriste, saisies arbitraires, etc.)
Cette loi fait sauter un grand nombre de freins au pouvoir gouvernemental qui existaient pour justement protéger la population. Elle confère de façon durable au pouvoir administratif des prérogatives étendues et particulièrement liberticides, sans contrôle de l’autorité judiciaire. Un État policier.
Elle légalise la mise en œuvre de mesures de contrainte sans fondement autres que des présomptions policières, et permet le retour massif de l’usage des « notes blanches ». Une répression qui n’a plus besoin d’élément prouvant la participation effective à la commission d’une infraction pénale, ni de détailler les motifs invoqués.
La loi renforce également les pouvoirs des services de renseignement : banalisation de la surveillance de masse et nouveaux pouvoirs de contrôle aux frontières.
Loi du 30 juillet 2021
La loi « relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement » présentée par le gouvernement Castex pendant que les Français·es sont à la plage, prolonge à nouveau un ensemble de mesures sécuritaires temporaires prévues par la loi SILT.
Ni leur nécessité, ni leur efficacité et ni leur proportionnalité n’ont été démontrées. Mais l’entretien permanent de la « menace terroriste » dans les médias et les discours politiques fonctionne toujours.
Décrets Darmanin (4 décembre 2020)
Ces trois décrets du ministère de l’Intérieur visent à élargir les possibilités de fichage dans le cadre d’enquêtes menées par la police, la gendarmerie ou encore l’administration.
Initialement, les fichiers Prévention des Atteintes à la Sécurité Publique (PASP)et GIPASP visaient « les personnes susceptibles de prendre part à des activités terroristes ou d’être impliquées dans des actions de violences collectives ».
Cette définition déjà large permettait d’y intégrer, outre des individus présentant une « radicalisation du comportement », des personnes ayant pris part à « des manifestations illégales » ou à des « actes de violence ou de vandalisme lors de manifestations sportives ».
Suite à la parution de ces décrets, les catégories de données et les catégories de destinataires de ces fichiers sont considérablement élargies, puisqu’ils permettent désormais d’enregistrer des informations concernant des personnes morales ou des groupements, comme des associations, des collectifs militants ou des syndicats.
Ces décrets permettent également aux services de police et de renseignement de pouvoir recueillir « les opinions politiques, les convictions philosophiques, religieuses, l’appartenance syndicale, ainsi que des données de santé révélant une dangerosité particulière », ouvrant encore plus la voie à la purge politique en cours.
Ces décrets élargissent la surveillance aux atteintes « à la sûreté de l’État » et « à l’intégrité du territoire ou des institutions de la République ». Outre l’usage d’un terme totalement flou : « atteintes », ce n’est plus uniquement la prévention de crimes qui peut être la cible d’intrusions des services secrets, mais ce qui irait à l’encontre du respect des institutions.
On voit donc à l’œuvre unglissement sémantique qui permet au pouvoir administratif, donc à l’exécutif, d’élargir considérablement le champ d’application de ses mesures de fichage et de surveillance, dans le but de criminaliser et de neutraliser, toute opposition politique. En plus d’être une dérive autoritaire dangereuse, ces décrets permettent ainsi un redéploiement des services de renseignement sur des pans émergents de la contestation sociale.
Loi Sécurité Globale (avril 2021)
L’Assemblée Nationale examine précipitamment la proposition de la loi « Sécurité Globale » (LSG) dès novembre 2020. Déposée le 20 octobre 2020, elle passe de la Commission des Lois à un vote en première lecture en à peine un mois, alors que l’agenda parlementaire était déjà surchargé. Cette loi étend les possibilités d’une surveillance généralisée et indiscriminée de l’ensemble des personnes vivant en France.
Elle redéfinit aussi le maintien de l’ordre selon la conception militariste du « continuum de sécurité» : une manière d’englober tous les acteurs répressifs ou réactionnaires (de l’armée au voisins vigilants) dans une dynamique commune.
Ses principales dispositions prévoient :
Le transfert des compétences de police judiciaire à la police municipale (sous l’autorité du maire et pas de l’autorité judiciaire).
L’élargissement de la vidéosurveillance aux policiers municipaux, aux agents municipaux chargés d’un service de police, et à certains agents de la préfecture.
La transmission des images des caméras-piéton des policiers et gendarmes en flux continu vers le centre de commandement, avec usage potentiel de la reconnaissance faciale.
L’autorisation de la captation d’images par drones avec usage potentiel de la reconnaissance faciale.
L’article 24 sur l’interdiction de diffuser des images de policiers ou gendarmes en intervention. Article qui a suscité la plus grande levée de boucliers et a été retoquée par le Conseil Constitutionnel avant d’être rétabli partiellement dans la loi Séparatisme votée quelques semaines plus tard.
La suppression des réductions de peine pour les détenu·es condamné·es pour violence envers des personnes dépositaires de l’ordre public.
L’autorisation du port d’arme dans les lieux publics pour les personnes dépositaires de l’ordre public.
Un élargissement des pouvoirs des sociétés de surveillance et de sécurité privées.
De nombreuses manifestations ont eu lieu lors de l’examen de la loi, et de nombreuses condamnations de ce texte ont été émises, notamment par la CNCDH, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l’Homme, du Conseil de l’Europe, de la Défenseure des Droits, de la Commission Européenne, du Conseil des Barreaux, etc.
Seul l’article 24 sera supprimé. Il a d’ailleurs été réintroduit sous une forme légèrement modifiée par l’article 18 dans la loi Séparatisme quelques semaines plus tard.
Loi Séparatisme (août 2021)
Les grandes lignes de la loi Séparatisme confortant le respect des principes de la République ont commencé à être dévoilées début octobre 2020, à la même période que la LSG. Elle est présentée en Conseil des Ministres le 09 décembre 2020. Le gouvernement a engagé une procédure accélérée pour l’examen du texte à l’assemblée nationale.
C’est une loi raciste et islamophobe qui prévoit :
L’extension du fichage antiterroriste.
Le contrôle politique des associations via le contrat d’engagement républicain.
L’article 18 sur le délit de « mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle », instrumentalisant le meurtre de Samuel Paty pour permettre de criminaliser la diffusion d’images de violences policières et le CopWatching.
Le contrôle plus strict de l’instruction en famille, des écoles privées hors contrat et des fédérations sportives.
Le contrôle renforcé des lieux de culte.
L’extension du champ d’application du Fichier Judiciaire Automatisédes auteurs d’Infractions Terroristes(FIJAIT).
Depuis sa promulgation, ce texte à été utilisé d’abord pour dissoudre des organisations musulmanes, puis pour réprimer des organisations militant·es antifascistes, antiracistes et écologistes.
C’est notamment cette loi qui a justifié les dissolutions de la GALE, du Bloc Lorrain, du Collectif Palestine Vaincra, Comité Action Palestine, ainsi que la tentative de dissolution du media Nantes Révoltée.
ÉLÉMENTS DE CONTEXTE SUR LE ROJAVA
Pour comprendre l’opération antiterroriste du 8 décembre 2020, il faut remonter en janvier 2014 lorsque l’autonomie du Rojava est proclamée. Partie syrienne du kurdistan, le Rojava est un territoire revendiqué par le peuple apatride le plus grand du monde: les kurdes.
Le PYD (Parti de l’Union Démocratique) proche du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) prend le contrôle de la zone et annonce le 9 janvier 2014 l’instauration d’une administration autonome s’inspirant du socialisme libertaire et du confédéralisme démocratique. La constitution du Rojava est adoptée le 29 janvier 2014.
En 2015, la révolution du Rojava bénéficie d’une médiatisation sans pareille dans les pays occidentaux. De nombreuses tribunes internationales (signées par les personnalités de gauche les plus reconnues) appelaient à soutenir de tous leurs vœux cette utopie naissante. Une trentaine de français·es répondront à l’appel du Rojava pour « protéger la paix en participant à la guerre de légitime défense contre DAESH et l’armée turque », ce qui n’est pas du goût de l’État français qui entretient des liens étroits avec le dictateur turc Erdogan, notamment via l’OTAN.
L’importance du Rojava s’est très vite démontrée en France lorsque les attentats sont venus frapper Charlie en 2015. Les kurdes ont été en première ligne de la lutte contre DAESH, puisqu’ils étaient sur le terrain. La Coalition Internationale (et les médias occidentaux) les ont encensés pour leurs exploits.
Leur modèle démocratique rend caducs les tentatives autoritaires de DAESH. Leur modèle pluri-ethnique (kurdes, arabes, assyriens, etc.) déjoue les divisions et tentations identitaires violentes. Leur modèle écologiste basé sur la reforestation et l’autonomie alimentaire tend à réduire la précarité alimentaire et la dépendance au climat et aux marchés mondiaux. Leur héritage féministe et paritaire contrecarre les effets nauséabonds du patriarcat. En bref, étant aux premières loges du développement de DAESH, mais aussi d’autres régimes autoritaires et militaristes surfant sur l’islam (Iran, Turquie) leur modèle s’est construit en opposition radicale et ils se sont montrés d’une efficacité inégalée dans la lutte contre le terrorisme.
Malgré un contexte très très hostile (désertification planifiée par la Turquie, pauvreté, tremblements de terre, séquelles de la guerre, agressions armées constantes, terrorisme, etc.), ce modèle a représenté une source d’espoir et d’inspiration à des millions de communistes, socialistes, anarchistes, féministes et écologistes dans le monde entier.
LA CRIMINALISATION DES VOLONTAIRES INTERNATIONALISTES
C’est dans ce contexte que des centaines de personnes ont rejoint le Rojava, dont une trentaine de français·es. Certain·es, clairement d’extrême-droite, y sont allé·es pour « buter du musulman ». D’autres, anciens militaires notamment, se disaient apolitiques et uniquement intéressés par la lutte armée contre le terrorisme. Et enfin, des camarades de gauche y allaient également avec la fierté de participer une telle révolution sociale. Libre Flot fait partie d’elleux. Il a passé quelques mois là bas, et a eu une petite expérience sur le front : la libération de Raqqa.
Le Collectif des Combattant·es Francophones du Rojava (CCFR) explique:
« Notre camarade était en Syrie pour combattre Daech. Il a pris part en 2017 à la libération de Raqqa, la capitale du groupe jihadiste. Raqqa est aussi la ville où les attentats de Paris ont été planifiés et où la plupart de ses auteurs ont été entraînés. Si la France n’a pas connu d’attentats de grande ampleur depuis des années, c’est grâce à la libération de Raqqa à laquelle notre camarade a participé au péril de sa vie. En combattant en Syrie ce dernier a donc directement contribué à la sécurité des Français, ce que le tribunal médiatique s’est bien gardé de mentionner. Comment en effet faire rentrer dans leur narration à charge que l’accusé ait donné bien plus à la lutte contre le terrorisme que les policiers, procureurs et journalistes qui l’accusent aujourd’hui d’être un « terroriste d’ultragauche » ? »
« La DGSI a immédiatement établi un tri entre les « mauvais » volontaires, se réclamant d’une idéologie révolutionnaire, et les « bons » volontaires, anciens militaires ou apolitiques, qui pour certains ne furent même pas auditionnésà leur retour en France. Ceux qui étaient identifiés comme de potentiels membres de « l’ultragauche » se retrouvèrent systématiquement « fichés S » et firent l’objet d’une surveillance active, tout en étant coupables de rien d’autre que d’un délit d’opinion. Arrestations à l’aéroport, menaces sous forme de conseils paternalistes, pressions sur nos familles, nous sommes nombreux à avoir fait l’objet de tentatives d’intimidation plus ou moins voilées de la part des services de sécurité. »
On observe partout en Europe une politique répressive envers l’internationalisme pro-kurde. En décembre 2021, Maria, militante espagnole, a été expulsée d’Allemagne et interdite de séjour pendant 20 ans au motif qu’elle utiliserait « sa présence en Allemagne pour la seule raison de pouvoir participer à des activités politiques liées au mouvement internationale de libération kurde » ; et que ses compétences (en technologies de la communication et en langue kurde) lui permettrait de « construire un réseau et donc à servir de lien entre la gauche radicale en Allemagne et le mouvement de libération kurde » d’après un communiqué du collectif Solidarité avec Maria !
Le 14 avril 2023 à Sion (Suisse) s’est tenu le procès d’un militant internationaliste accusé « d’atteinte à la puissance défensive du pays » et de « service militaire à l’étranger » pour avoir rejoint le Rojava. Le réseau Secours Rouge témoignait :
« À plusieurs reprises dans son dossier, les services de renseignement de la confédération mentionnent son appartenance à l’extrême gaucheainsi que son engagement politique. La bourgeoisie souhaite ainsi intimider et contraindre au silence les militant·es révolutionnaires.»
En Angleterre, des camarades se sont vu retirer leur passeport et ont reçu des interdictions d’entrer dans l’espace Schengen. En Italie, plusieurs militant·es sont passé·es par de longues procédures judiciaires à cause de leur voyage dans la région.
En 2016, alors qu’André Hébert se préparait à retourner au Rojava, il s’est vu retirer arbitrairement son passeport et sa carte d’identité par la DGSI, au motif qu’il pourrait être à l’origine « de graves troubles à l’ordre public » et était susceptible d’utiliser son expérience militaire « dans des attaques contre les intérêts français, en lien avec l’ultragauche révolutionnaire ». Cette diffamation et ce harcèlement est soutenu par certains médias de gauche, comme Médiapart.
Encore une fois le CCFR témoigne :
« Ces accusations complètement fantaisistes furent balayées par le tribunal administratifde Paris quelques mois plus tard. Le ministère de l’Intérieur fut ensuite contraint de lui rendre ses documents d’identité et de lui verser des dommages et intérêts. En dépit de cette victoire judiciaire, nous savions que la DGSI nous garderait dans son collimateur et était prête à tout, y compris à des accusations sans preuves, pour nous faire rentrer dans le moule qu’elle avait créée : celui de dangereux vétérans d’ultragauche cherchant à importer la violence du conflit syrien de retour chez eux. »
RÉPRESSION DE LA DIASPORA KURDE
La France a une très longue histoire de répression envers ce peuple. La diaspora kurde a été la cible incessante des lois antiterroristes depuis, notamment la fondation du PKK en 1978. Dissolutions d’associations culturelles kurdes, coups de filets de 200 personnes finissant en relaxe générale, complicité avec les services secrets turcs dans l’assassinat de kurdes à Paris (2013 et 2022), etc.
En 2013, deux officiers du renseignement turc ont assassiné à Paris trois militantes kurdes : Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez. En mars 2020 en Grèce, sous couvert de « lutte antiterroriste », le Comité de solidarité pour les prisonniers politiques en Turquie et au Kurdistan et le Front anti-impérialiste avaient été la cible d’un raid policier: entre 26 et 35 personnes furent arrêtées.
Le 23 mars 2021 en France, il y a eu le plus grand coup de filet dans les réseaux militants kurdes de ces 10 dernières années : 13 personnes ont été interpellées par la DGSI, leurs domiciles ont été violemment perquisitionnés, ainsi que le siège de l’association kurde à Marseille. Au final, c’est plus de 800 membres de la communauté kurde qui seront interrogées par la DGSI, du jamais vu. Ce sont au final 11 membres présumés du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui seront lourdement condamnés, vendredi 14 avril 2023.
D’après le communiqué de camarades internationalistes de Marseille, Macron et Erdogan s’étaient entretenus quelques jours auparavant, et une rencontre avait eu lieu entre les deux ministres des affaires étrangères à l’occasion du Conseil Européen sur la géopolitique internationale.
Cette répression est permise par un rapport de force géopolitique entre la Turquie et l’Union Européenne qui considère la principale organisation d’autodéfense du peuple kurde (le PKK) comme une organisation terroriste. Malgré une campagne internationale « Justice For Kurds », qui demandait que le PKK soit supprimé de la liste des organisations terroristes, la Cour de Justice de l’Union Européenne a déclaré que le peuple kurde ne pouvait pas se défendre à l’aide d’armes, une décision on ne peut plus insupportable pour un peuple qui est encore aujourd’hui en première ligne contre les islamistes et qui n’a d’autre choix que les armes pour survivre à la colonisation perpétuelle de son territoire ancestral.
Cette décision converge dans le sens également de l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, qui ont accepté la déportation de réfugié·s politiques kurdes comme condition imposée par Erdogan.
LE RÉGIME FASCISTE EN TURQUIE
La Turquie fait partie de l’OTAN. Elle en est un partenaire puissant, privilégié et indispensable. La Turquie est un État animé par une idéologie génocidaire en lien avec l’islam. La Turquie apporte un soutien avéré aux islamistes, en organisant leur évasion des prisons kurdes par exemple, qui se font ensuite le relai de la répression contre les kurdes.
Son projet politique est de purifier son territoire sur des critères religieux et ethniques. Elle a procédé au génocide des arméniens et à de nombreux massacres de masses contre les kurdes et les yézidis. Le peuple kurde a été forcé de prendre les armes pour survivre.
Depuis, la législation antiterroriste turque a minutieusement étendu ses pouvoirs : d’abord contre les guérillas kurdes, puis contre le peuples kurde en général, et enfin contre tout parti d’opposition de gauche. Elle a effectué des purges politiques massives et arbitraires, jusqu’à interdire le principal parti de gauche du pays et d’emprisonner des milliers de ses membres (le HDP). La réponse de la gauche européenne a été très en deçà de ce qu’on aurait pu attendre.
Les exemples de terreur d’État en Turquie sont abondamment documentés mais trop nombreux pour être relatés ici. L’Occident est parfaitement complice dans le génocide kurde, principalement permis par l’instauration du Traité de Lausanne il y a 100 ans et la collaboration militaire au travers de l’OTAN.
POURQUOI ÇA VOUS CONCERNE AUSSI ?
« Plus les gouvernements seront discrédités, plus l’adhésion à la politique menée s’effondrera – et elle ne cesse de s’effriter d’année en année -, plus les gouvernements auront recours à l’état d’urgence et à la soi-disant « lutte contre le terrorisme » pour maintenir l’ordre et étouffer dans l’œuf des révoltes toujours plus logiques. »
Ce que tout révolutionnaire devrait savoir sur l’antiterrorisme – Les inculpé·es de Tarnac –
Avec l’affaire du 8 décembre 2020, un cap a été franchi dans la militarisation de la répression. Des personnes ont été emprisonnées pour leurs affiliations – supposées – à une idéologie dite « d’ultragauche » ou de mouvances internationales. L’absence d’une solidarité d’ampleur a laissé les mains libres à Darmanin pour continuer sur cette voie de l’assimilation des opposant·es politiques à du terrorisme. Les expérimentations liberticides se font toujours sur le dos de minorités ou de figures du coupable. La perfection des outils répressifs sur les un·es, permet toujours la répression des autres. La loi de 1936 sur la dissolution des ligues d’extrême droite en est l’exemple le plus clair aujourd’hui. Cette loi créée pour lutter contre le fascisme a été retournée en quelques années contre les mouvements décoloniaux. Autre exemple: le développement du fichage ADN a utilisé l’argument de la lutte contre la pédocriminalité pour l’élargir ensuite à l’ensemble des manifestant.es. Le même argument est aujourd’hui brandi pour surveiller les téléphones des citoyen·nes européen·nes.
En matière d’antiterrorisme, la séquence post-2015 a permis un recul des libertés fondamentales inouïe, d’une rapidité sans précédent. Les jurisprudences en matière d’ « association de malfaiteurs terroristes » ont été délirantes. Elles permettent tout et n’importe quoi et sont décriées depuis des années par les défenseur·euses de l’État de Droit. Inversement de la charge de la preuve (ce n’est plus à l’accusation de prouver ce qu’on vous reproche, mais à vous de prouver que c’est faux), répression préventive (arrêté·s avant d’avoir commis quoi que ce soit), présomption de culpabilité (vous êtes puni·es avant même d’avoir été jugé·es), etc.
Personne n’a intérêt, à gauche, à laisser ancrer dans le Droit et l’opinion publique que des militant·es partenaires des mouvements sociaux et des luttes écologistes sont des terroristes. Les opinions politiques des camarades inculpé·es sont criminalisées dans le but bien précis d’assimiler à une menace terroriste l’idée même de Révolution. Les inculpé·es de Tarnac analysaient déjà à leur époque que la définition légale du terrorisme étant très vague, elle permet d’y faire entrer ce qui constitue inévitablement… une révolution.
La stratégie sécuritaire tend à criminaliser le militantisme. Celleux qui transgressent les lois sont traités comme des criminels afin de dépolitiser leurs actes. C’est un phénomène récent, alors que les délits politiques étaient considérés comme tels il y a quelques décennies encore. L’antiterrorisme est l’étape supérieure à cette dynamique, elle fait rentrer l’activisme radical dans le panel des « menaces à la sécurité intérieure » qui tendrait au terrorisme si rien ne l’arrête.Cela permet le déploiement de moyens militaires contre de simples sabotages matériels (comme on vient de le voir avec les Soulèvements de la Terre, mais la SDAT avait déjà mené des opérations contre d’autres camarades : Ivan, Inculpé.es du 15 juin Limousin, etc.).
Le développement de la répression administrative (dont politique et expéditive) est très dangereux. On assiste à un usage sans précédent de mesures administratives : interdictions de territoire, assignations à résidence, OQTF, MICAS, etc. Des militants de pays voisins ont été jetés en CRA ces derniers mois. Ces mesures permettent de réprimer des activistes sur de simples « notes » du Ministère de l’Intérieur.
Il y a quelques années encore, réprimer des militants parce qu’ils auraient peut-être envisagé de s’organiser un jourpour mener des actions était de l’ordre de la dystopie. Même les actions violentes étaient traitées de manière moins virulente dans les médias il y a 40 ans. Baser des accusations sur les simples notes des services de renseignement est très grave. Ces services sont protégés par le Secret-Défense, ils peuvent allègrement mentir, ça a toujours fait partie des techniques utilisées par les services secrets. Que la Justice ne prenne aucun recul ni précaution envers des accusations secrètes ; alors que les inculpé·es dénoncent avec force et minutie les mensonges, manipulations et inventions pures de la DGSI ; est très inquiétant pour l’avenir des luttes sociales en France.
Une idée fausse existe au sein des milieux militants aujourd’hui, qui consiste à penser que les mesures d’exception telles que l’antiterrorisme ne viseraient que des personnes réellement dangereuses. Cette idée témoigne d’une incompréhension de la dynamique à l’œuvre : la militarisation de l’État. La mise au pas de la population est indispensable au bon fonctionnement d’un régime militaire. Dans ce régime, il n’y a pas de place à l’opposition (qu’elle soit politique ou religieuse). Le moindre grain de sable dans les rouages devient une menace.
Les cibles de la DGSI sont aussi des journalistes ou des syndicalistes. Des membres de la CGT EDF ont été arrêtés par la DGSI et traités en criminels. Dans le cadre d’un mouvement de grève ils ont été mis en examen pour cybercriminalité. La DGSI cible également des journalistes, lorsque des révélations sont faites sur des enjeux géopolitiques par exemple. En 2018, les révélations sur l’usage des armes vendues par la France dans le guerre au Yémen avait mené à des intimidations dénoncées par de nombreux journalistes commes des « atteintes à la liberté d’informer ».
Aujourd’hui, en brandissant la menace de complots imaginaires, procédé tristement connu, la France s’enfonce davantage dans le camp des régimes illibéraux.
Plus que jamais nous devons faire front, pour lutter contre la judiciarisation des idées politiques d’émancipation et la criminalisation de l’action politique.
Ils veulent nous terroriser, on se laissera pas antiterroriser !
Solidarité avec toutes les cibles de la répression !
CHRONOLOGIE DE L’AFFAIRE
ESPIONNAGE DE LIBRE FLOT PAR LA DGSI 2018 – 2020
Une surveillance a été mise en place contre notre ami Libre Flot dès son retour du Rojava, comme pour beaucoup de volontaires internationalistes. « Un camarade parti en vacances en Amérique du Sud se retrouvait accusé d’avoir essayé de nouer des contacts avec une guérilla colombienne, un autre fréquentant la ZAD aurait prétendument tiré une fusée éclairante sur un hélicoptère de la gendarmerie, des dégradations d’antennes téléphoniques, de bornes Vélib ou de fourgons de police nous étaient également associées. Ces fables anxiogènes, parfaitement déconnectées de toute réalité, venaient confirmer ce que nous savions déjà : jusqu’à ce qu’il ait trouvé le coupable idéal, le ministère de l’Intérieur ne renoncerait pas à l’entreprise de diabolisation dont nous faisions l’objet. »
Il y a de fortes raisons de penser que Libre Flot était déjà sous le coup de plusieurs techniques de renseignement : à minima la géolocalisation et sonorisation de son véhicule d’habitation.
ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE 7 février – 20 avril 2020
Le 7 février 2020, la DGSI déballe sa mélasse d’accusations « secret défense » dans un « rapport de judiciarisation » qu’elle transmet au PNAT. Ce dernier, qui adore les notes blanches, saute à pied-joint dedans. Le jour même, Benjamin CHAMBRE (1er vice procureur) se saisit de l’affaire et requière auprès d’un JLD l’usage des moyens de surveillance les plus intrusifs. Ils seront accordés immédiatement par la JLD Anne-Clémence COSTA.
Des micros dans un camion habité, des interceptions téléphoniques, géolocalisations en temps réel, IMSI catching, filatures, etc.
Ces deux mois permettent à la DGSI d’obtenir suffisamment d’éléments pour qu’une information judiciaire soit ouverte.
INFORMATION JUDICIAIRE avril – décembre 2020
Il se passe pas grand-chose, des techniques sont mises en œuvre mais les inculpé·es font leur vie chacun·e de leur côté.
ARRESTATIONS & INCARCÉRATION 8 décembre 2020 – 7 avril 2022
8 décembre 2020
À 6h du matin, différentes unités d’élite sous la houlette de la DGSI (GAO, RAID) interpellent simultanément neuf personnes aux quatre coins de la France : Toulouse, Rennes, Vitry-sur-Seine, Cubjac (Dordogne), Plestin-les-grèves (Finistère). Les portes sont enfoncées, des dizaines de robocops sur-armés et cagoulés s’engouffrent dans chaque domicile. Les démineurs et la brigade canine sont aussi présents.
Des perquisitions ont lieu toute la journée, jusqu’à 12 heures d’affilée pour certaine.s inculpé.es. Humiliations, violences, les perquisitions s’étendent aux familles des personnes arrêtées.
Les neuf personnes interpellées sont emmenées dans les cellules de la DGSI à Levallois-Perret de différentes manières : entravé·es dans une camisole et cagoule sur la tête, embarqué.es en voiture pour certain.es ; menottée et masque de ski opaque sur les yeux, transportée en train pour l’une ; menottés avec trajet en avion pour d’autres. Tous les moyens sont déployés dans cette opération d’envergure.
S’en suivent alors 4 jours de garde à vue avec de nombreuses auditions. Menaces, insinuations, manipulations, privation de sommeil, de nourriture, transformation et omission dans les procès-verbaux des déclarations des auditionné·es de tout ce qui décrédibilisait le scénario de la DGSI. Des mensonges sont proférés en « off » pour certain·es, afin d’influencer leurs réponses et donner matière à l’accusation.
Deux personnes sont libéré·es sans charge à l’issue de la garde à vue, les sept autres sont inculpé·es et déferré·es devant un juge d’instruction antiterroriste, Jean-Marc Herbaut.
Le contrôle judiciaire est prononcé pour deux d’entre elleux et les cinq autres sont incarcéré·es le 11 décembre 2020 dans cinq prisons différentes d’Île-de-France, sous le statut DPS (détenu·e particulièrement signalé). L’un d’entre-elleux est placé en isolement total.
8 février 2021
Nouvelles interpellations à 6h du matin chez deux personnes à Ustaritz (Euskal Herri) et Festalemps (Dordogne) par le RAID, sur ordre de la DGSI. Pour l’une d’entre-elles, la porte de son studio est pulvérisée. Elle est braquée par des flingues, menottée dans son lit puis emmenée pour 3 jours de GAV. A l’issue de leur garde à vue, elles seront toutes deux libérées sans charges retenues contre elles.
Mars 2021
Le placement à l’isolement de Libre Flot est reconduit pour 3 mois.
Le juge d’instruction, Jean-Marc Herbaut, ordonne une dérogation qui donne à la DGSI carte blanche pour auditionner tout l’entourage des inculpé.es (famille, amie.s, collègues…). Cette dérogation ne prendra fin qu’en novembre 2022, au moment de la clôture de l’instruction.
23 avril 2021
Après un nouveau passage devant le juge d’instruction, la demande de mise en liberté (DML) est acceptée pour deux inculpé·es, alors emprisonné.es à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis et à la maison d’arrêt d’Osny.
Iels sont libéré.es sous contrôle judiciaire strict. Iels auront passés plus de 4 mois derrière les barreaux, sous le statut DPS, avec une période d’isolement total (pas de contact avec d’autres détenues) pendant plusieurs semaines pour l’une d’entre elleux.
Les demandes de liberté des autres inculpés toujours incarcérés sont refusées. L’appel auprès de la cour d’appel de Paris est refusé éga lement. Ils sont encore trois en prison.
Juin 2021
Le placement à l’isolement de Libre Flot est reconduit pour 3 mois, malgré les séquelles psychiques et physiques qui ne font que s’accentuer.
Septembre 2021
Le placement à l’isolement de Libre Flot est de nouveau reconduit pour 3 mois.
Une nouvelle arrestation a lieu, une personne est interpellée à son arrivée sur le territoire français après plusieurs mois passés à l’étranger. Bien qu’elle ai attesté plusieurs fois sa volonté d’être auditionnée auprès de la DGSI et du juge d’instruction, elle sera arrêtée à l’aéroport dès son arrivée et passera 2 jours en garde à vue à la DGSI, puis sera relâchée sans charges.
15 octobre 2021
La DML d’un inculpé encore derrière les barreaux est acceptée. Il est libéré sous contrôle judiciaire strict (obligation de travailler, limité
à un seul département pour se déplacer, pointage deux fois par semaine au commissariat). Plus que deux au trou !
Décembre 2021
Eric Dupont-Moretti, ministre de la Justice, reconduit la mise à l’isolement du dernier inculpé (Libre Flot) derrière les barreaux. Après 12 mois d’isolement, il revient au ministre de la Justice de prendre la décision de reconduction. La situation de Libre Flot est de plus en plus critique.
Retour du dossier des nullités déposé par les avocat.es quelques mois plus tôt. Toutes les nullités (reposant sur la non-proportionnalité dans l’emploi des techniques de surveillance, sur des erreurs de procès verbaux et autres magouilles) sont catégoriquement refusées.
27 octobre 2021
Le parquet national anti-terroriste (PNAT) a fait appel de la décision du juge pour la libération de l’inculpé sorti de prison 5 jours plus tôt. Rendez-vous est fixé au 27 octobre 2021, devant la Cour d’Appel de Paris, pour savoir si la libération est maintenue ou si il devra retourner en taule. La Cour d’Appel confirme la décision du juge des libertés, il reste « libre » !
05 novembre 2021
L’inculpé emprisonné à Fleury-Mérogis est libéré sous contrôle judiciaire strict (pointage une fois par semaine, rdv SPIP et psy obligatoires une fois par mois, limite de déplacements à trois départements de la région parisienne). Le PNAT ne fait pas appel, ce coup-ci…
27 février 2022
La DML de Libre Flot est refusée, malgré un dossier de faisabilité de bracelet électronique validé par les SPIP (services pénitentiaires d’insertion et de probation) dans deux départements différents.
Il entame une grève de la faim et explique ses revendications qu’il publie dans un texte. Il envoie quotidiennement des demandes de remises en liberté.
Mars 2022
Dupont-Moretti reconduit l‘isolement alors que Libre Flot est en grève de la faim.
24 mars 2022
Après 25 jours de grève de la faim, Libre Flot est hospitalisé et transféré à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes. Il attendait cette hospitalisation médicale pour avoir accès directement à des médecins et aux soins nécessaires.
Ses avocats apprendront quelques jours plus tard que la levée de son régime d’isolement s’est faite le jour du transfert à l’hôpital. Néanmoins malgré la levée de son isolement il n’a pas le droit d’aller à la promenade car il est trop faible. Il obtient également le droit de communiquer avec l’une de ses coaccusé·es.
Cela ne met pas fin à sa grève de la faim puisque son unique revendication est bel et bien la fin de son incarcération. Son état de santé devient critique : il a perdu 16 kilos et est désormais sous perfusion.
04 avril 2022
Une journée internationale de soutien à Libre Flot est organisée : de nombreux rassemblements ont lieu en France (Lille, Albi, Paris, Toulouse, Limoges, Strasbourg, Rennes et d’autres villes encore), mais aussi dans de nombreux pays d’Europe (Grèce, Suisse, Allemagne, Angleterre, Ukraine, Portugal, Danemark, Finlande…) et au Rojava.
Il décide ce même jour à 18h de stopper sa grève de la faim.
07 avril 2022
C’est avec un grand soulagement que les proches et soutiens apprennent le transfert de Libre Flot dans un hôpital civil de la région parisienne, car il risquait sa vie à tout instant.
Ses médecins s’inquiétant de ne pouvoir assurer son suivi médical ont demandé son transfert dans un autre hôpital. Pour cela il fallait négocier avec la justice pour lui permettre de quitter les services pénitentiaires. Le juge d’instruction accepte après négociation avec les avocat.es sa libération pour raison médicale.
Il est libéré sous bracelet électronique avec une période de réadaptation dans un hôpital spécialisé dans la nutrition.
CLÔTURE INSTRUCTION août – novembre 2022
26 août 2022
Jean Marc Herbaut, juge d’instruction, met fin à l’information judiciaire du dossier 8 décembre 2020. Cela met fin à la commission rogatoire qui permettait à la DGSI d’user « de tous les moyens à leur disposition » pour harceler les inculpé·es et leurs proches.
Cela signifie aussi que le dossier se clôt, laissant un délai de 3 mois aux inculpé·es et à leur Défense d’apporter les derniers éléments (demande d’actes, etc.). Passé ce délai, ce sera au PNAT de faire ses réquisitions.
28 septembre 2022
Le juge accepte le retrait du bracelet électronique pour Libre Flot. Il reste néanmoins en contrôle judiciaire strict, comme les autres inculpé.es (obligation de travail, limité dans ses déplacements à un département, pointage une fois par semaine).
Novembre 2022
De nombreux allègements de CJ ont été faits, surtout en ce qui concerne l’élargissement des zones de déplacement. Une nouvelle demande de communiquer entre deux inculpés a été accepté.
Le PNAT requiert le tribunal correctionnel et non les assisses pour le procès.
PRÉPARATION DU PROCÈS jusqu’à octobre 2023
04 avril 2023
Pendant son incarcération, Libre Flot a fait de nombreux recours contre son isolement carcéral. L’audience devant le tribunal administratif de Versailles se déroule le 4 avril. L’isolement est reconnu illégal et l’État condamné à 3000€ de dommages et intérêts.
En espérant que cela fasse jurisprudence, bien qu’on doute de l’impact réel sur l’administration pénitentiaire quand on voit la volonté à faire traîner ce genre de procédure.
04 juillet 2023
Audience de fixation. C’est la première fois depuis presque trois ans que les inculpé·es se voient. C’est aussi la première fois qu’iels rencontrent le PNAT et la Juge qui présidera le procès. Iels demandent que l’interdiction de communiquer soit levée et que les CJ soient élargis. Tout est refusé en bloc par la Juge.
Dans l’émission de ce jour, nous entendrons la présentation du livre de Nedjib Sidi Moussa « Histoire algérienne de la France » cette présentation se tenait dans le cadre des Rencontres libertaires du Quercy se tenait du 18 au 23 juillet 2023
Docteur en science politique et enseignant, Nedjib Sidi Moussa est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Algérie, une autre histoire de l’indépendance (PUF, 2019) et la Fabrique du Musulman (Libertalia, 2017). Nous menons avec lui une longue discussion en trois parties à l’occasion de la parution de son nouveau livre, « Histoire algérienne de la France », aux Presses universitaires de France.
Reporters : La guerre civile algérienne, nommée pudiquement « La décennie noire », a divisé et les Algériens et aussi les Français. Vous expliquez dans le chapitre V de votre livre que le débat en France autour de ce sujet fut pratiquement impossible, particulièrement à cause du clivage entre les partisans des « réconciliateurs » et des « éradicateurs ». Pouvez-vous revenir sur l’identité politique de ces deux groupes ? Nedjib Sidi Moussa : Les « réconciliateurs » ont soutenu le contrat de Rome en 1995, comme le FFS, le PT et des partis islamistes, tandis que les « éradicateurs » l’ont rejeté, comme le RCD, Ettahadi ou l’ANR. Cet antagonisme, qui ne se réduit pas au clivage droite-gauche, mobilise des registres distincts, car il s’agit pour les premiers de faire respecter une certaine conception de la démocratie et, pour les seconds, de défendre une certaine idée de la république, en s’affrontant sur la façon d’appréhender l’islamisme. En raison des prolongements de la guerre civile algérienne sur le territoire français (attentats, réfugiés, etc.) mais aussi des liens de solidarité entre courants politiques des deux rives, cette polarisation se répercute dans le champ politico-médiatique hexagonal. Ainsi, cette séquence est incontournable pour comprendre la virulence des controverses françaises sur la question musulmane, dans la mesure où l’opposition entre « réconciliateurs » et « éradicateurs » se redéploie sur fond de « guerre contre la terreur » ou d’affaires du voile.
La fascination de certains intellectuels français pour les islamistes les a empêchés de voir en eux des hommes d’extrême droite musulmane. Un certain François Burgat parlait même d’une volonté d’achever la lutte de décolonisation dont les islamistes seraient les nouveaux hérauts. Comment expliquez-vous, d’un côté, cette fascination pour des intégristes musulmans et, de l’autre, la stigmatisation, voire l’incrimination, des dits éradicateurs, souvent qualifiés de « laïques » et jugés très peu « authentiques » sur le plan identitaire et religieux ? Nous avons là affaire à plusieurs phénomènes. Il y a d’abord quelque chose qui relève de ce que Maxime Rodinson a appelé la « fascination de l’islam » et qui nous avertissait, en 1980, « contre les soumissions des orientalistes aux idéologies dominantes de la société bourgeoise libérale, le remède n’est pas, si tentant qu’il soit, le recours aveugle aux idéologies qui les contestent. » Ce propos rejoint celui de Sadek Jalal Al-Azm qui a critiqué, en 1981, «l’ orientalisme à rebours » dans la revue Khamsin. Plus fondamentalement, les affrontements du champ politico-médiatique français au cours de la guerre civile algérienne ont illustré ce que Pierre Bourdieu désignait en 1979 à travers la loi des « cécités croisées » dans La Distinction. Enfin, le malaise des intellectuels ou militants de la gauche française repose sur une forme d’occidentalocentrisme car ils n’ont pas pris au sérieux leurs homologues issus du monde arabo-musulman qui, sans s’aligner sur les régimes autoritaires, ont caractérisé l’islamisme comme relevant de l’extrême droite, voire du « fascisme », même si le terme fait débat.
L’essor de la marche pour l’égalité en 1983 est suivi par des réactions racistes et xénophobes agitant les peurs autour d’une imminente « invasion migratoire » et la prétendue métamorphose inéluctable de la France en République « multiraciale ». Ces expressions du venin d’extrême droite, en quoi sont-elles liées à la centralité refoulée de la question algérienne en France ? Pourquoi le signifiant « Algérie » est toujours synonyme d’immigration, d’islam, de terrorisme, de guerre civile, etc. ? La marche pour l’égalité et contre le racisme, partie de Marseille le 15 octobre 1983, s’inscrit dans un contexte de violences, voire de crimes racistes qui ciblent tout particulièrement de jeunes hommes originaires d’Algérie et issus de familles ouvrières. D’ailleurs, un drame survient au cours de la marche et émeut l’opinion publique française, il s’agit du meurtre du jeune Habib Grimzi, défenestré le 14 novembre par des candidats à la Légion étrangère. L’hostilité provoquée par la visibilité des enfants de travailleurs immigrés renvoie au rejet d’une « France algérienne » par les partisans de l’« Algérie française ». En effet, pour l’extrême droite, la question de l’immigration est indissociable de la question algérienne. C’est explicite dans les déclarations des dirigeants du Front national comme Jean-Marie Le Pen mais cela se retrouve également dans Le Camp des saints, un roman de Jean Raspail paru en 1973 – ponctué de références à l’Algérie – et imaginant la « submersion migratoire » de la France, bien avant le triste succès de la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus.
A votre avis, la marche pour l’égalité permet-elle d’interroger la place des enfants de l’immigration algérienne en France et, par extension, la question des binationaux ? De quelle façon la France pourrait-elle accepter sa part algérienne ? Si, pour l’extrême droite, la visibilité des descendants d’ouvriers algériens apparaît comme étant problématique, il n’en est pas de même du point de vue de la gauche radicale, héritière de la lutte pour l’indépendance et engagée dans le combat contre le racisme ciblant les immigrés. La marche de 1983 est perçue favorablement par la gauche extraparlementaire car elle apporte un vent d’espoir dans une conjoncture marquée par la percée électorale du Front national lors des élections municipales, mais aussi par le « tournant de la rigueur » amorcé par le président socialiste François Mitterrand.
À l’heure des débats sur le « droit à la différence », mais aussi de la remise en cause du tiers-mondisme, cette nouvelle génération d’enfants d’immigrés interroge, d’une part, l’exclusivisme de nationalismes antagonistes qui prennent en tenaille cette population – notamment au regard du droit à la nationalité ou du service militaire – et d’autre part, tout en ayant l’Algérie au cœur, n’envisage son avenir qu’en France.
Le quatrième chapitre de votre livre est consacré à Klaus Barbie : qui était-il, ce client de Jacques Vergès ? Klaus Barbie est né à Godesberg en 1913. Il adhère aux Jeunesses hitlériennes à 20 ans, rejoint les SS en 1935 et devient membre du parti nazi deux ans plus tard. Durant la Seconde Guerre mondiale, il se distingue par son rôle dans la persécution des Juifs et la traque des opposants au nazisme. En 1942, il est nommé à la tête de la section IV de la Gestapo pour la région de Lyon. L’année suivante, il est responsable de l’arrestation du résistant français Jean Moulin qu’il torture en personne. Le « boucher de Lyon » poursuit sa sale besogne jusqu’à la fin du conflit en ordonnant, entre autres, la rafle de 44 enfants juifs réfugiés à Izieu. Dans le contexte de la guerre froide, ce criminel de guerre parvient à échapper à la justice en étant recruté par le contre-espionnage de l’armée américaine pour laquelle il met à disposition son expérience et fait valoir son anticommunisme. Il se réfugie en 1951 en Bolivie où il conseille les dictatures d’Amérique latine jusqu’à son extradition en France en 1983.
En défendant Klaus Barbie, Jacques Vergès a-t-il nié les principes de son anticolonialisme au nom d’une certaine surenchère qui, au nom de l’antisionisme, est allé jusqu’à l’adoption de thèses négationnistes – je pense notamment à Robert Faurisson et Roger Garaudy ? Il faut distinguer plusieurs niveaux pour comprendre ce qui se joue dans la défense de Klaus Barbie par Jacques Vergès, connu du public algérien pour sa défense de militants du FLN – dont Djamila Bouhired qu’il épouse –, en usant de la « stratégie de la rupture » qui n’a jamais fait l’unanimité chez les anticolonialistes. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il a été le défenseur des islamistes durant la guerre civile. Il l’a expliqué dans sa « Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires », parue en 1993, qui a suscité une réponse de Jean-Louis Hurst alias Maurienne – auteur du « Déserteur » en 1960 –, publiée dans « Courant alternatif » en 1994. De plus, « l’avocat de la terreur » était lié à François Genoud, milliardaire suisse nazi qui a géré à Genève les fonds du FLN pendant la révolution anticoloniale et qui a créé à l’indépendance la Banque arabe suisse d’Alger.
La plaidoirie de Jacques Vergès a été particulièrement perverse et traduisait la dérive la plus grave d’un certain anti-impérialisme perméable aux thèses négationnistes, en jouant sur un ressort aussi malsain que puissant, celui de la dénonciation du « deux poids, deux mesures ».
Quelle était la réception dans la presse algérienne du procès de Klaus Barbie ? A-t-elle accordé un soutien inconditionnel à Jacques Vergès ? Dans un contexte d’absence de liberté de la presse – nous sommes à l’époque du parti unique –, on assiste tout de même au naufrage d’une corporation, voire d’une génération, puisque les intellectuels et journalistes algériens qui s’expriment dans les médias autorisés expriment leur soutien à la rhétorique développée par Jacques Vergès et versent même, pour certains, dans l’antisémitisme le plus répugnant. Néanmoins, il faut souligner la déclaration courageuse de Hocine Aït Ahmed et Mohammed Harbi qui, dans la revue « Sou’al » publiée à Paris, ont sauvé l’honneur de la conscience algérienne en rappelant qu’en tant qu’anciens colonisés, leur place n’était pas du côté du bourreau nazi Klaus Barbie, mais de ses victimes juives, en invoquant un principe universel, celui des droits humains.
Propos recueillis par Faris LOUNIS, journaliste indépendant
Le dimanche 18 juin 2023 avait lieu à Paris une manifestation nationale, à la veille de la journée internationale de soutiens aux prisonniers politiques, pour exiger la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Plus vieux prisonnier politique en Europe. Dans cette émission, vous pourrez entendre son histoire et la lutte qui l’accompagne pour qu’enfin il puisse être libre. Également, figure une lecture d’une lettre de Georges Abdallah. En seconde partie d’émission, vous entendrez une militante parler du Chili, des suites de la répression de 2019, mais aussi d’avant, affectant les prisonniers politiques (et non-politiques), dans un portrait rapide du pays.
Lettre de Georges Ibrahim Abdallah, lue le 18 juin :
« Chers Camarades, Chers Ami·es,
Votre mobilisation solidaire, dans la diversité de votre engagement, apporte beaucoup de force et de chaleur à tous ceux et celles qui, depuis tant d’années, s’expriment de derrière les barreaux à travers les initiatives que vous développez sur le terrain de la lutte en cours.
Il y a juste un an, lors de la Journée internationale du prisonnier révolutionnaire, certains parmi nous se demandaient, si par ce temps de crise globale du capitalisme mondialisé et de l’exacerbation de toutes ses contradictions, et plus particulièrement l’affirmation de ses divers processus de fascisation, la bête et son prolongement organique qui est l’entité sioniste, ne serait-il pas permis d’entrevoir un autre horizon plus ambitieux à cette occasion et de dépasser l’affirmation de notre solidarité inébranlable avec la lutte de nos camarades embastillés ?
Ne serait-il pas temps d’affirmer, que la célébration de cette journée internationale du prisonnier révolutionnaire, devrait prioritairement inciter toutes les structures de solidarité à interpeller et encourager les forces vives de la révolution et ses avant-gardes combattantes, afin qu’elles mettent en œuvre toutes les mesures nécessaires à l’expression pratique de la ferme détermination d’arracher nos camarades aux griffes de leurs criminels geôliers ?
Bien entendu Camarades, il ne s’agit pas là d’affirmer haut et fort un quelconque devoir d’ordre moral envers nos camarades captifs. Il s’agit tout simplement de conjuguer les capacités des forces révolutionnaires au niveau national, régional et international, et d’inscrire en premier lieu la libération de nos camarades dans la dynamique globale des luttes réellement en cours.
Si nous estimons, Camarades, que le peuple palestinien fait l’objet d’une criminelle stratégie de destruction systématique, et si nous estimons que la lutte de ces masses populaires dure depuis plus d’un siècle et qu’elle est appelée toujours à s’inscrire dans un processus de lutte de longue haleine, la question des prisonniers et de l’enfermement d’une manière générale, s’inscrit alors d’emblée dans la dynamique globale de cette lutte et par conséquent, on ne peut pas l’aborder comme une tâche à s’en acquitter une fois pour toutes.
Les forces vives de la révolution palestinienne et de ses avant-gardes combattantes ne peuvent pas faire abstraction de cette réalité. Elles savent mieux que quiconque, que l’enfermement dans la diversité de ses formes n’est qu’une expression de la politique sioniste de tout ce qui est palestinien.
Cette criminelle politique durera tant que ce prolongement organique de l’Occident continuera à s’affirmer. Tout naturellement, c’est aux forces vives de la révolution palestinienne à structurer la dynamique la plus appropriée à développer le cheminement vers la dissolution de cette criminelle entité et de toutes ses assises racistes et suprémacistes .
La libération de nos camarades embastillés devrait se répéter tout au long de ce cheminement.
Vous voyez Camarades, quand on parle de l’impératif devoir envers les camarades en captivité, il ne s’agit pas d’un devoir d’ordre moral, il s’agit tout simplement de disposer et de conjuguer les capacités des forces révolutionnaires réellement existantes.
Soyons, Camarades, à la hauteur de ce devoir et au besoin, à tous, à voix haute, tous et toutes, que c’est le devoir le plus sacré, et que tout révolutionnaire doit être toujours prêt à s’en acquitter.
Soyons dignes de l’épopée des flambeaux de la liberté, ces indomptables héros résistants captifs dans les geôles sionistes.
LIBÉRONS-LES !
Certainement on n’a pas à attendre que l’état de santé de notre cher camarade Walid Daqqa soit alarmant pour agir… Certainement on n’a pas à attendre que nos camarades captifs fassent une grève de la faim à tombeau ouvert pour dénoncer la détention administrative… Certainement on n’a pas à attendre que le secrétaire général Ahmad Saadat soit mis à l’isolement ainsi que les autres dirigeants du FPLP… Les conditions de détention dans les geôles sionistes ne cessent de s’empirer de jour en jour. Et comme vous le savez Camarades, pour y faire face, la solidarité internationale s’avère une arme indispensable.
De la prison de Ramon, Ahmad Saadat, ainsi que les milliers de camarades embastillés dans les geôles sionistes, vous transmettent leurs salutations révolutionnaires et attirent votre attention sur ce qui se passe en Palestine avec l’arrivée au pouvoir des fascistes suprémacistes.
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de notre camarade Walid Daqqa !
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des grévistes contre la détention administrative !
La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie,,en Grèce, aux Philippines et ailleurs de par le monde !
La solidarité toute la solidarité avec les prolétaires mobilisés dans ce pays !
Honneur aux Martyrs et aux masses populaires en lutte !
A bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes !
Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !
Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons !
A vous tous Camarades et Ami-es, mes plus chaleureuses salutations communistes.
Votre camarade Georges Abdallah »
Lien vers le communiqué de la campagne unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, en appel à la manifestation : ici
Aujourd’hui, il sera question de la Turquie. Le dimanche 28 mai 2023, M. Recep Tayyip Erdogan a remporté le second tour de l’élection présidentielle face au candidat de l’opposition M. Kemal Kilicdaroglu. Le chef de l’État sortant, déjà au pouvoir depuis vingt ans en Turquie
Comme le dénonce notamment le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) , dans son communiqué du 29 mai 2023, en parlant de la force, l’engagement tacite des grandes puissances internationales qui semblent soutenir la consolidation du pouvoir de l’AKP d’Erdogan en Turquie. Et de ses acteurs mondiaux, dans leur quête d’intérêts géopolitiques et géostratégiques, qui cautionnent, par leur silence, un plan d’annexion et d’occupation du Kurdistan du Sud (Kurdistan irakien) et du Rojava (Kurdistan syrien).
Quelle vont être les éventuels effets du seconde tour des élections présidentielles du 28 mai dernier sur la situation des droits humains, particulièrement à l’égard des groupes défavorisés et persécutés en Turquie ?
Dans cette perspective, nous vous proposons l’écoute d’une partie de la rencontre qui se tenait le Jeudi 1 juin 2023 au dissident club dans le 9eme arrondissement de paris
Nous entendrons les interventions de : Anaïs LEFORT Avocate en droit des étrangers, Simon, Journaliste kurde exilé et Rumi, Ancien fonctionnaire exilé.
Dans cette émission, nous vous ferons écouter des enregistrements pris lors de la journée du samedi 20 mai dernier, au campement de Zaclay, où se tenait le rassemblement de la Journée contre Monsanto d’Île-de-France. Vous entendrez tout d’abord en première partie d’émission un entretien avec deux personnes aux multiples casquettes, initiatrices de cette journée contre Monsanto, et auxquels nous avons joints une agricultrice à qui appartient le terrain sur lequel se trouve le campement. Et en leur compagnie, nous allons revenir sur la suite de la lutte contre l’extension de la ligne 18, initiative de cette journée et la préservation des terres agricoles.
Puis en seconde partie d’émission d’émission, vous entendrez les interventions de la matinée de cette même journée, avec le collectif Vietnam dioxine et Green Peace, sur la question plus spécifique de Monsanto, des fermes-usines, des nouveaux et anciens OGM, mais aussi, sur l’agent orange.
Ce 14 mai 2023, se tenait à la marbrerie de Montreuil un événement qui avait pour objectif de commémorer la Nakba, la catastrophe qui a vu il y a 75 ans l’expulsion de 800 000 Palestiniens de leur terre, la dépossession de leurs biens, des massacres et la destruction de plus de 500 villages palestiniens.
Dans cette émission, nous diffusons les interventions de la table ronde avec :
Dana Farraj est avocate et chercheuse à l’université de Birzeit. Elle est réfugiée, vit à Ramallah et est investie contre les démolitions punitives de maisons. Elle s’intéresse aux droits des réfugiés et au droit pénal international.
Salah Hamouri est avocat. Ancien prisonnier politique, il a été expulsé de Jérusalem en décembre 2022. Il est Palestinien de Jérusalem et défenseur des droits humains.
Qassam Muaddi vit à Ramallah. Il est journaliste et écrivain palestinien. Il analyse les mouvements qui traversent la société palestinienne notamment pour le media The New Arab.
Rania Muhareb, Palestinienne de Jérusalem, est doctorante au Centre irlandais des droits de l’Homme à l’université de Galway. Elle est membre d’Al Shabaka et a travaillé pour l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al Haq.
Dans cette émission enregistrée au Dissident club le 6 mai 2023, vous pourrez entendre une discussion avec des militants soudanais, Hamad Gamal et Khalid Siraj, ces derniers s’entretenant et échangeant avec les personnes présentes, sur la situation au Soudan. En effet, depuis le 15 avril dernier s’y déroule un conflit entre deux factions militaires : d’un côté les Forces de soutien rapide menée par Mohamed Hamdan Dogolo («Hemetti»), et de l’autre, l’armée régulière menée par Abdel Fattah al-Burhan. Mais pourquoi ce conflit ? C’est ce que l’événement se proposait d’interroger pour comprendre les enjeux, multiples, d’un Soudan qui pourtant il y a à peine 5 ans, en 2018, voyait la chute du dictateur Omar El-Beshir lors de la “Révolution de Décembre”. Avant que cette dernière, la révolution, ne soit ébranlée deux ans plus tard, le 25 octobre 2021, par un coup d’État des militaires. Le coup d’État fut rejeté aussitôt par les soudanais qui descendirent en masse dans la rue. Fin 2021 et tout 2022 furent alors marqué par une lutte continue pour exiger le départ de l’Armée. Révolution, coup d’état, lutte,… voilà donc quelques prémices posées pour passer à enfin à l’émission. Bonne écoute !
Quelques dates : (rédaction réalisée à partir de la brochure de Sudfa)
1989 : Coup d’État du front islamique mené par Omar El-Béshir et Hassan Al-Turabi. Plusieurs mouvements armés du Darfour entrent en guerre contre le régime.
2003-2007 : Les milices Janjaweed, soutenues par le gouvernement, massacrent des milliers de villageois-es au Darfour. Plus d’un million de darfouris-es doivent fuir à cause des attaques et vivre dans des camps de déplacés.
2011 : Référendum d’auto-détermination au Soudan du Sud. Cela aboutit à la séparation du Soudan du Sud.
17 décembre 2018 : Manifestation étudiante à Al-Fashir (Darfour) et dans le Nil Bleu, contre la hausse des prix, notamment du pain et de l’essence.
19 décembre 2018 : Le siège du parti au pouvoir est incendié à Atbara. Les manifestations s’étendent dans tous le pays. Début de “la Révolution de Décembre”.
11 avril 2019 : Omar El-Béshir, après 29 ans au pouvoir, est destitué par l’Armée.
21 août 2019 : Accord entre civils et militaires. Début de la période transitionnelle. Abdallah Amdok est nommé premier ministre. Le gouvernement de transition est formé de 5 militaires et de 6 civils. Burhan doit diriger le Conseil de Souveraineté durant 21 mois avant de laisser sa place à l’un des membres civils. Des élections nationales sont prévues en 2023.
25 octobre 2021 : Coup d’État de l’armée [Al-Burhan et «Hemetti» œuvrent ici ensemble]. Al-Burhan dissout le gouvernement et se nomme seul chef. Le pays entre en résistance.
15 avril 2023 : Début du conflit entre l’armée régulière et les Forces de Soutien Rapide.
Vous pourrez retrouver davantage d’informations dans la brochure de Sudfa (décembre 2022).
Aujourd’hui, il va être question de la gestion de l’eau. Alors que les sécheresses s’étendent, que l’eau devient de plus en plus précieuse et que son accaparent par une minorité se fait de plus en plus prégnante, les luttes pour sa préservation se multiplient.
Il en ressort l’extrême importance d’internationaliser les luttes et de les fédérer, de continuer de se soulever pour défendre l’Eau comme Commun (et non pas comme une marchandise), respecter un partage juste des droits d’usages sur les biens communs (terre, eau), de développer des systèmes de coopération (et non de domination et de compétition).
Ainsi, dans le cadre de la mobilisation internationale contre les méga-bassines, le vendredi 24 mars 2023, se tenait a Melle dans les Deux-Sèvres, une table ronde intitulée “Regards intercontinentaux sur les luttes paysannes pour les terres et les enjeux liées à l’eau”.
Nous entendrons les interventions de : Morgan Ody : paysanne en Bretagne et coordinatrice générale de la Via Campesina – Marie-Pierre Répécaud : paysanne en Isère et secrétaire nationale de la Confédération Paysanne chargée du dossier Eau – Massa Koné : paysan au Mali et porte-parole de la Convergence Malienne contre l’Accaparement des Terres (CMAT) et de la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau en Afrique de l’Ouest (CGLTE-AO).
L’UACDDDD MALI- l’Union des Associations et Coordinations d’Association pour le Développement et la Défense des Droits des Démunis : https://uacdddd.org/
Dans cette émission, vous pourrez entendre une conférence de presse où s’exprimait des personnes du comité de soutiens et des avocats de Vincenzo Vecchi. Celle-ci prenait lieu après la décision de la cour d’appel de Lyon, refusant de livrer Vincenzo à l’Italie, et avant la nouvelle heureuse de l’abandon par le parquet, des poursuites à son encontre. En seconde partie d’émission, nous vous ferons connaître des actualités de l’anarchiste Alfredo Cospito, soumis à un régime de détention carcérale particulièrement sévère, qu’il dénonce, et contre lequel il a commencé une grève de la faim depuis 5 mois.
Cette émission contient un extrait de Radio Sauvage, “une web-radio libre, au cœur des luttes sociales, écologiques et antifascistes. C’est un média dont les militants peuvent s’emparer pour auto-construire du contenu, des émissions et des podcasts avec un soutien technique.” Lien vers Radio Sauvage
Vincenzo Vecchi est un ressortissant italien qui avait manifesté contre les décisions du sommet du G8 à Gênes, en 2001. La répression y avait été forte, avec un mort et des centaines de blessés. L’Italie avait alors décidé d’arrêter dix hommes et femmes pour l’exemple en prenant appui sur une loi datant de l’époque fasciste mussolinienne : la loi “dévastation et pillage”. Vincenzo avait été alors arrêté, et mis en détention provisoire pendant 1 an. Puis, anticipant la peine excessive le menaçant, il avait gagné la France où il s’y est installé. Quinze ans plus tard, l’Italie émettait deux mandats d’arrêt européen à son encontre afin de demander son extradition. Ce sont donc ces derniers, à présent, qui ont été abandonné, le parquet ne s’étant pas pourvu en cassation, suite au refus par la cour de Lyon de remettre Vincenzo à l’Italie. A part, la Cour de Cassation a rejeté le recours visant 10 italiens en confirmant ainsi le droit d’asile. C’est donc d’anciens militants italiens, réfugiés en France depuis une bonne trentaine d’années qui ne pourront être extradés depuis la France vers l’Italie. [Édité]
[Édit] : Une erreur a été faite concernant les personnes s’étant vues confirmé leur droit d’asile. Nous avons corrigé en conséquence.
Le 20 octobre, lors d’une audience au tribunal d’application des peines de Sassari, l’anarchiste Alfredo Cospito a essayé de lire une longue déclaration par laquelle il annonce avoir commencé une grève de la faim contre le régime de détention 41 bis, auquel il est soumis, et contre la peine de perpétuité incompressible. Une bataille qu’Alfredo n’a pas l’intention d’interrompre avant son décès. Le compagnon, qui est en régime 41 bis depuis le 5 mai dernier, suite à un décret signé par la ministre de la Justice de l’époque, Marta Cartabia, est actuellement détenu dans la prison de Bancali, en Sardaigne.
“Le régime de 41 bis est une suspension des règles de traitement à l’égard des détenus et des internés pour des crimes considérés particulièrement graves (de « terrorisme »ou de subversion de l’ordre démocratique), ou pour des crimes d’association de type mafieux ou d’association de malfaiteurs avec des buts spécifiques à propos desquels on a des éléments qui laisseraient croire que des liens existent encore entre le détenu et les « organisations criminelles », « terroristes » ou « subversives ». Cette suspension implique les restrictions nécessaires à garantir les exigences d’ordre et de sécurité et à empêcher les contacts avec les dites organisations. Les détenus qu’y sont soumis doivent être accueillis dans des établissements qui leur sont consacrés de manière exclusive ou bien dans des quartiers spéciaux et séparés du point de vue logistique du reste de l’établissement.” “Le régime de 41bis fût introduit en 1992 après l’attentat de Capaci*. La disposition avait été déjà introduite par la loi Gozzini (loi 633/86), qui avait modifié la loi 354/75 sur le système pénitentiaire. À ce moment-là ce régime pouvait être appliqué seulement dans le cas d’urgence internes aux prisons : « En cas exceptionnels de révolte ou dans autres situations d’émergence, le Ministre de la Justice a le pouvoir de suspendre complètement ou partiellement l’application des règles normales de traitement des détenus et des internés. La suspension doit être motivée par la nécessité de rétablir l’ordre et la sécurité et sa durée est celle strictement nécessaire à atteindre le but susdit ». À ce temps-là, ce régime pouvait donc intéresser seulement un établissement entier ou une partie d’un établissement, pas les prisonniers individuellement. […]”
En appel à la Marche contre les violences d’état et le racisme systémique qui se déroule le 18 Mars 2023 à 14h au départ de la place de la République.
Nous vous diffusons aujourd’hui un plateau radio intitulé “S’organiser contre la police” qui s’est déroulé le dimanche 23 octobre 2022, à La Maison Ouverte (17 rue hoche 93100), dans le cadre du Festival Internationaliste ” Les Peuples Veulent 4.0″. Vous pourrez entendre Aydin Yaman (militant.e de Minneapolis, USA), des membres du collectif Los Panchos (Mexique), et des membres du collectif Defend the Atlanta Forest (USA)
Texte D’Appel à La Marche contre les violences d’État et le racisme systémique
“En 2023, pour la 27e année consécutive, l’appel du Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP) de Montréal est lancé pour faire du 15 mars la Journée Internationale contre la brutalité policière.
En France, afin de rompre l’isolement, de dénoncer l’impunité et l’immunité accordées aux agents assermentés face à la justice et de rendre hommage aux victimes, les familles de personnes assassinées, les victimes blessées et mutilées ont répondu à l’appel dès 2011. Elles se sont passé le relais depuis pour faire de la mi-mars le moment de convergence de toutes les personnes victimes de violences et de crimes d’État.
Cette année le Réseau d’Entraide Vérité et Justice, constitué de familles de victimes tuées par la police et la gendarmerie, de familles qui ont perdu un proche tué en prison ou suite à des disparitions forcées, et de personnes blessées et mutilées par les forces de l’ordre, porte l’organisation de cette journée avec des collectifs féministes, antiracistes, antifascistes, de personnes exilées, de sans-papiers et de collectifs en lutte contre les violences et crimes d’État.
Le samedi 18 mars 2023, le Réseau d’Entraide Vérité et Justice appelle à marcher toutes et tous ensemble dans toutes les villes et tous les pays. Vérité, Justice et Réparations pour toustes !”
Pour soutenir le Réseau d’Entraide Vérité et Justice via Hello Asso
Les rencontres internationalistes « Les Peuples Veulent » se tiennent depuis trois ans à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Initialement impulsée par la Cantine syrienne de Montreuil dans le sillage des soulèvements de 2018-2019, ces rencontres sont une proposition pour intensifier des circulations révolutionnaires entre territoires et continents.
Pour cette quatrième édition qui se tenait du 21 au 23 octobre 2022 , cette rencontre a réunie une trentaine de collectifs venus d’Europe de l’est, d’Amérique Latine, du sous-continent indien, des États-Unis, d’Afrique et du Moyen-Orient.
Et pour cette journée internationale du droit de femmes, nous vous proposons l’écoute d’une partie de la table ronde sur l’internationale féministe qui se tenait le samedi 22 octobre 2022 dans le cadre des rencontres internationalistes « Les Peuples Veulent ». Nous entendrons les interventions de femmes originaires du Liban, du Chili, d’Irak et de France. Elles nous parleront de leurs diverses expériences de luttes pour se rapproprier leurs droits et de leurs engagements féministes. Bonne écoute !
Ce 8 mars, et une journée de luttes féministe international. Dans plusieurs pays auront lieu des manifestations et le rendez-vous paris sera à 14 h au départ de la place de République en direction de Nation.
Ça faisait un moment que nous n’avions pas parlé de la prison et pourtant elle, le maillon final, avant la mort, de la chaîne répressive. On dénonce, a juste titre, les violences policières, la justice de classe, mais rarement l’existence des prisons. Et néanmoins, le gouvernement construit toujours plus de places de prison supplémentaires.
Nous partirons du témoignage d’un prisonnier incarcéré pour évoquer la contrainte par corps, peine de prison d’un autre âge qui permet d’incarcérer des prisonniers pour dettes non payées. Pourtant, il est évident que celui ou celle qui a un gros salaire ou des biens pourront payer leurs amendes, et encore, ils pourront souvent s’y soustraire ou les aménager, mais ne se retrouveront jamais incarcérés. La contrainte par corps s’applique donc à ceux et celle qui n’ont rien, dans les faits, c’est une peine pour cause de pauvreté.
Les voleurs, dealers se retrouvent, en plus d’avoir à purger une peine d’emprisonnement, à devoir payer des amendes aux parties civiles d’un montant énorme, absolument impayable qui les plonge dans la précarité à vie.
En 1970, le CAP ; comité d’action prison dénonçait la prison pour dette et avait entamé une campagne pour l’abolir. Depuis la loi n’a pas changé et peu de gens en parle.
En prison cet hiver, les températures ont chuté dans les cellules des détenus. À cause de pannes, mais aussi de coupures de chauffage volontaires pour faire des « économies » et L’insalubrité n’arrange rien. Il fait moins de 15 degrés dans les cellules début décembre. Pour se réchauffer, il faut superposer les couches de vêtements ;
Le cas de Nanterre n’est pas isolé. Nantes, Nancy, Melun, Fleury-Mérogis, Osny, Mont-de-Marsan… L’Observatoire International des Prisons (OIP) énumère des problèmes similaires de pannes de chauffage, ou de systèmes défectueux, dans d’autres prisons de France.
Les surveillants appliquent les consignes d’énergie. il y a aussi des dysfonctionnements dans les nouvelles prisons, parfois « déjà dans un état catastrophique » peu de temps après leur mise en service. C’est le cas de la prison de Lutterbach près de Mulhouse, ouverte en avril 2021 dans le cadre du « plan des 15.000 ». Un programme immobilier lancé par Macron qui prévoit la construction de 15.000 nouvelles places de prison sur dix ans. Le chauffage serait défectueux et il y aurait des problèmes d’isolation. « On a reçu des témoignages pour nous dire que les cellules étaient gelées. »
Pour celles et ceux qui pensent que l’entrée du Droit en prison peut résoudre les problèmes, un petit exemple : le 16 décembre 2020, le Conseil d’État avait déjà donné raison à un détenu de Nanterre qui avait saisi la justice administrative de ses conditions de détention. Incarcéré « dans une cellule qui n’est pas chauffée et qui présente de nombreuses avaries. » la justice ordonnait à l’État de procéder à la “désinsectisation” de l’établissement et au “lavage hebdomadaire” des draps. Mais, “l’administration pénitentiaire a refusé d’exécuter la décision” et a même exercé “des mesures de représailles” envers le détenu qui avait porté l’affaire devant le tribunal. »
Quand on connaît l’état pitoyable des hôpitaux Français on a peine à imaginer ce que peut être l’exercice de la santé en prison.
À Nanterre, L’équipe médicale souffre d’un manque chronique de personnel depuis fin 2020, dans un contexte de surpopulation carcérale toujours plus grande. Les départs ne sont pas remplacés. La prison de Nanterre est censée accueillir 592 détenus. Ils étaient 942, fin novembre, soit presque le double.
Le service compte seulement deux temps plein de médecins généralistes. Et, un psychiatre à mi-temps… qui traîne de lourdes casseroles. Il est connu pour ses négligences. Il a même été condamné pour ça en 2002. Il avait laissé, en 1996, trois jeunes détenus toxicomanes, vêtus d’un simple slip en papier, au mitard de la maison d’arrêt alors qu’il faisait un froid glacial. Des surveillants avaient pourtant donné l’alerte, mais le professionnel de santé et son collègue avaient examiné les détenus sans détecter aucun danger. Ils ont été retrouvés quasi-nu, en état de coma hypothermique. Malgré cette condamnation et un départ à la retraite, le psychiatre a été rappelé pour revenir travailler à la prison etc…
FIN DU 41Bis
FIN DE LA TORTURE DANS LES PRISONS ITALIENNES
SOLIDARITÉ AVEC ALFREDO COSPITO ET TOUT.E.S LES PRISONNIER.E.S
Alfredo Cospito doit vivre
LIBÉREZ Alfredo Cospito en lutte contre le 41 Bis régime de torture d’État.
Nous apprenons qu’Alfredo Cospito est en grève de la faim depuis maintenant 97 jours contre le 41 bis avec de graves menaces pour sa vie.
Le Ministère de la Justice italien vient de franchir un pas
supplémentaire dans l’application de la torture systématique que
constitue le 41 Bis en intimant à la doctoresse qui rend visite à Alfredo
Cospito l’ordre de ne faire aucune déclaration à Radio Onda d’urto de Brescia.
Il s’agit de réduire au silence toute voix qui s’élèverait contre ce
régime criminel qu’est l’application du 41bis et d’étouffer toute
manifestation qui chercherait à faire connaître la situation d’Alfredo
Cospito et de tant d’autres prisonnier.e.s soumis.e.s à ce régime de torture dans les prisons italiennes.
Depuis Paris, nous nous déclarons solidaires d’Alfredo Cospito militant
anarchiste italien et mettrons tout en œuvre pour dénoncer le régime de
torture auquel lui et tant d’autres sont soumis dans les prisons italiennes.
Nous rendons d’ores et déjà responsables le ministre de la Justice
italien ainsi que toutes les institutions qui refusent de mettre fin à
La grève de la faim d’Alfredo Cospito en le libérant et en abolissant le 41 Bis.
LIBÉREZ ALFREDO COSPITO
ABOLITION DU 41 BIS ABOLITION DE LA TORTURE D’ÉTAT
À PARIS COMME A ROME, LIBERTÉ POUR TOUT.E.S LES PRISONNIER.E.S
Secrétaire général du Front Populaire de Libération de la Palestine, il est arrêté le 15 janvier 2002 par l’Autorité Palestinienne dans le cadre de sa coordination sécuritaire avec l’occupation israélienne. Kidnappé en 2006 par Israël, il est condamné par un tribunal colonial à 30 ans de prison le 25 décembre 2008 pour son rôle politique au sein d’une « organisation terroriste ». En dépit de son emprisonnement, Ahmad Sa’adat demeure un leader de la résistance palestinienne fidèle à ses principes anticolonialistes et anti-impérialistes indéfectibles.
Pour relayer cette campagne, nous vous diffusons un entretien réalisé avec le porte parole du collectif Palestine vaincra réalisé le samedi 21 janvier 2023. Ce fut l occasion de revenir avec lui sur la campagne mais aussi sur la question de la détention comme une arme coloniale.
Depuis l’assassinat par la police de la jeune Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, l’Iran est secoué par une révolte que le régime des Mollahs ne parvient pas à éteindre, malgré une répression féroce.
La solidarité internationale avec le peuple iranien s’organise. Diverses manifestations ont lieu.
les organisations syndicales, se joignent au mouvement. Le 2 décembre 2022, le collectif intersyndical Iran, organisait a la bourse du travail de Paris un meeting de soutien en solidarité avec les manifestant-e-s d’Iran.
Dans cette première partie d’émission, nous vous proposons l’écoute de quelques prises de parole de cette réunion publique.
Nous poursuivrons avec une réactualisation des informations sur la situation en Iran
Selon l’ONU, environ 14.000 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement. Le régime a commencé à exécuter ses sentences. La peine capitale est de tout temps et en toute circonstance un « meurtre d’État ».
Il s’appelle Javad Rouhi. On ne connaît pas son âge mais il a été condamné à mort pour « corruption sur terre », « apostasie par profanation du Coran en le brûlant » et « destruction et incendie de biens publics ». Cette nouvelle condamnation à la peine capitale porte à 18 le nombre de personnes condamnées à mort en lien avec la contestation, selon un décompte établi par l’AFP.
Lundi 9 janvier, la justice iranienne avait également condamné à mort trois manifestants anti-gouvernementaux, Saleh Mirhashemi, Majid Kazemi et Saeid Yaghoubi, accusés d’avoir tué des Bassidjis, membres des forces paramilitaires iraniennes en marge de manifestations à Ispahan.
Celon human right iran 476 manifestants auraient été tués depuis mi-septembre.
Quatre Iraniens ont été condamnés à des peines allant d’un à dix ans de prison pour avoir notamment incité à la grève lors du mouvement de contestation lié à la mort de Mahsa Amini. Le 5 décembre, des appels à une grève de trois jours ont été lancés par des militants sur les réseaux sociaux en soutien à la contestation. Après cet appel, les quatre personnes ont été condamnées en première instance à la prison principalement « pour avoir incité des chauffeurs à faire grève en décembre » dans la province de Hormozgan (sud).
« Je suis là pour demander la liberté en Iran (…) Quand j’étais petite, ils ont arrêté toute ma famille », a expliqué Sholeh Golrokhi, 49 ans, venue de Paris et qui s’est dessinée une larme rouge sur le visage. « On est contre ce régime (…) qui est contre l’humanité, contre tout le peuple iranien », a expliqué Jiyan Bahramian, un réfugié politique de 46 ans vivant à Besançon.
Des chansons du rappeur Toomaj Salehi, arrêté pour son soutien au mouvement, étaient diffusées.
“On souhaite que la France ferme l’ambassade des mollahs” : à Lyon, l’appel de la diaspora iranienne à Emmanuel Macron”, voilà ce que demandaient les manifestants ce dimanche 8 janvier, à Lyon.
Une manifestante posait une question à Monsieur Macron : pourquoi hésite-t-il ?, Les intérêts de la France pourraient être maintenus et gardés bien au chaud, même avec un régime démocratique. Pourquoi la France dit que sa priorité, c’est le traité nucléaire ? Il n’y a plus à négocier avec un régime de dictature et meurtrier comme celui-là.”
Et pour terminer l’émission, nous faisons un point sur le mouvement social qui débute contre la nouvelle réforme des retraites.
On se retrouve dans la rue ce jeudi 19 janvier et pour paris, le rendez-vous sera à 14 h à République pour la manifestation en direction de Nation via Bastille.
Dans l’émission de ce jour, nous rendons un hommage à Adolfo Kaminsky
L’actualité des luttes poursuit son travail de diffusion d’histoires d’anonymes qui ont su avec courage et détermination s’inscrire dans l’Histoire en prenant leur responsabilité et en défiant la légalité.
Quand, à 17 ans, Adolfo Kaminsky devient l’expert en faux papiers de la Résistance à Paris, il ne sait pas encore qu’il est pris dans un engrenage infernal, dans une course contre la montre, contre la mort, où chaque minute a la valeur d’une vie. Durant trente ans, il exécutera ce méticuleux travail de faussaire pour de nombreuses causes, mais jamais pour son propre intérêt.
Sa fille, Sarah, retrace son histoire de clandestinité, d’engagement, de combat contre le racisme, pour la solidarité avec la lutte des peuples pour leur liberté et la dignité humaine. La Résistance, l’émigration clandestine des rescapés des camps avant la création d’Israël, le soutien au FLN, les luttes révolutionnaires d’Amérique du Sud, les guerres de décolonisation d’Afrique, l’opposition aux dictateurs d’Espagne, du Portugal et de Grèce, sont autant de combats pour lesquels il s’est engagé, au risque de sa vie et au prix de nombreux sacrifices. Adolfo Kaminsky est toujours resté fidèle à ses convictions humanistes, à sa volonté de bâtir un monde de justice et de liberté.
À lire : Adolfo Kaminsky Une vie de faussaire chez Calmann-Levy de Sarah Kaminsky
Cette émission fut diffusée pour la première fois, le 12 janvier 2015
Le 9 octobre 2022, Le collectif 98, la Parole Errante et l’équipe de Les Peuples Veulent organisaient à Montreuil une rencontre avec l’Association Révolutionnaire des Femmes d’Afghanistan (RAWA) pour leur tournée européenne.
RAWA est la première association indépendante de femmes afghanes. Cette organisation qui agit aujourd’hui en partie dans la clandestinité a été fondée en 1977 par la militante révolutionnaire féministe Meena Keshwar Kamal et un groupe de femmes progressistes et anti-impérialistes luttant pour la démocratie. Parce que les femmes de RAWA se battent toujours et encore pour la liberté, la démocratie, le respect des droits des femmes et une société basée sur la justice et la laïcité; et face au silence assourdissant et à la complicité des médias et gouvernements européens, Meriem était avec nous le 09 octobre pour porter la voix de ses camarades et raconter leur combat.
Cette émission (exceptionnellement d’une heure et trente minutes) se découpe en trois parties. Tout d’abord vous pourrez entendre la prise de parole de RAWA autour du contexte historique et politique en Afghanistan. Ensuite, vous entendrez une partie de l’échange qui a eu lieu avec le public. Puis vous pourrez entendre, un interview réalisé avec Meriem à la suite de son exposé dans le studio radio de la parole errante demain.
Le 7 janvier 2023 se tenait des manifestations gilets jaunes à travers la France avec des revendications portant principalement sur les retraites, la vie chère et l’utilisation des articles 49.3. Vous pourrez entendre un reportage à cette occasion, réalisé dans le cortège parisien.
“Les gilets jaunes d’Agde dans l’Hérault se sont retrouvés sur leur rond-point habituel. Ils étaient une vingtaine à Millau, et le même nombre à Nîmes. L’indépendant aura recensé une centaine de manifestants à Carcassonne.
Une centaine de Gilets jaunes sont réunis à Angers, où un gilet jaune géant floqué de l’inscription « Stop Macron et son monde » à été enlevé des grilles du Jardin des Plantes par la police. Sur Pau les contestataires ont plutôt opté pour une ouverture des barrières du péage d’autoroute local. Deux rendez-vous étaient proposés aux gilets jaunes de la région d’Avignon . Le premier sur un rond-point. Le second en centre-ville, où les manifestants ont dû se séparer en petits groupes pour échapper à une nasse mise en place par les forces de l’ordre. Le Progrès comptait une vingtaine de gilets jaunes en début d’après midi à Bellay. Sur Bordeaux une centaine de manifestants ont défilé en centre ville. Une petite quinzaine de gilets jaunes ont occupé un rond-point à Nancy. 60 personnes étaient rassemblées à Nice. France 3 Régions évoque des revendications contre la réforme des retraites, la vie chère et l’usage intensif de l’article 49.3 par la majorité macroniste, là où le journal indépendant Mouais parle d’une mobilisation contre le vaccin du Covid. La Dépêche compte une cinquantaine de manifestants à Tarbes La mobilisation était plus importante à Vannes où, selon « Le Télégramme », « 200 personnes environ ont manifesté ». Des chiffres similaires dans le Grand Est, où le quotidien régional « l’Alsace » évoque« autour de 150 manifestants à Strasbourg et Colmar, 200 à Mulhouse ». Trois cents gilets jaunes étaient mobilisés à Toulouse, et une vingtaine à Montauban. Une quarantaine de gilets se sont aussi retrouvés à Gerzat, tout près de Clermont Ferrand, au rond-point près du péage de l’A67. Mobilisation comparable au Mans. Cinquante GJ battaient le pavé à Chambéry et à Perpignan, pour une dizaine à Albertville.
D’autres rassemblements se sont tenus à Alençon, Andrézieux, Annecy, Annonay, Augny (près de Metz), Barentin, Belfort, Bergerac, Besançon, Cahors, Cannes, Choisey, Cognac, Colomiers, Davézieux, Dijon, Essay-les-Nancy, Etampes, Figeac, Fontainebleau, Gisors, Grenoble, Kingersheim, La Roche sur Yon, La Réunion, Lille, Lommes, Lons le Saunier, Marseille, Montabon, Montélimar, Montluçon, Niort, Le Puy en Velay, Saint-Avold, Saint-Brieuc, Saint- Nazaire, Saint-Geneviève des bois, Toulon, Trignac, Ussel, Villefranche de Lauragais, Villefranche sur Saône, Villeneuve sur Lot, Voujeaucourt ou encore Wassellonne.”
Le deuxième reportage porte sur la marche commémorative en hommage à trois militantes kurdes assassinées il y a 10 ans, pour crier leur exigence de vérité et de justice, et ce, alors que deux semaines plus tôt, trois personnes kurdes, se faisaient tuer à nouveau dans les rues de Paris.
Communiqué du Conseil démocratique kurde en France :
“Alors que nous étions entièrement affairés aux préparatifs du 10e anniversaire du triple assassinat des militantes kurdes exécutées par l’État turc à Paris le 9 janvier 2013, trois autres militants kurdes ont été froidement assassinés le 23 décembre 2022, dans un attentat terroriste visant le siège de notre association, dans le 10e arrondissement de Paris.
Parmi les victimes, figure Emine Kara (connue sous le nom d’Evîn Goyî), une figure emblématique du Mouvement des Femmes kurdes, ainsi que le jeune chanteur kurde Mîr Perwer, qui avait été contraint de se réfugier en France suite à une condamnation par la justice turque à une peine de prison en raison de son engagement pour la culture kurde. La troisième victime est Abdurrahman Kizil, un homme kurde d’une soixantaine d’années qui fréquentait régulièrement l’association. L’attentat a fait par ailleurs trois blessés.
Pour le CDK-F, il ne fait aucun doute que la Turquie et ses services de renseignements sont impliqués dans cet attentat terroriste qui a endeuillé le peuple kurde et toute la France. C’est pourquoi, nous avons aussitôt soulevé auprès des autorités judiciaires le caractère terroriste de ces crimes. Cependant, à ce stade, aucune de nos revendications n’a été prise en compte. Bien que toutes les conditions soient réunies pour qualifier cette attaque meurtrière de terroriste, le parquet n’a pas retenu cette qualification, considérant qu’il s’agissait d’un acte raciste.
C’est la deuxième fois en moins de dix ans que Paris est le théâtre d’un massacre politique contre les Kurdes et particulièrement contre les femmes kurdes. Ces crimes terroristes ne touchent pas seulement la France et sa communauté kurde, mais un peuple de 50 millions de personnes dispersées dans les quatre coins du monde.
10 ans après l’assassinat à Paris des militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, le sentiment d’impunité règne plus que jamais, le sentiment que la France cherche à jeter aux oubliettes ce crime politique, comme tant d’autres qui jalonnent son histoire contemporaine.
En effet, durant ces 10 longues années, l’État français n’a manifesté aucune volonté politique pour élucider cette affaire, ni fait aucun geste pour faciliter les investigations et le travail de la justice. Or, il ne s’agit pas là d’une simple affaire judiciaire, mais d’un crime terroriste dans lequel sont impliqués les services d’un État étranger, comme le confirme le réquisitoire du Procureur de la République : « de nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l’implication du MIT dans l’instigation et la préparation des assassinats. »
Sollicité à plusieurs reprises par les juges d’instruction pour la déclassification des informations détenues par les différents services de renseignements français concernant cette affaire, les gouvernements français successifs ont toujours opposé le secret-défense. En refusant de lever le secret-défense, la France commet un déni de justice et entretient l’impunité d’un crime politique et terroriste.
Nous le disons haut et fort: tant que les commanditaires du triple assassinat du 9 janvier 2013 ne seront pas jugés et condamnés, l’attentat politique du 23 décembre 2022 restera également impuni. Toute la lumière doit être faite, tant sur la première affaire que sur la deuxième qui endeuille et meurtrit une fois de plus notre communauté.
C’est pourquoi, il est plus que jamais nécessaire d’adopter une position commune face à cette barbarie du régime turc dont les répercussions dépassent largement la sphère kurde.
Le 7 janvier sera l’occasion de manifester notre colère et de crier haut et fort notre exigence de vérité et de justice.
Nous appelons les élus de la République, de quelque bord qu’ils soient, à se joindre à nous dans cette marche, avec leur écharpe tricolore, afin de revendiquer la justice et de mettre fin à cette impunité qui ternit l’honneur de la France.
En outre, nous appelons les défenseurs des droits humains, et particulièrement les avocats, à se joindre à la manifestation avec leur robe, afin de rappeler la primauté du droit et de revendiquer la justice aux côtés des familles des victimes et des milliers d’autres manifestants.
Enfin, nous demandons aux organisations politiques, syndicales et associatives de nous rejoindre pour porter haut nos voix et notre quête de justice.
La France doit lever le secret-défense et faire tout le nécessaire pour résoudre l’affaire du triple assassinat du 9 janvier. La justice française doit reconnaître le caractère terroriste de l’attentat du 23 décembre 2022 afin que les commanditaires soient jugés et condamnés.
Le 22 novembre 2022 la librairie libre ère, à Ménilmontant, avait invité NEDJIB SIDI MOUSSA pour présenter son ouvrage histoire algérienne de la France et c’est cette rencontre que nous vous proposons d’écouter dans l’émission de ce jour.
Docteur en science politique et enseignant, Nedjib Sidi Moussa est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Algérie, une autre histoire de l’indépendance (PUF, 2019) et la Fabrique du Musulman (Libertalia, 2017). Nous menons avec lui une longue discussion en trois parties à l’occasion de la parution de son nouveau livre, « Histoire algérienne de la France », aux Presses universitaires de France.
Reporters : La guerre civile algérienne, nommée pudiquement « La décennie noire », a divisé et les Algériens et aussi les Français. Vous expliquez dans le chapitre V de votre livre que le débat en France autour de ce sujet fut pratiquement impossible, particulièrement à cause du clivage entre les partisans des « réconciliateurs » et des « éradicateurs ». Pouvez-vous revenir sur l’identité politique de ces deux groupes ? Nedjib Sidi Moussa : Les « réconciliateurs » ont soutenu le contrat de Rome en 1995, comme le FFS, le PT et des partis islamistes, tandis que les « éradicateurs » l’ont rejeté, comme le RCD, Ettahadi ou l’ANR. Cet antagonisme, qui ne se réduit pas au clivage droite-gauche, mobilise des registres distincts, car il s’agit pour les premiers de faire respecter une certaine conception de la démocratie et, pour les seconds, de défendre une certaine idée de la république, en s’affrontant sur la façon d’appréhender l’islamisme. En raison des prolongements de la guerre civile algérienne sur le territoire français (attentats, réfugiés, etc.) mais aussi des liens de solidarité entre courants politiques des deux rives, cette polarisation se répercute dans le champ politico-médiatique hexagonal. Ainsi, cette séquence est incontournable pour comprendre la virulence des controverses françaises sur la question musulmane, dans la mesure où l’opposition entre « réconciliateurs » et « éradicateurs » se redéploie sur fond de « guerre contre la terreur » ou d’affaires du voile.
La fascination de certains intellectuels français pour les islamistes les a empêchés de voir en eux des hommes d’extrême droite musulmane. Un certain François Burgat parlait même d’une volonté d’achever la lutte de décolonisation dont les islamistes seraient les nouveaux hérauts. Comment expliquez-vous, d’un côté, cette fascination pour des intégristes musulmans et, de l’autre, la stigmatisation, voire l’incrimination, des dits éradicateurs, souvent qualifiés de « laïques » et jugés très peu « authentiques » sur le plan identitaire et religieux ? Nous avons là affaire à plusieurs phénomènes. Il y a d’abord quelque chose qui relève de ce que Maxime Rodinson a appelé la « fascination de l’islam » et qui nous avertissait, en 1980, « contre les soumissions des orientalistes aux idéologies dominantes de la société bourgeoise libérale, le remède n’est pas, si tentant qu’il soit, le recours aveugle aux idéologies qui les contestent. » Ce propos rejoint celui de Sadek Jalal Al-Azm qui a critiqué, en 1981, «l’ orientalisme à rebours » dans la revue Khamsin. Plus fondamentalement, les affrontements du champ politico-médiatique français au cours de la guerre civile algérienne ont illustré ce que Pierre Bourdieu désignait en 1979 à travers la loi des « cécités croisées » dans La Distinction. Enfin, le malaise des intellectuels ou militants de la gauche française repose sur une forme d’occidentalocentrisme car ils n’ont pas pris au sérieux leurs homologues issus du monde arabo-musulman qui, sans s’aligner sur les régimes autoritaires, ont caractérisé l’islamisme comme relevant de l’extrême droite, voire du « fascisme », même si le terme fait débat.
L’essor de la marche pour l’égalité en 1983 est suivi par des réactions racistes et xénophobes agitant les peurs autour d’une imminente « invasion migratoire » et la prétendue métamorphose inéluctable de la France en République « multiraciale ». Ces expressions du venin d’extrême droite, en quoi sont-elles liées à la centralité refoulée de la question algérienne en France ? Pourquoi le signifiant « Algérie » est toujours synonyme d’immigration, d’islam, de terrorisme, de guerre civile, etc. ? La marche pour l’égalité et contre le racisme, partie de Marseille le 15 octobre 1983, s’inscrit dans un contexte de violences, voire de crimes racistes qui ciblent tout particulièrement de jeunes hommes originaires d’Algérie et issus de familles ouvrières. D’ailleurs, un drame survient au cours de la marche et émeut l’opinion publique française, il s’agit du meurtre du jeune Habib Grimzi, défenestré le 14 novembre par des candidats à la Légion étrangère. L’hostilité provoquée par la visibilité des enfants de travailleurs immigrés renvoie au rejet d’une « France algérienne » par les partisans de l’« Algérie française ». En effet, pour l’extrême droite, la question de l’immigration est indissociable de la question algérienne. C’est explicite dans les déclarations des dirigeants du Front national comme Jean-Marie Le Pen mais cela se retrouve également dans Le Camp des saints, un roman de Jean Raspail paru en 1973 – ponctué de références à l’Algérie – et imaginant la « submersion migratoire » de la France, bien avant le triste succès de la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus.
A votre avis, la marche pour l’égalité permet-elle d’interroger la place des enfants de l’immigration algérienne en France et, par extension, la question des binationaux ? De quelle façon la France pourrait-elle accepter sa part algérienne ? Si, pour l’extrême droite, la visibilité des descendants d’ouvriers algériens apparaît comme étant problématique, il n’en est pas de même du point de vue de la gauche radicale, héritière de la lutte pour l’indépendance et engagée dans le combat contre le racisme ciblant les immigrés. La marche de 1983 est perçue favorablement par la gauche extraparlementaire car elle apporte un vent d’espoir dans une conjoncture marquée par la percée électorale du Front national lors des élections municipales, mais aussi par le « tournant de la rigueur » amorcé par le président socialiste François Mitterrand.
À l’heure des débats sur le « droit à la différence », mais aussi de la remise en cause du tiers-mondisme, cette nouvelle génération d’enfants d’immigrés interroge, d’une part, l’exclusivisme de nationalismes antagonistes qui prennent en tenaille cette population – notamment au regard du droit à la nationalité ou du service militaire – et d’autre part, tout en ayant l’Algérie au cœur, n’envisage son avenir qu’en France.
Le quatrième chapitre de votre livre est consacré à Klaus Barbie : qui était-il, ce client de Jacques Vergès ? Klaus Barbie est né à Godesberg en 1913. Il adhère aux Jeunesses hitlériennes à 20 ans, rejoint les SS en 1935 et devient membre du parti nazi deux ans plus tard. Durant la Seconde Guerre mondiale, il se distingue par son rôle dans la persécution des Juifs et la traque des opposants au nazisme. En 1942, il est nommé à la tête de la section IV de la Gestapo pour la région de Lyon. L’année suivante, il est responsable de l’arrestation du résistant français Jean Moulin qu’il torture en personne. Le « boucher de Lyon » poursuit sa sale besogne jusqu’à la fin du conflit en ordonnant, entre autres, la rafle de 44 enfants juifs réfugiés à Izieu. Dans le contexte de la guerre froide, ce criminel de guerre parvient à échapper à la justice en étant recruté par le contre-espionnage de l’armée américaine pour laquelle il met à disposition son expérience et fait valoir son anticommunisme. Il se réfugie en 1951 en Bolivie où il conseille les dictatures d’Amérique latine jusqu’à son extradition en France en 1983.
En défendant Klaus Barbie, Jacques Vergès a-t-il nié les principes de son anticolonialisme au nom d’une certaine surenchère qui, au nom de l’antisionisme, est allé jusqu’à l’adoption de thèses négationnistes – je pense notamment à Robert Faurisson et Roger Garaudy ? Il faut distinguer plusieurs niveaux pour comprendre ce qui se joue dans la défense de Klaus Barbie par Jacques Vergès, connu du public algérien pour sa défense de militants du FLN – dont Djamila Bouhired qu’il épouse –, en usant de la « stratégie de la rupture » qui n’a jamais fait l’unanimité chez les anticolonialistes. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il a été le défenseur des islamistes durant la guerre civile. Il l’a expliqué dans sa « Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires », parue en 1993, qui a suscité une réponse de Jean-Louis Hurst alias Maurienne – auteur du « Déserteur » en 1960 –, publiée dans « Courant alternatif » en 1994. De plus, « l’avocat de la terreur » était lié à François Genoud, milliardaire suisse nazi qui a géré à Genève les fonds du FLN pendant la révolution anticoloniale et qui a créé à l’indépendance la Banque arabe suisse d’Alger.
La plaidoirie de Jacques Vergès a été particulièrement perverse et traduisait la dérive la plus grave d’un certain anti-impérialisme perméable aux thèses négationnistes, en jouant sur un ressort aussi malsain que puissant, celui de la dénonciation du « deux poids, deux mesures ».
Quelle était la réception dans la presse algérienne du procès de Klaus Barbie ? A-t-elle accordé un soutien inconditionnel à Jacques Vergès ? Dans un contexte d’absence de liberté de la presse – nous sommes à l’époque du parti unique –, on assiste tout de même au naufrage d’une corporation, voire d’une génération, puisque les intellectuels et journalistes algériens qui s’expriment dans les médias autorisés expriment leur soutien à la rhétorique développée par Jacques Vergès et versent même, pour certains, dans l’antisémitisme le plus répugnant. Néanmoins, il faut souligner la déclaration courageuse de Hocine Aït Ahmed et Mohammed Harbi qui, dans la revue « Sou’al » publiée à Paris, ont sauvé l’honneur de la conscience algérienne en rappelant qu’en tant qu’anciens colonisés, leur place n’était pas du côté du bourreau nazi Klaus Barbie, mais de ses victimes juives, en invoquant un principe universel, celui des droits humains.
Propos recueillis par Faris LOUNIS, journaliste indépendant
En plein Paris, le 23 décembre 2022, le centre culturel Kurdes a une nouvelle fois été visé, trois personnes ont été blessées et trois autres tuées : deux hommes et une femme ; Emine Kara, responsable du mouvement des femmes kurdes en France, Mir Perwer chanteur kurde et Abdulrahman Kizil un habitué du centre : pas vraiment des passants pris au hasard !
Dans cette émission, en recoupant les éléments notamment mis à jour dans les articles de l’Humanité et de Libération, et la conférence de presse du 24 décembre organisée par le conseil démocratique Kurde, nous vous proposons de revenir sur les événement qui ont endeuillé la communauté kurdes de France, forte de 350 000 membres.
Selon le gouvernement français ; Un loup solitaire, déséquilibré, pris d’une impulsion raciste, aurait pris son arme et tiré au hasard ? Yekbun Eksen le porte-parole du Conseil démocratique kurde de France (CDKF) n’y croit pas : « Le peuple kurde, en quarante ans de lutte de libération nationale, sait qu’il n’y a jamais de coïncidence », « Pour nous, ce n’est pas anodin que ces assassinats se soient produits dans ce lieu qui fait office d’ambassade du plus grand peuple sans État ».
Difficile de croire à la thèse officielle d’un tireur isolé. Le tireur était récemment sorti de prison et a très bien pu être instrumentalisé par des pro-Erdogan, président d’extrême droite de Turquie.
«Dans cette affaire tout est trop gros»
L’homme arrêté, William M., 69 ans, ancien conducteur de train, est connu de la justice pour deux tentatives d’homicide, commises en 2016 et décembre 2021, un des faits visés concerne l’attaque raciste d’un camp de migrants, le 8 décembre 2021. Il avait été mis en examen pour violences avec arme avec préméditation à caractère raciste ainsi que pour des dégradations. Il avait ensuite été placé en détention provisoire avant d’être remis en liberté le 12 décembre dernier. Malgré ces faits extrêmement graves et en récidive, il a été libéré au bout d’un an et n’est pas connu des renseignements territoriaux et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ni « fiché comme étant quelqu’un d’ultradroite » !
Selon les informations recueillies par l’Humanité, l’homme aurait été déposé par une voiture devant le siège du Conseil démocratique kurde de France (CDKF) alors que devait se tenir une réunion d’une soixantaine de femmes kurdes, finalement décalée d’une heure au dernier moment. Un massacre a été évité. Qui aurait renseigné le tueur ?
Pourquoi le suspect avait-il une arme alors qu’il était sous le coup d’une interdiction de port d’arme ? Pourquoi cibler les Kurdes alors qu’ils sont connus pour avoir lutté contre les islamistes radicaux de Daech ?» Qui lui a fourni cette arme ?
Selon Agit Polat, porte-parole du CDKF, « il est inadmissible que dans cette affaire le caractère terroriste ne soit pas retenu et qu’on essaie de nous faire croire qu’il s’agit d’un simple militant d’extrême droite, un récidiviste tout juste sorti de prison le 12 décembre ».« Il y a à peine vingt jours de cela, lors d’un échange avec les services de renseignements français, j’ai moi-même fait part personnellement de mes craintes concernant notre sécurité. J’ai souligné la nécessité d’augmenter la sécurité au sein et autour de notre association ».
Le centre kurde n’était pas protégé par la police
le 9 janvier 2013, la communauté kurde avaient déjà été visée par les assassinats de trois militantes, Sakine Cansız, figure historique du PKK, Leyla Saylemez et Fidan Doğan, Déjà ces assassinats avaient été perpétrés dans le centre Kurdes du 147, rue La Fayette, siège du Centre d’information du Kurdistan. En 2015, le principal suspect, Omer Güney, est renvoyé devant la cour d’assises de Paris sans que les commanditaires soient identifiés par la justice française . Le chef d’accusation à l’époque est : participation à la préparation d’une action terroriste «à la demande d’individus se trouvant en Turquie et possiblement liés aux services de renseignement turcs». il meurt quelques semaines avant l’ouverture de son procès, qui été prévu en janvier 2017, clôturant l’instruction. De quoi attiser la défiance et la colère des Kurdes vis à vis des autorités françaises.
Malgré une volonté manifeste d’enterrer cette affaire, les familles des victimes obtiennent en 2019 l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire visant, cette fois, Les complices et commanditaires éventuels. Mais l’enquête continue de se heurter au secret-défense. La raison d’État est-elle toujours à l’œuvre face à une Turquie puissante, prompte au chantage migratoire ?
Autre «coïncidence troublante», et ceci au niveau européen ; selon l’avocat Antoine Comte: trois jours avant ce nouveau meurtre, le 20 décembre 2022, les familles des victimes ont été reçues par les juges d’instruction, qui leur ont fait part de l’avancée de l’enquête, relancée récemment «après une série d’événements en Europe : un projet d’attentat contre des dirigeants kurdes à Bruxelles, une condamnation pour espionnage en Allemagne et une tentative d’assassinat en Autriche».
A cette occasion, Antoine Comte a décidé de verser à la procédure les Loups aiment la brume, un livre d’enquête publié en septembre par les journalistes Laure Marchand et Guillaume Perrier, qui «ont mis au jour un réseau d’agents secrets turcs prêts à tout pour liquider leur opposition kurde ou turque, de véritables escadrons de la mort qui circulent en Europe». Yekbun Eksen ne dit pas autre chose : «On s’attendait à ce qu’il y ait des problèmes à Paris, pour les dix ans. On sait que des équipes d’assassins sillonnent l’Europe pour tuer des militants kurdes, et que ça ne s’est pas arrêté le 9 janvier 2013.»
Vous allez maintenant écouter des extraits de la conférence de presse du conseil démocratique kurde de France qui s’est tenu le 23 décembre dans leurs locaux. Nous poursuivrons avec les extraits des prises de parole enregistrées lors de la manifestation du 24 décembre. Une manifestation aura lieu à Paris le 5 janvier à 11 h à Gare du Nord pour réclamer justice, la levée du secret défense et dénoncer la politique d’extrême droite d’Erdogan.
Nous voulions, grâce au travail d’enquête de Médiapart vous donner un peu plus de détail sur l’attaque au sabre dont ont été victimes deux réfugiés à Paris le 8 décembre 2021 par William M., mis en examen dans la tuerie récente rue d’Enghien. Alors qu’ils ignoraient que l’homme avait été libéré, les deux exilés font part de leur incompréhension et de leur sentiment d’insécurité.
Omar*, le réfugié érythréen, n’arrive pas à admettre que son agresseur ait pu sortir de détention provisoire. Pas après qu’il eut « tenté de [le] tuer », il y a tout juste un an, en lui assenant des coups de sabre dans le dos et à la jambe, alors qu’il se réveillait tout juste sur le camp où il vivait avec près de soixante autres exilés dans le parc de Bercy
Omar est en train d’uriner quand, au petit matin, William M. le frappe une première fois dans le dos avec son sabre. Il se retourne pour essayer de comprendre ce qu’il se passe avant de recevoir un deuxième coup à la jambe droite.
Omar est emmené à l’hôpital, où on ne le garde que quelques heures, le temps de le recoudre. « Ensuite, je me suis retrouvé au commissariat. Le policier me demandait pourquoi on s’était bagarrés. Mais comment on peut parler de bagarre quand une personne a été agressée ? »
Comme l’a documenté Mediapart, les quatre principales victimes de l’attaque au sabre, dont Omar fait partie, ont été placées en garde à vue durant quarante-huit heures après le drame. L’une d’entre elles, un ressortissant marocain sans papiers, s’est même vu délivrer une obligation de quitter le territoire français (OQTF), alors qu’il est décrit par plusieurs témoins comme celui ayant réussi à maîtriser l’assaillant du parc de Bercy.
Au commissariat, Omar affirme avoir refusé de signer la déclaration rédigée par l’agent de police et demandé la présence d’un avocat, en vain. Il a refusé de signer, le policier l’a menacé de couper sa carte de séjour et de le renvoyer dans son pays. Il a même dit qu’il appellerait la préfecture pour qu’elle ne renouvelle pas ses papiers , il confie n’avoir pas donné ce détail au juge qui l’a interrogé, par peur de représailles.
Parmi les occupants du camp, Omar est celui qui a été le plus blessé : il s’est vu prescrire une incapacité totale de travail (ITT) de dix jours par le médecin à l’hôpital.
Avec du recul, Omar dit ne pas comprendre pourquoi il n’a pas été reconnu comme « victime », ni pourquoi William M. s’est comporté ainsi, alors qu’à son âge, il devrait « montrer le bon exemple aux jeunes et faire preuve de sagesse ». « Son père a dit à la télé qu’il ne vivait pas comme tout le monde. Il paraît qu’il voulait garder une balle pour se suicider. Entendre ça m’a détruit. »
Mais ce qui le hante le plus, depuis l’attaque au sabre, c’est son parcours d’errance en France. Arrivé en 2013 après avoir fui son pays, Omar obtient vite le statut de réfugié, mais est trimbalé de centre d’urgence en centre d’urgence, sans parvenir à trouver un logement stable. « J’ai vécu à la rue durant cinq ans, alors que j’avais des papiers, que j’avais fait une procédure Dalo [Droit au logement opposable, un dispositif permettant de se voir proposer une solution de logement digne sous six mois – NDLR] et que mes droits avaient été reconnus en 2019. »
L’assistante sociale qui le suit dans les Hauts-de-Seine dès 2015 lui suggère de trouver d’abord un emploi. « Elle m’a dit qu’on ne donnait pas de maison à quelqu’un qui ne travaille pas. Mais comment je peux travailler si je vis dehors ? Vous savez ce que c’est que de dormir dans une tente et de trimbaler son sac sur le dos et sa couverture toute la journée ? D’être regardé par les gens comme un clochard ?, s’agace-t-il. Ce qu’elle m’a dit ce jour-là m’a fait tellement mal. »
S’il avait eu un logement, jamais William M. ne l’aurait trouvé, ce jour-là à Bercy, pour lui faire du mal. Omar s’est retrouvé dans ce parc parce que c’était l’un des seuls lieux qu’il connaissait à Paris. Durant des mois, il a dormi non loin de là, sous un pont.
Omar a depuis obtenu un logement dans une résidence sociale en région parisienne . Mais aujourd’hui, il dit vivre dans la peur. « Mon cœur saigne. Je dois recommencer ma vie à zéro, mais j’ai vécu trop de choses douloureuses »,
Mediapart a également retrouvons Fares*, un autre Érythréen, témoin de l’attaque au sabre perpétrée le 8 décembre 2021. « Vendredi, quand il a entendu que c’était le même homme qui a tué les Kurdes à Gare de l’Est, ça a été un choc, soupire-t-il, assis près d’un Syrien qui était présent lui aussi dans le parc de Bercy l’an dernier.
Sans le Marocain qui était dehors et a maîtrisé l’homme en premier, il y aurait eu un massacre », poursuit son ami syrien, qui a depuis obtenu le statut de réfugié. Selon lui, l’exilé marocain aurait quitté la France après avoir été placé en garde à vue et s’être vu délivrer l’OQTF, et reste introuvable. « Je ne l’ai plus revu depuis l’attaque. Il nous avait dit qu’il ne voulait plus rester ici et qu’il avait des enfants en Espagne, peut-être qu’il les a rejoints. »
Le 16 octobre se tenait la journée internationale d’action pour la souveraineté alimentaire des peuples. Pour cette occasion, nous avons interviewé Morgan, maraîchère dans le Morbihan, de via campesina. Dans le cadre de cette journée le 17 octobre a eu lieu à Rennes une manifestation des éleveurs et des éleveuses de poulets en plein air.
Dans une deuxième partie d’émission, nous parlerons avec Yannick Ogor, auteur du paysan impossible, de l’histoire récente d’industrialisation de l’agriculture et de la progressive interdiction de l’élevage en plein air au profit des grands groupes agro-industriels. La Bretagne est un laboratoire, qui au sortir de la seconde guerre mondiale a dû nourrir la France à coup d’élevages intensifs.
POUR LA DÉFENSE DES ÉLEVAGES PLEIN AIR POUR LE BIEN-ÊTRE DES ANIMAUX ET DE LEURS ÉLEVEURS
LUNDI 17 OCTOBRE – 11H A RENNES
Les attaques contre l’élevage plein air sont incessantes : sous couvert de prévention de menaces (grippe aviaire, peste porcine africaine, salmonelle, …), des normes sanitaires et mesures dites de biosécurité, complètement inadaptées aux réalités techniques et économiques, de l’élevage paysan sont imposées aux producteurs de manière arbitraire et unilatérale.
L’État aurait la volonté (ou obéirait aux diktats des filières de l’élevage industriel qui veut préserver ses marchés export ?), de faire disparaitre l’élevage plein air qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Le scénario du pire continue dans la “lutte” contre la grippe aviaire : le ministère et ses services en région passent complètement à côté de l’enjeu sanitaire que nous impose ce virus en passe de devenir endémique.
La claustration va rester la norme, alors qu’elle n’a pas empêché les 1400 foyers en France et 20 millions d’animaux abattus. Cette politique de confinement signe progressivement la mort de l’élevage paysan plein air de volailles. Ces 24 derniers mois, nos volailles ont été enfermées pendant 18 mois. Et maintenant nous devons tester nos élevages plein air et élevages de canard chaque semaine
!! STOP !!
Si aujourd’hui les volailles sont en première ligne, l’élevage de porcs plein air est lui aussi en sursis et cette logique mortifère pourrait demain toucher les ruminants. Perte de sens de leur métier, impression de mentir aux consommateurs avec du faux plein air, impasses techniques dans leur élevages, impacts économiques des mesures de biosécurité qui mettent à mal la rentabilité économique de leur activité,…Nous ne nous résignons pas à voir nos collègues renier leur mode d’élevage ou cesser leur activité sous la menace des sanctions. Ni même de voir des jeunes renoncer à leur installation sur des systèmes « plein air » !
Comment sortir de la confusion politique qui frappe le monde agricole ? Comment en révéler les antagonismes et y assumer le conflit de classes ? Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et Histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique industrielle.
A l’occasion de la 4 ème édition du festival internationaliste “Les Peuples veulent” qui se déroulait du 21 au 23 octobre 2022 à Montreuil, nous avons pu rencontrer deux membres de l’Anachirst Black Cross Bielorusse.
La Croix Noire Anarchiste (“Anarchist Black Cross” : ABC) est un réseau international de collectifs engagés dans la lutte anticarcérale et plus largement dans l’antirépression. L’ABC est connue pour son soutien aux prisonnier.es dit.es politiques, mais aussi aux personnes incarcérées pour leur action ou leur résistance contre le capitalisme, la répression (atteintes aux personnes en raison de leur opposition aux arrangements sociaux – e.g., violences policières, judiciaires) et les oppressions (atteintes aux personnes en raison de leur appartenance supposée à une catégorie – e.g., violences racistes, sexistes, homophobes). L’ABC lutte pour une organisation sociale basée sur l’égalité de statut, de ressources et de condition de vie, la solidarité, l’entraide et la coopération, l’autogestion et la propriété commune. Chaque collectif ABC agit selon le contexte local et ses possibilités, suivant un certain nombre de principes :
A-légalisme, les actes politiques ne sont pas évalués au regard de leur légalité.
Abolitionnisme, l’objectif est non pas la réforme de la prison mais sa suppression, principe étendu à l’ensemble des outils d’oppression et de répression (e.g., état, police, armée, frontières).
Internationalisme, les collectifs ABC sont solidaires entre eux et soutiennent les personnes, collectifs, communautés et mouvements réprimés à travers le monde pour leur lutte contre le capitalisme, la répression et les oppressions.
Initialement appelée “Anarchist Red Cross”, l’ABC a été créée en russie dans le contexte de la révolution de 1905 afin d’organiser l’aide aux prisonnier.es politiques et l’autodéfense contre les raids politiques militaires. Le premier groupe ABC londonien est créé en 1907 et réunit entre autres Kropotkine, Rocker, Shapiro et Tcherkezichvili. Le premier groupe ABC étasunien est fondé la même année à New York et réunit entre autres Louise Berger et Emma Goldman. Durant la guerre civile russe (1918-1921), l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne met en place des groupes ABC “de terrain”. Leur activité comprend le soin ainsi que le combat. Après la répression de Kronstadt (1921), les groupes ABC russes sont confrontés à une intense répression avant d’être interdits en 1925. L’ABC se reforme dans les années 1960 en grande-bretagne avec comme but premier de soutenir les prisonnier.es anarchistes de l’espagne franquiste. Des collectifs ABC sont créés dans plusieurs villes européennes ainsi qu’en amérique du nord, où ils soutiennent des prisonnier.es politiques comme Lorenzo Kom’boa Ervin et Mumia Abu-Jamal.
L’ABC Biélorusse, formée en 2000-2001, a pour but de soutenir les inculpé-es anarchistes, anti-autoritaires et antifascistes, et dans certains cas d’autres activistes qui ne font pas forcement parti du mouvement anarchiste. Depuis 2009, l’ABC Biélorussie a connu un regain d’activité, les anarchistes Biélorusses ayant été à l’origine d’un certain nombre d’actions illégales dont certaines ont entraîné des dégât matériels. La répression contre le mouvement a vite suivi, et plusieurs anarchistes se sont vu infliger des peines de prison.
Lors de la rencontre ” Les peuples veulent 4.0″ ils étaient venus abordés la question de la répression politique du mouvement de 2020, de celle du Covid mais aussi de la question de la guerre en Ukraine, dans laquelle un certains nombre de leur membres participent aux bataillons de résistance. Cette rencontre fût alors l’occasion pour nous revenir sur l’ensemble de ces questions et sur le contexte politique actuelle en Biélorussie.
La première partie de cette émission est consacrée à l’actualité du nucléaire en France tandis que la seconde partie, elle, aborde l’arrêt du nucléaire en Italie. Cette partie retrace à gros traits l’historique du nucléaire en Italie, de son acquisition à son rejet, à partir d’un texte sur le sujet écrit par Gianni CARROZZA (http://collectif-adn.fr/2022/Italie.html).
Cette émission interroge également le discours des lobbys nucléaires la présentant comme une énergie décarbonée et servant une transition écologique. Est abordé également l’EPR (European Pressurized Reactor), l’EPR de Flamandville, la sous-traitance, la Commission Nationale de Débat Public de fin 2022, le projet de loi visant à accélérer la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants (retoquée depuis par le Conseil d’Etat le 27 octobre) et la déclaration d’utilité publique du projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure. Enfin, est contenue une courte discussion sur les différents positionnements en faveur de la sortie ou de l’arrêt selon, du nucléaire.
Les intervenants sont des personnes du collectif contre l’ordre atomique et membre de Arrêt du nucléaire, et une personne par téléphone du collectif anti-nucléaire Ouest, membre du réseau Sortir du nucléaire.
“La rencontre publique pour la sortie du livre “C’est quoi le colonialisme aujourd’hui ?” publié aux Éditions Syllepse s’est déroulée ce samedi 17 septembre 2022 à la Mairie du XXème. Plus de 100 personnes ont répondu présentes à cet événement qui plaçait au centre les militant-es de terrain premièr-es concerné-es par les luttes anti-coloniales et décoloniales à travers le monde.
La deuxième table ronde était consacrée aux luttes des premièr-es concerné-es. Parmi cette table sont intervenu-es des militant-es du Collectif Vietnam Dioxine au sujet de l’épandage de l’agent orange sur le territoire vietnamien durant la guerre par les États-Unis avec la complicité de Monsanto. L’Union Syndicale des Travailleurs Kanak et des Exploités (USTKE) et le Mouvement des Jeunes Kanaks en France (MJKF) ont, quant à eux, exposé la situation coloniale de la Kanaky et son histoire. De son côté, Bchira Ben Nia de la Coordination 75 des Sans Papiers (CSP75) et de la Marche des Solidarités a évoqué le racisme d’État et les violences policières qui sévissent en France.
Enfin, deux vidéos ont été visionnées à cette occasion. L’une réalisée par des militantes du collectif Zéro Chlordécone, Zéro Poison (ZCZP) en Martinique qui dénonce l’utilisation de ce pesticide sur les terres agricoles et le scandale écologique et sanitaire qu’il a engendré. […] Une autre vidéo a été réalisée par un militant ougandais luttant contre le projet Total en Ouganda et Tanzanie”.
La rencontre publique pour la sortie du livre “C’est quoi le colonialisme aujourd’hui ?” publié aux Éditions Syllepse s’est déroulée ce samedi 17 septembre 2022 à la Mairie du XXème. Plus de 100 personnes ont répondu présentes à cet événement qui plaçait au centre les militant-es de terrain premièr-es concerné-es par les luttes anti-coloniales et décoloniales à travers le monde.
La première table ronde était dédiée aux auteur-ices de la postface et a permis de donner des clefs pour penser le colonialisme aujourd’hui avec des exemples concrets sur les luttes anticoloniales en Afrique et le syndicalisme en France notamment.
« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites […]. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. » Aimé Césaire
Aujourd’hui Dissonances revient sur le cas de Vincenzo Vecchi.
Vincenzo Vecchi, est sous le coup d’un Mandat d’Arrêt Européen (MAE) émis par la justice italienne en 2019 à la suite de sa condamnation à 12 ans de prison pour avoir participé au contre-sommet du G8 à Gênes en 2001, alors même qu’il vit, réfugié en France à Rochefort-en-terre, dans le Morbihan, en Bretagne, depuis 11 ans, parfaitement intégré et apprécié de tous.
Et c’est sur la base d’une vieille loi prise à l’époque où les fascistes étaient au pouvoir en Italie, sous Mussolini, que Vincenzo est poursuivi.
La Cour de Justice européenne vient de donner son avis ce 14 juillet 2022, autorisant l’application d’une loi fasciste dans l’Union Européenne.
À quand l’exécution d’un mandat d’arrêt européen à l’encontre d’une citoyenne polonaise réfugiée en France après avoir avorté dans son pays ?
Laurence, Pascale et Hervé, membres du Comité de Soutien à Vincenzo Vecchi viennent évoquer l’urgence et l’importance qu’il y a à soutenir cette lutte, qui aujourd’hui dépasse le cadre du cas de Vincenzo.
Emission réalisée par Josef Ulla, co-produite et diffusée avec et sur Radio Saint Affrique .
Couleur musicale :
Bella Ciao, Micol Arpa Rock
On lâche rien, HK & les saltimbanks
Oh libertà, Serge Reggiani (musique G. Moustaki)
Cello Suite no. 6 in D Major BWV 1012, interprétée par Ana Maria Iordache
La Colombie fait l’expérience de l’alternance pour la première fois de son histoire. À la tête d’une coalition de gauche, Pacte historique, Gustavo Petro, a emporté, dimanche 19 juin, le second tour de l’élection présidentielle, en battant le richissime chef d’entreprise Rodolfo Hernandez. Une victoire historique dans un pays qui a toujours été jusqu’ici gouverné par la droite. M. Petro, a pris ses fonctions le 7 août, il succède à Ivan Duque.
Mais avant de parler de ces élections, revenons sur les révoltes qui ont secoué la Colombie en avril 2021. Carlos est metteur en scène, cinéaste et peintre, il habite Cali, l’épicentre de la contestation, il revient sur cette période et la répression qui s’en est ensuivi : les morts, les disparus et les incarcérés. Il nous parle de ces élections, de l’espoir et des questions qu’elles suscitent. Fabien, chauffeur de bus, membre actif de la première ligne, menacé de mort par les paramilitaires, revient sur la fonction de la primera linéa et sur les liens entre la base et la coalition de gauche au pouvoir.
Titre : Politique des jeunes de la première ligne Source : lundimatin#348, le 23 août 2022
“Le 28 avril 2021, en réaction à une réforme fiscale du gouvernement d’Iván Duque, la Colombie se soulève. La répression est immédiate et sanglante. Derrière les barricades, ce sont les jeunes des quartiers pauvres qui défendent le mouvement, on les appelle la « première ligne ». Ce sont eux aussi qui seront par la suite poursuivis pour vandalisme, terrorisme puis association de malfaiteurs. Alors que le pays vient d’élire Gustavo Petro, le premier président de gauche de son histoire républicaine, la répression judiciaire, elle, persiste.”
Le 4 septembre 2022, le peuple chilien devra se prononcer sur le projet de nouvelle Constitution proposé par l’Assemblée constituante, qui a remis sa version définitive au président de gauche Gabriel Boric le 4 juillet dernier.
Aujourd’hui, au chili, la Constitution voulu par le général Pinochet pendant la dictature reste en vigueur, malgré le mouvement social de 2019.
Dans l’émission de ce jour et pour parler de cette proposition de nouvelle constituante, nous entendrons l’intervention de Manuela royo de passage en France et cette rencontre se tenait au bar restaurant le lieu-dit dans le 20eme arrondissement de paris le 12 juillet 2022
Manuela Royo , avocate, professeur de droit constitutionnel et, depuis juillet 2021, membre de la Convention Constitutionnelle chilienne. Cette avocate engagée est membre de MODATIMA (Mouvement de Défense pour l’Accès à l’Eau, à la Terre et pour la Protection de l’Environnement) et membre de l’Alianza Territorial Mapuche.
Manuela Royo interviendra sur le contenu de la nouvelle Constitution chilienne et sur le lancement de la campagne pour son approbation (APRUEBO) le 4 septembre 2022.
Le 2 juillet avait lieu à Sarcelles un rassemblement en soutien et en vue d’organiser la convergence des luttes aux Antilles. Il réunissait des syndicalistes, le collectif zéro poison chlordécone, les différents collectifs et individus qui luttent autour de l’affaire des ” grands frères” et le collectif vérité et justice pour Claude Jean pierre.
Plus tôt dans la journée, c’était à Beaumont sur Oise que se réunissaient différents collectifs a l’appel du comité Adama Traoré pour la sixième année, Ainsi dans cette première partie d’émission, nous traitons des violences d’état en vous diffusant une pastille sonore de la conférence de presse qui avait lieu à Beaumont puis un reportage qui lui a été réalisé à Sarcelles.
Cette année encore, la Ligue de Football Professionnel a décidé de reconduire la tenue de la prochaine édition du Trophée des Champions en Israël. Cette rencontre officielle opposant le Paris Saint-Germain, champion de France 2022, au FC Nantes, vainqueur de la Coupe de France 2022, est prévue le dimanche 31 juillet prochain, au Bloomfield Stadium de Tel Aviv.1
Comme pour la précédente édition, la LFP organise cet événement avec Sylvan Adams homme d’affaires israélo-canadien, « ambassadeur autoproclamé de l’État d’Israël »2, et Comtec Group, société israélienne spécialisée dans la production d’évènements, qui compte parmi ses clients le gouvernement israélien et des sociétés basées dans les colonies illégales en Cisjordanie occupée3. Depuis plusieurs années, Sylvan Adams investit dans le sport de haut niveau pour changer et valoriser l’image d’Israël.4
Nous nous opposons fermement à la tenue de cette rencontre en Israël. Il s’agit d’un événement de sportwashing visant à « blanchir », par le sport, l’occupation militaire, la colonisation, le système d’apartheid de l’État israélien et ses crimes.
Depuis le début de l’année 2022 seulement, les forces d’occupation israéliennes ont tué près de 60 Palestinien·ne·s5. Parmi les victimes figurent notamment 2 journalistes – la reporter vedette d’Aljazeera Shireen Abu Akleh et Ghufran Warasneh – ainsi que 16 adolescents dont deux jeunes footballeurs Mohammad Ghneim et Thaer Yazouri.
Dans le même temps, la colonisation israélienne se poursuit. Les emprisonnements, les menaces d’expulsion imminente et les attaques de colons se sont intensifiés. La Cour Suprême d’Israël a décidé que près de 1000 Palestinien·ne·s peuvent être chassé·e·s de leurs villages à Masafer Yatta, au sud d’Hébron, en Cisjordanie occupée, pour que leurs terres soient reconverties en une nouvelle zone d’entrainement militaire, tandis que le gouvernement approuve un projet de construction de 4500 logements dans les colonies illégales. 6
Israël continue de détenir 4450 prisonnièr·e·s, dont 160 enfants. 600 sont en détention administrative sans inculpation ni jugement, comme l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri détenu arbitrairement depuis mars 2022. Depuis le début de l’année, les forces d’occupation ont arrêté plus de 2140 Palestinien·ne·s, en grande partie à Jérusalem occupée et à Jénine. 7
Les colons israéliens, protégés par les soldats, ont mené 133 attaques contre des Palestinien·ne·s et leurs propriétés en Cisjordanie.5
Un an après la dernière attaque meurtrière de l’armée israélienne sur la bande de Gaza, rien n’a véritablement changé. Le territoire est toujours sous blocus illégal. Peu de bâtiments ont été reconstruits. Gaza reste une prison à ciel ouvert, subissant toujours et de manière régulière des bombardements israéliens. Des milliers d’enfants gazaouis souffrent de traumatismes mentaux.8
Le droit au retour de millions de réfugié·e·s, voté par l’ONU, n’est toujours pas respecté par l’Etat d’Israël, qui continue à maintenir dans la misère les habitant·e·s des camps de réfugié·e·s, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie, etc. et à réprimer leur résistance dans les territoires occupés comme récemment à Jénine et à Hébron.
Ces drames s’inscrivent dans la continuité de plusieurs décennies de politique coloniale et d’apartheid vis-à-vis du peuple palestinien 9. Jouer cette rencontre à Tel Aviv contribuerait à masquer ces réalités.
Nous refusons de voir le football français et ces deux équipes être complices des violations israéliennes du droit international et des droits humains palestiniens.
Dernièrement, la LFP a pris une décision forte en stoppant la diffusion de la Ligue 1 en Russie pour sanctionner son invasion illégale et sa guerre d’agression en Ukraine.10
Nous exhortons M. Vincent Labrune, Président de la LFP, M. Waldemar Kita, propriétaire et président du FC Nantes, et M. Nasser Al-Khelaïfi Président-Directeur général du Paris Saint-Germain à relocaliser cette rencontre en France ou à la déplacer vers un autre pays. Nous appelons les joueurs et les membres des staffs à nous rejoindre en appuyant notre demande.
Signé par de nombreuses associations sportives, de supporters, de partis et de syndicats…
Dans cette dernière partie d’émission, nous serons en compagnie de Marie-France, membre, notamment, de l’association France Palestine solidarité paris sud et d’un nouveau collectif : boycott apartheid Israël paris banlieue. Marie-France nous explique pourquoi, le collectif s’oppose a la remise de ce trophée.
Janos B. est un militant révolutionnaire incontournable de la région parisienne. Lors de la révolution d’octobre 1956 à Budapest, il a 16 ans. Aujourd’hui, il a 81 ans, est réfugié politique en France depuis 1962, il n’a eu de cesse d’arpenter le pavé.
Il a participé à mai 68, à la création de sud éducation, à la création du réseau résistons ensemble, au mouvement des gilets jaunes, à la coordination contre les répressions et les violences policières idf, et nous en oublions sûrement. Il fait partie de ces anonymes qui ont construit nombre de luttes dont nous sommes les héritiers. Mais Janos n’est pas un « ancien », c’est un acteur des luttes contemporaines et pour ces raisons, il a longtemps refusé que nous fassions un portrait. Il n’en voyait pas l’intérêt.
Face à l’invasion de l’Ukraine, il a une fois de plus fait preuve de constance et de curiosité en participant à la rédaction de textes en soutien à la résistance ukrainienne sans pour autant méconnaitre les réalités sociales et politique de la Russie. Et face aux réactions du monde militant, il a trouvé que nous parler de son expérience en Hongrie pouvait nous permettre de mieux comprendre la situation actuelle. Alors, il a accepté de prendre le temps de témoigner.
Dans cette émission, vous allez donc entendre le témoignage de Janos, qui nous raconte à la fois ses souvenirs de la Hongrie en 1956 et la manière de cela à déterminer l’ensemble de son parcours politique.
Pour finir l’émission, nous vous diffuserons une lecture d’extrait d’un interview réalisé par le collectif russophone contre la guerre avec des camarades de la résistance ukrainienne que nous vous diffusons ici en intégralité.
Entretien avec les combattants des brigades anarchistes ukrainiennes Le comité russophoneJune 21, 2022 Après le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle, de nombreux anarchistes en Ukraine ont pris les armes pour résister à l’agression. En particulier, plusieurs brigades autonomes ont été créées au sein de la Force de défense territoriale ukrainienne (en ukrainien : Війська територіальної оборони ; Viiska terytorialnoi oborony).
Nous avons discuté avec les combattants de plusieurs unités de ce type. Nous leur avons demandé leurs motivations pour partir en guerre, et comment les brigades anarchistes sont organisées ; nous leur avons posé des questions sur la guerre en soi et beaucoup plus. Trois anarchistes originaires de l’Ukraine, de la Biélorussie et de la Russie ont répondu à nos questions. Nos correspondants biélorusse et russe appartiennent à la brigade internationale appelée « Komitet Sprotyvu » ( en ukrainien : Комітет Спротиву ; en français : Comité de résistance). Notre interlocuteur ukrainien est un membre d’une brigade formée par l’organisation anarchiste ukrainienne nommée « Chornyi Stiag » (en ukrainien : Чорний Стяг ; en français : Drapeau noir). Il est très important pour nous de présenter les points de vue des gens des différentes brigades qui participent à cette guerre ; des gens qui ont des expériences variées dans l’activisme politique et dans la lutte contre la dictature dans des différents pays.
Raconte-nous à propos de ta vie avant la guerre. Quels sont les collectifs anarchistes dont tu faisais partie ? Que faisaient-ils ?
Cooper : Avant la guerre je faisais de l’activisme social de gauche. J’étais un membre de « Avtonomnyi Opir » (en ukrainien : Автономний Опір : en français : Résistance autonome) et de « Chornyi Stiag ».
Biélorusse : Ça fait 13 ans que je suis un anarchiste. Durant cette période j’ai participé dans des différentes activités : du graffiti à l’organisation des manifestations à grande échelle. Il y avait aussi beaucoup de collectifs dont j’ai fait partie. Parmi ces collectifs le plus connu est « Pramégne » (en biélorusse : Прамень ; en français : Rayon).
Avant la guerre j’ai vécu en Pologne. Depuis mon exil à cause des répressions, quand j’ai été accusé d’avoir participé à quelques actions directes, j’ai dû quitter le pays en automne 2020. Avant d’avoir déménagé en Pologne, j’ai vécu en Ukraine pendant un petit moment. Alekseï : Quand j’ai vécu en Russie, j’ai été un membre de l’Action autonome (en russe : Автономное действие; Avtonomnoye deystviye) avant sa séparation. Après cette séparation j’ai été dans l’Autodéfense populaire (en russe : Народная самооборона, Narodnaya samooborona). Avec l’éclat des répressions massives contre nous, j’ai dû m’enfuir en Ukraine, parce qu’autrement je serais mis en prison.
Qu’est-ce que tu as ressenti, quand la Russie a attaqué l’Ukraine ? Pourquoi as-tu décidé de prendre les armes ? Est-ce qu’il y avait des doutes idéologiques, ou as-tu eu peur de partir en guerre ? Ça peut paraître bizarre pour certains anarchistes, que les anarchistes en Ukraine défendent à main armée l’état. Comment pourrais-tu expliquer sa motivation et les raisons de prendre les armes ? Cooper : J’ai été « un peu » bluffé, je n’ai pas pu totalement accepter que le scénario de l’invasion à grande échelle ait été possible. Non, je n’ai eu aucun doute. En outre, je crois que si quelqu’un a besoin d’explications concernant les raisons pour lesquelles je suis parti en guerre à main armée contre ceux qui tuent des civils, des enfants et des femmes, contre ceux qui bombardent des villes, alors, nous avons des différents chemins à suivre avec cette personne, peu importe de quelle façon elle se croit.
Biélorusse : Dès le moment où les pays occidentaux ont commencé à déplacer leurs ambassades, je me suis rendu compte que la guerre a été inévitable, même si je n’ai pas voulu croire que Poutine ait été si fou.
J’ai appris, que la guerre avait commencé, de mes voisins m’étant réveillé à 8 heures du matin dans mon appartement. Je l’ai pris calmement, j’ai juste envoyé un message à mes camarades ukrainiens pour leur demander leurs projets et comment je pourrais participer à la guerre. Pourquoi j’ai décidé de participer à la guerre ? Parce que le « Monde russe » (Pax Russica), que Poutine essaie d’imposer à l’Ukraine, n’apportera que de la douleur et de la souffrance. Il supprimera tous les droits et toutes les libertés pour lesquels le peuple ukrainien a dû se battre. Le monde russe détruira toutes les initiatives populaires, tous les syndicats indépendants, les programmes de défense des droits de l’homme et d’autres projets. La victoire de la Russie sur l’Ukraine signifiera la perte de l’espoir de renverser la dictature en Biélorussie pendant plusieurs années. Je pense que la défaite de l’armée russe pourrait affaiblir le régime de Poutine et devenir un catalyseur de changements positifs en Russie même.
Et, peut-être, le plus important, c’est qu’aujourd’hui, ici et maintenant, pour la première fois depuis de nombreuses années les anarchistes forment une unité de combat et, qui sait, peut-être que cette unité même pourra devenir une base pour la création d’une sorte de nouveau projet libertaire dans l’esprit du makhnovisme.
Je ne me bats pas pour l’état ukrainien, même si je dois me rallier à lui. Je me bats contre l’impérialisme russe et ce camp de concentration en lequel Poutine veut transformer toute la région. La peur était certainement présente, elle l’est toujours. Je pense que seulement les psychopathes n’ont pas peur dans ce type de conditions. Mais la compréhension claire de ce pour et contre quoi je me bats m’aide à faire face à la peur.
Alekseï : Malgré tous les reportages de nombreux médias occidentaux sur une future invasion, un tel scénario me semblait peu probable, car de tels reportages étaient apparus dans les médias ukrainiens il y a un an et périodiquement même plus tôt. D’autant plus qu’à cette époque, la date de l’invasion présumée a changé constamment. Donc l’invasion a été plutôt inattendue pour moi. Néanmoins, Néanmoins, je n’ai pas beaucoup hésité. J’ai su tout de suite ce que j’étais censé faire, et au premier jour de la guerre j’ai rejoint la brigade anarchiste au sein de la Force de défense territoriale ukrainienne à côté de mes camarades.
Je pense que d’une façon ou d’une autre tout le monde a peur en partant en guerre. Certains plus, certains moins. Je ne suis pas une exception à cet égard. Mais la peur n’est qu’un facteur parmi tant d’autres. Elle a été complètement contrebalancée par d’autres facteurs. Ça fait déjà plus que douze ans que je suis un anarchiste. Pendant tout ce temps, j’ai combattu le régime de Poutine et j’ai payé le prix pour ça. Beaucoup de mes ami·e·s sont emprisonné·e·s, tandis que j’ai été dépourvu de ma maison et de la possibilité de voir mes parents et mes proches. J’ai fui les autorités russes vers l’Ukraine. Et tout d’un coup, j’ai une chance de ne pas fuir, mais de me battre contre eux. De quelles autres motivations ou raisons ai-je besoin ? Je ne « défends pas un état » en premier lieu, je suis en guerre avec la dictature avec laquelle j’étais en guerre depuis toujours. Je considère que c’est cohérent.
Raconte-nous de ta brigade. Que fait-elle ? Quels sont ses objectifs ? Comment s’est-elle formée ? Y a-t-il beaucoup de monde ? À quel point est-elle internationale ? Y a-t-il des femmes qui se battent à vos côtés ?
Cooper : Malheureusement, je peux pas répondre à cette question, car il s’agit d’informations stratégiques.
Biélorusse : Nous appartenons à la Force de défense territorial (FDT) de la région de Kyiv. Nous assurons la formation du personnel, nous réalisons aussi les missions de sécurité et de convoiement.
Il y a 50 personnes dans la brigade en ce moment. Une vingtaine d’entre eux sont des étrangers de Biélorussie, de Russie et de certains autres pays européens.
Alekseï : Notre unité de combat est composée principalement par des anarchistes et des antifascistes. Elle s’est formée à partir de diverses organisations, collectifs et groupes d’amis anarchistes et antifascistes. Il faut dire qu’en temps de paix tous ces gens n’auraient pas interagi les uns avec les autres, mais face à la guerre ils se sont mis d’accord de mettre en pause tous les conflits. Je ne suis pas sûr que je doive divulguer le nombre exact de personnes, d’autant plus que des nouveaux combattants continuent à arriver jusqu’à présent. Disons-le de cette façon : nous avons plus qu’assez pour un peloton, et dans une perspective à court terme, nous parlerons d’une compagnie. Les femmes sont également présentes ici.
Comment sont vos relations avec l’état ? Dans quelle mesure êtes-vous soumis au commandement de l’armée ? Jusqu’où les unités de FDT et leurs membres combattants sont autonomes ? L’état vous approvisionne-t-il, ou êtes-vous autosuffisants ?
Cooper : Notre relation avec l’état n’a pas changé de toute façon. Néanmoins, nous profitons de chaque occasion pour protéger le peuple ukrainien. Nous opérons en coordination avec toutes les structures des ZSU (en ukrainien : Збройні сили України, abrégé en ЗСУ et romanisé en Zbroyni syly Ukrayiny, ZSU, en français : les Forces armées de l’Ukraine). En ce qui concerne l’approvisionnement, nous recevons certaines choses de l’état, mais nous nous procurons certaines choses par nous-mêmes également.
Biélorusse : L’état nous fournit des armes, des munitions et des uniformes. Quant à presque tout le reste, nous l’avons grâce au travail de nos camarades de « Operation Solidarity » (en ukrainien : Операция Солидарнiсть ; romanisé en : Operatsiya Solidarnist’) en Ukraine et en Europe et à d’autres initiatives bénévoles.
J’ai l’impression que le FDT ne prête guère attention à notre unité. C’est pour ça que le contrôle du commandement n’est pas très strict, ça nous laisse une certaine liberté d’action. Alekseï : Structurellement, nous appartenons à la Défense territoriale, qui, à son tour, fait partie des Forces armées de l’Ukraine. Il y a presque la même structure de commandement ici que dans les forces régulières. En ce qui concerne l’autonomie, nous changeons périodiquement le lieu de déploiement, et le niveau d’autonomie dépend fortement de l’endroit où nous nous trouvons à ce moment précis. Si on parle d’un lieu, où nous sommes stationnés avec d’autres pelotons et des officiers, alors, nous avons un peu moins d’autonomie. Il y a des moments où un site entier est occupé exclusivement par notre équipe. Dans ce cas nous pourrions dire que nous avons une autonomie relativement large. Mais en général comme nous appartenons structurellement aux forces armées, nous recevons périodiquement des ordres du haut commandement. Au moins, ce n’est pas à nous de choisir le site de stationnement.
En ce qui concerne les approvisionnements, alors, l’état nous fournit des armes, des munitions et d’un minimum d’équipement. Des gilets pare-balles normaux, des plaques et des porte-plaques, des vestes tactiques, des cartouchières, des sacs à dos et d’autres équipements ; tout ça entièrement grâce aux gens, qui nous transfèrent de l’argent, et aux bénévoles, qui achètent et nous livrent ce matériel. Quant à la nourriture, elle est donc généralement fournie par des bénévoles locaux. À cette occasion, je voudrais remercier énormément toutes ces personnes. Sans eux, l’existence de notre unité telle qu’elle l’est aujourd’hui ne serait tout simplement pas possible.
Comment l’état ukrainien se porte-t-il envers les anarchistes combattants en général ? Y a-t-il un risque que l’état lorsque la situation se stabilisera, ne tolérera pas votre existence ? Dans quelle mesure l’état ukrainien est-il répressif en général vers les anarchistes ?
Cooper : Pour l’instant, l’état ne porte aucun intérêt envers nous. Pour le reste, nous le verrons après la guerre.
Biélorusse : Les anarchistes, surtout avec un passeport biélorusse, n’ont pas été vraiment les bienvenus en Ukraine auparavant. Le cas d’expulsion de Frantskévitch et la tentative d’expulsion de Bolénkov méritent une mention spéciale. Mais jusqu’à présent, tout est calme, en ce qui concerne les prévisions sur l’avenir, je suis habitué à n’être que pessimiste.
Alekseï : Il y a beaucoup d’unités FDT, donc, l’état ukrainien est à peine conscient de notre existence. Bref, avant la guerre, comme tout autre état, il était négatif envers les anarchistes. Je ne vois aucune raison pour qu’il change son point de vue après la guerre. Ce n’est pas une sorte de type, qui nous dira : « Merci d’avoir combattu mon ennemi, maintenant je me rends compte que vous êtes les gentils ». L’état, c’est une institution, il fonctionne selon sa propre logique institutionnelle. Et selon cette logique, nous ne deviendrons guère amis tout d’un coup. C’est pour ça que le scénario, dans lequel après la guerre l’état aura des questions pour nous, me semble tout à fait probable.
Si nous parlons du degré des répressions en général, alors, avant la guerre les répressions n’ont pas été aussi dures qu’en Russie ou en Biélorussie. En même temps, néanmoins, les répressions ont eu lieu, comme il sied à l’état. RevDiya (en ukrainien : Революційна Дія, romanisé : Revolyutsiïna Diya ; en français : Action révolutionnaire) est considérée comme une organisation extrémiste, ses membres sont constamment pourchassés, de nombreux anarchistes ont été fouillés et saisis.
De nombreux anarchistes, qui avaient fui la Russie ou la Biélorussie de leurs régimes dictatoriaux, ont vu leurs titres de séjour révoqués ici, certains ont été interdits d’entrer dans le pays ou, comme dans le cas d’Aleksandr Frantskévitch, ont été séquestrés, puis, transportés à la frontière biélorusse, où leurs passeports ont été estampillés avec une interdiction d’entrée en Ukraine. Autrement dit, il a en fait été extradé vers la Biélorussie. Pour rappel, il est à présent dans une prison biélorusse depuis cet incident
La propagande russe utilise l’image des néo-nazis ukrainiens pour justifier l’invasion en Ukraine. À son tour, cela relève de nombreuses questions de la part des personnes qui ne connaissent pas la situation. Pouvez-vous nous parler de la situation avec les néo-nazis en Ukraine ? Quelle est leur influence et leur nombre dans la société et dans le gouvernement ?
Cooper : Je ne le cacherai pas, en effet, le problème des groupes nazis existe en Ukraine. Cependant, le problème peut être résolu sans aucune intervention externe, alors, leur existence ne justifie absolument pas l’invasion russe en Ukraine.
Biélorusse : Comme je n’ai pas beaucoup suivi cette situation en Ukraine, c’est difficile pour moi de répondre à cette question. D’après ce que je vois, il y avait eu de nombreux groupes néonazis différents, pour la plupart en petit nombre, en Ukraine avant la guerre. Beaucoup d’entre eux sont partis en guerre. De plus, des néo-nazis de Biélorussie se battent actuellement en Ukraine, mais ils sont peu nombreux.
Alekseï : Je dirais que les néo-nazis en Ukraine, en particulier, sont assez marginaux et l’ont toujours été. L’extrême droite en général, c’est une autre histoire. Après les manifestations de Maïdan, ils ont vraiment gagné en popularité pendant un certain temps. D’ailleurs, cela s’est largement produit, parce que la gauche, pour la plupart, a refusé de participer au Maidan, en se plaignant que c’était une sorte de mauvaise révolution et que, voyez-vous, la droite y participait.
De nos jours, ils perdent en popularité depuis quelques années consécutives. Certains d’entre eux ont quitté la rue et se sont lancés à la politique et, comme ça arrive souvent aux gents rapaces, ils ont commencé à tendre vers le centrisme en employant le populisme. Quant à leur impact social, tous leurs partis ne remportent même pas plus que cinq pour cent des votes au total à toute élection. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, n’est-ce qu’une guerre entre deux états représentant le même mal ? Quelle est la différence essentielle entre les régimes russe et ukrainien et leurs objectifs dans cette guerre ? Qu’adviendra-t-il de l’Ukraine si la Russie gagnera ?
Cooper : Objectivement le mal n’est pas le même. L’Ukraine n’attaque personne et ne bombarde pas de villes civiles. De plus, l’Ukraine n’est pas une formation impériale et, au cours de son histoire, n’a asservi aucun peuple. La différence est que l’objectif de la Russie est l’acquisition de territoires étrangers par la force, et l’objectif de l’Ukraine est le sien, tout simplement. Si la Russie gagnera, donc, je pense que nous n’existerons pas.
Biélorusse : Je ne suis pas allé en Russie depuis cinq ans et je ne sais pas exactement ce qui se passe là-bas maintenant. D’après ce que j’ai lu dans les médias et entendu parler par mes camarades, je peux dire que le régime de Poutine devient de plus en plus répressif. La dissidence est pratiquement écrasée, l’opinion alternative est supprimée. En revanche, l’Ukraine semble être une île de liberté, où il y a des médias indépendants, où l’état ne détruit aucune dissidence, etc. Bien sûr, l’Ukraine est pleine de problèmes, mais il y en a beaucoup plus en Russie. Et il est beaucoup plus facile de les résoudre dans le cas de l’Ukraine.
Alekseï : Le régime ukrainien est beaucoup plus clément que le régime russe. Son objectif est de maintenir son statu quo. Alors que le régime russe est dictatorial et, en cas de victoire, apportera également la dictature à l’Ukraine.
Actuellement la question de la responsabilité collective des Russes pour ce qui se passe en Ukraine est en cours de discussion. Qu’est-ce que tu en penses ? Les Russes sont-ils tous responsables, ou c’est que le régime de Poutine ? Penses-tu que tu es en guerre contre les Russes en tant que nation, peuple, ou que tu es en guerre contre le régime de Poutine ? Et si les Russes sont coupables, peuvent-ils se rédimer ? Comment, si c’est le cas ? Comment une personne qui se trouve en Russie ou en Biélorussie peut-elle vous soutenir ?
Cooper : Il est difficile pour moi de répondre. Je crois que les Russes qui ne proposent en aucune manière la moindre résistance au régime de Poutine sont, dans un degré ou un autre, responsables. Je ne suis en guerre ni avec la nation, ni avec le peuple, ni, en principe, avec des individus au hasard. Mon ennemi est clair : le régime fasciste de Poutine. Les Russes et les Biélorusses peuvent, tout d’abord, nous aider en organisant une résistance aux régimes dans leur pays. Ils peuvent également nous aider financièrement ou en faisant du bénévolat.
Biélorusse : Non seulement les Russes, mais aussi les Biélorusses sont collectivement tenus pour responsables. Ils nous accusent de ne pas pouvoir renverser le régime de Loukachenko, qui aide en fait à Moscou dans la guerre contre l’Ukraine. Personnellement, je pense que la responsabilité collective est de la connerie et toutes ces attaques contre les Russes et les Biélorusses sont les tentatives de culpabiliser la victime. En tant que personne qui a vécu en Biélorussie pendant 28 ans, je suis très conscient que les décisions sont prises là-bas, dans les cercles supérieurs, pas par nous en bas. Bien sûr, beaucoup de gens en Russie sont décervelés par la propagande de Poutine, mais je crois qu’ils sont aussi des victimes.
Pourraient-ils en quelque sorte se rédimer ? Je pense qu’ils le pourraient. Les Biélorusses se rédiment en combattant et en aidant aux réfugiés. Le peuple russe pourrait saboter l’envoi des troupes et protester, ce que beaucoup de gens font actuellement. Et aussi ils pourraient dire la vérité et ne pas avoir peur d’appeler la guerre une guerre.
Alekseï : Je ne pense pas que tous les Russes soient coupables. Comme je vous ai déjà dit, je me bats contre le régime de Poutine et je vois la guerre à travers cette perspective. Quant au soutien, vous pouvez nous soutenir en organisant des actes de sabotage sur les territoires de la Fédération russe et de la Biélorussie (que la Russie utilise comme terrain pour préparer ses attaques), en endommageant les voies d’approvisionnement, en diffusant de l’agitation et des informations sur notre lutte. Vous pouvez également transférer de l’argent pour les besoins de notre équipe. Les deux derniers points s’appliquent également aux Européens
Comment les gens qui se trouvent actuellement en Europe peuvent-ils vous soutenir ? Cooper : Pareil : par le bénévolat et le soutien financier.
Biélorusse : Je pense que la moindre chose que les gens puissent faire pour nous aider est de diffuser les informations sur notre unité et de faire les dons aux initiatives bénévoles qui aident aux unités anarchistes. Le soutien de niveau supérieur, c’est de venir ici et participer à la vie de notre équipe. – Comment évalues-tu le cours de la guerre ? Quelles sont, selon toi, les raisons des échecs de l’armée russe ?
Cooper : Globalement, nous gagnons. La raison de ces échecs est évidente : il n’y a pas une seule raison objective pour qu’un soldat russe franchisse la frontière ukrainienne à main armée. Autrement dit, les seuls soldats motivés qu’ils ont sont un petit groupe des complètement dingues, qui s’amusent à tuer des innocents, les autres sont amenés ici à la pointe des baïonnettes.
Biélorusse : Je ne suis pas un expert militaire, mais il me semble que l’armée de Poutine est coincée et ne peut pas briser la résistance de l’armée ukrainienne. Je pense que le gouvernement russe a sous-estimé ce à quoi il pourrait faire face en Ukraine. Il me semble qu’ils croyaient vraiment que les Ukrainiens attendaient les « libérateurs » russes. Mais au lieu de fleurs, ils ont été accueillis avec des Molotovs.
Alekseï : Il m’est difficile d’avoir une image complète de la guerre en raison de la propagande des deux côtés. Ce que je peux dire avec certitude, c’est qu’apparemment la Russie prévoyait de terminer l’opération en quelques jours avec succès, mais au lieu de ça, elle a subi de lourdes pertes, et ça a amené Poutine à se poser la question de déclarer officiellement la guerre, afin qu’il puisse procéder à la mobilisation pour restocker les rangs de l’armée avec de la chair à canon fraîche. Et ça entraîne l’accroissement des contestations dans le pays.
Quant aux raisons des échecs, je vois le système dégradant et on pourrait même dire pourri, qui est le résultat de nombreuses années de règne unipersonnel de Poutine. Il l’a cultivé, ce système, de telle manière que les personnes incompétentes, mais proches, occupent les postes clés. Quand cela se produit au cours de nombreuses années, la piste de carrière dans un tel système n’est pas définie par des compétences, mais par la flatterie et par le népotisme. Il devient plus avantageux de dire ce que la direction supérieure veut entendre, plutôt que ce qui se passe réellement. Ça conduit à une perception inadéquate de la réalité par les dirigeants, comme, par exemple, cette fausse impression que la population accueillera les troupes russes à bras ouverts. L’autre aspect de ce système est la mauvaise qualité des cadres due à la corruption totale.
Pourquoi est-il important pour les peuples d’Europe et de Russie de soutenir l’Ukraine ? Que signifiera la victoire ou la défaite de la Russie pour eux ? Cooper : Parce que si l’Ukraine perdra, toute la planète perdra, y compris les peuples qui habitent en Russie. Si l’Ukraine gagnera, le monde sera comme avant la guerre. Pas sans problèmes, mais en même temps, il sera possible de les aborder. Si la Russie gagnera, alors, Poutine ne s’arrêtera pas, il ira plus loin.
Biélorusse : La victoire de la Russie signifiera une suppression complète de tout le champ politique, y compris les initiatives de gauche et anarchistes, les syndicats indépendants et toutes les organisations locales. La victoire de la Russie apportera de nombreuses années de dictature dans la région, des répressions constantes, des tortures dans les sous-sols du FSB (en russe : Федеральная служба безопасности Российской Федерации (ФСБ), retranscrite en Federalnaïa sloujba bezopasnosti Rossiyskoï Federatsii, en français : Service fédéral de sécurité) et bien d’autres crimes.
Alekseï : Dans le cas de l’Europe, la victoire russe signifiera une dictature se rapprochant de ses frontières avec tout ce qui va avec ça. Pour le peuple russe, cela signifiera une nouvelle « cimentation » de la dictature, l’élimination de ce qui reste des droits et des libertés et un abaissement du niveau de vie à cause des sanctions.
Références bancaires pour soutenir les anarchistes combattants :
Le mouvement révolutionnaire naxalite, basé dans les forêts du centre et de l’est de l’Inde, est en guerre depuis 50 ans contre l’État indien. Ces hommes et ces femmes qui combattent dans les rangs des naxalites, que les médias présentent comme un groupe terroriste sanguinaire, sont des membres des basses castes et des communautés tribales, allié·es à des rebelles héritiers du marxisme-léninisme pour opposer aux grands projets d’infrastructure une vision du monde égalitaire et communautaire.
En 2010, l’anthropologue Alpa Shah enfile un treillis et s’embarque pour une randonnée de sept nuits avec une escouade, parcourant 250 km à travers les forêts denses et accidentées de l’est de l’Inde.
Alpa Shah est chargée de cours en anthropologie à la London School of Economics. Pour son terrain de thèse, elle a vécu plus de trois ans dans un village tribal d’une région pauvre de l’est de l’Inde, le Jharkhand. De quoi forger une complicité avec les villageois·es qui lui a ouvert la voie vers la guérilla. Elle a publié In the Shadows of the State (2010) et co-écrit Ground Down by Growth, Tribe, Caste, Class and Inequality in 21st Century India (2017). Elle a réalisé pour la BBC le documentaire « India’s Red Belt ».
À l’occasion de sa venue en France, Alpa Shah présenta son livre : Le livre de la jungle insurgée. Plongée dans la guérilla naxalite en Inde (éditions de la Dernière lettre) le 1er juin dernier à la librairie Quilombo et c’est de large extrait de cette présentation que nous vous proposons dans l’émission de ce jour.
L’association Appuii (Alternatives pour des projets urbains ici et à l’international) est née en 2012 de demandes de collectifs d’habitants adressées à des chercheurs universitaires, à des membres d’associations et à des professionnels engagés et bénévoles susceptibles de les aider à élaborer des alternatives à des projets urbains imposés.
À l’occasion des 10 ans de l’association APUII qui se déroulait à l’AERI le samedi 11 juin, nous avons pu rencontrer deux personnes qui viennent du Brésil :
– Pedro Stillo accélérateur social dans la communauté du Bode située au Brésil dans la région Mato Grosso; et communicateur périphérique au sein du collectif ” du pain et de la peinture”, projet social qui intègre de nombreux communicants au sein duquel a été développé un projet de la “radio marchante” radio locale et mouvante qui informe les habitants des favelas.
– Tassia représentante du collectif ” plus de culture à Ibura” et qui vient de Recife, capitale de l’État du Pernambouc au Brésil qui est le principal centre économique et touristique de la région.
Suite à cette rencontre, nous avons décidé de réaliser une émission de radio le mercredi 15 juin dans les studios de la radio avec eux, afin de parler de la situation actuelle au Brésil, des prochaines élections et des actions menées par ces collectifs.
Le 9 juin dernier, nous vous avons diffusé une première session de la rencontre anti-olympique qui se déroulait à Saint-Denis le 21 mai 2022, organisée par le collectif Saccage 2024. Celui-ci rassemble des collectifs et des associations de Seine-Saint-Denis et de ses alentours qui défendent leurs espaces de vie menacés par la préparation et la tenue des Jeux Olympiques de Paris 2024.
Dans l’émission de ce jour, nous vous diffusons la seconde session : Surveillance olympique : comment les Jeux ont pu servir à mettre en place ou tester le contrôle des populations.
À cette occasion, étaient présents d’autres collectifs dont certains avaient fait le déplacement depuis l’international, tels que Rio OnWatch, NOlympia Hamburg, NOlympics Los angeles, STOP JJOO pour Barcelone et les Pyrénées, mais aussi La Quadrature du Net, le Collectif de défense des Jardins d’Aubervilliers et Pleyel à Venir pour la France.
(Extrait du texte d’appel de la Rencontre internationale anti-Olympique)
« Des camarades du monde entier viendront à Paris parce que notre indignation est trop lourde à porter seul·es dans chaque ville. Certain·es D’entre nous ont perdu leur maison, leurs moyens de subsistance, leur communauté, leurs droits. Nous nous réunissons à Paris, car nous avons besoin d’écouter l’expérience des autres pour être mieux armé·es pour l’avenir. »
Saccage 2024 rassemble des collectifs et des associations de Seine-Saint-Denis et de ses alentours qui défendent leurs espaces de vie menacés par la préparation et la tenue des Jeux Olympiques.
À cette occasion, étaient présents d’autres collectifs dont certains d’entre eux avaient fait le déplacement depuis l’international, tels que Rio OnWatch, NOlympia Hamburg, NOlympics LOS ANGELES, STOP JJOO pour Barcelone et les Pyrénées, mais aussi La Quadrature du Net, le Collectif de défense des Jardins d’Aubervilliers et Pleyel à Venir pour la France.
(Extrait du texte d’appel de la Rencontre internationale anti-Olympique)
« Des camarades du monde entier viendront à Paris parce que notre indignation est trop lourde à porter seul·es dans chaque ville. Certain·es D’entre nous ont perdu leur maison, leurs moyens de subsistance, leur communauté, leurs droits. Nous nous réunissons à Paris, car nous avons besoin d’écouter l’expérience des autres pour être mieux armé·es pour l’avenir. »
Le samedi 21 mai, avec des délégations internationales et toutes les personnes qui le souhaitent, nous nous retrouverons à l’Université Paris 8 Saint-Denis pour échanger sur les dégâts et les effets des Jeux Olympiques dans nos pays respectifs. Mais aussi pour organiser une lutte contre l’olympisme à l’échelle internationale.
Des anti-JO japonais, anglais, allemands, États-uniens, catalans et français seront présents·es, car nous ne pouvons pas continuer à lutter chacun de son côté sans s’enrichir des expériences de nos amis·es. Toutes les personnes qui se posent des questions sur les Jeux Olympiques, ou plus spécifiquement sur Paris 2024 sont bienvenues. C’est une rencontre ouverte à toutes et tous ! »
Le thème de La première session du 21 mai 2022, que nous entendront dans cette émission, était : Saccage écologique et greenwashing olympique : peut-on empêcher les prochains « Jeux les plus verts de l’histoire » ?
On ne pouvait pas finir sans évoquer les incidents qui ont eu lieux au stade de France, lors de la finale de la Ligue des Champions entre les équipes de Liverpool et du Real Madrid, le samedi 4 juin. Le match devait être organisé à l’origine en Ukraine, mais a été transféré en France. L’organisation ainsi que la gestion de cet événement, disons-le, y a été déplorable, suscitant une indignation internationale. La foule a été compactée, attendant sans informations, avant de se retrouver gazée, matraquée par les forces de l’ordre. Les supporters ont pu se faire une idée précise de la gestion de foule à la Française.
Pour se couvrir, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, suivi par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, ont évoqué des falsifications massives de billets, des hordes de jeunes de banlieues déferlant sur le stade et même une grève du RER B Comme à leur habitude, l’État français a désigné leurs éternels coupables alors que sa responsabilité dans l’organisation puis la gestion de cet événement sportif est patente. Cela laisse présager du pire pour les jeux olympiques de 2024.
Aujourd’hui dans cette émission du 1ᵉʳ juin, nous vous diffusons une rencontre qui avait lieu à la Brèche, librairie du NPA le 18 mai 2022, a l’occasion d’une semaine de solidarité avec la résistance ukrainienne.
Vous pourrez entendre Gilbert Achkar ( universitaire) revenir sur le contexte historique et internationale du déclenchement de l’invasion et notamment de la responsabilité de l’OTAN. Devis Forbach chercheur franco-Ukrainien revenir sur l’histoire récente de la construction d’un état Ukrainien et Daria Saburova chercheuse franco-Ukrainienne nous faire le retour du voyage d’une délégation international s’étant rendu sur place au début du mois de mai.
À ce sujet, nous diffusons un rapide compte rendu effectué à la suite de ce voyage :
Une délégation de 26 participantEs de dix pays européens s’est rendue en Ukraine du 3 au 6 mai à la rencontre du mouvement social, féministe et syndical d’Ukraine et en coordination avec le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine. Deux des participantEs français, Laurence Boffet et Roland Mérieux, en ont fait un court compte rendu.
Nous sommes arrivés à Lviv hier après-midi. Laurence Boffet ainsi que les parlementaires présents dans la délégation ont rencontré le parti Razem (gauche radicale polonaise, environ 7 % des voix aux dernières élections législatives, six députés) puis des associations qui tiennent une maison des solidarités à la frontière polonaise. Ensuite, nous avons rencontré des humanitaires polonais (anciens musiciens, organisateurs de festivals reconvertis en convoyeurs de tout, médicaments, repas, réfugiés).
Deuxième journée à Lviv Ce jeudi 5, en lien avec les camarades de Sotsialnyi Rukh [Mouvement social] qui militent pour un socialisme démocratique, nous rencontrerons, aujourd’hui et demain, des représentants syndicaux (en particulier du rail, services publics, santé, mineurs), des militants écologistes, féministes, LGBTQ+.
La matinée a été consacrée à une rencontre avec les responsables de Sotsialnyi Rukh. Ils nous ont présenté leurs activités, notamment sur les questions sociales et démocratiques que leur mouvement tente de mettre en œuvre et leur vision de la situation politique dans leur pays en état de guerre (soutien au président Zelensky et son gouvernement, bien que très critiques sur les questions sociales et écologiques).
Une déclaration commune est en cours de rédaction reprenant les larges convergences évoquées toute la matinée, déclaration proche de celle du texte du Réseau européen de solidarité à l’Ukraine avec un point complémentaire majeur pour eux, l’adhésion rapide de l’Ukraine à l’UE.
L’après-midi a été consacré à des échanges avec les syndicats ukrainiens, qui se retrouvent essentiellement dans deux grandes confédérations (la Confédération des syndicats et la Confédération des syndicats libres). Étaient présentEs des représentantEs de différents secteurs d’activité (construction, transports, santé), ainsi qu’un syndicat nouveau et indépendant des deux confédérations qui défend les travailleurs pauvres de la santé, des mines et de l’énergie (nucléaire). Nous avons eu une description détaillée des luttes sociales avant la guerre pour les hausses de salaires, contre les conséquences du néolibéralisme sur les secteurs publics ou la santé, qui nous ont rappelé les nôtres…
Aujourd’hui, les syndicats sont tournés vers l’aide concrète aux travailleurs ukrainiens victimes de la dérégulation en ces temps de guerre (licenciements, non-paiement des salaires, voire travail gratuit, maintien de la sécurité et des infrastructures dans les transports ou le nucléaire). La question écologique a aussi été abordée par certains syndicats.
Troisième jour, rencontres avec des mouvements féministes, écologiques, de solidarité et libertaires. Dès le matin, une première réunion s’est tenue entre les femmes de la délégation européenne et des représentantes de trois organisations ukrainiennes féministes, intersectionnelles, LGBT. Un groupe de travail spécifique sur ces questions démarre dans le Réseau européen en lien avec ces groupes féministes.
Ces groupes se focalisent en particulier sur l’aide aux femmes qui ont besoin de soutien immédiat sur le plan financier, psychologique, mais aussi politique. Plusieurs contacts très concrets ont été pris lors de cette rencontre pouvant permettre ultérieurement de créer des ponts avec les Ukrainiennes de Lyon, mais aussi avec des mouvements féministes (au plan national) qui voudront les aider. La matinée s’est poursuivie avec la présentation des actions de ces mouvements féministes et d’entraide entre femmes.
Plusieurs centaines de milliers de femmes se retrouvent seules avec leurs enfants, avec ou sans travail, exilées en Pologne ou déplacées dans leur propre pays ; elles ont besoin d’une prise en charge au niveau de l’éducation des enfants, du travail, un logement, des soins médicaux ainsi que d’accès à l’avortement, que ce soit en Pologne, qui l’interdit, mais aussi en Ukraine, où c’est autorisé, mais aujourd’hui de plus en plus difficile à mettre en œuvre.
Au cours de l’après-midi, d’autres présentations ont été faites par des représentants de mouvements écologistes, qui sont favorables aux sanctions et qui se concentrent en particulier sur une demande d’embargo du pétrole et du gaz russes, en exigeant qu’ils ne soient pas remplacés par d’autres énergies fossiles. Un appel en ce sens est en train de circuler auprès des parlementaires du monde entier […].
Une représentante d’un mouvement LGBTQ a décrit les actions de solidarité qu’ils et elles ont mis en place pour tous et toutes à partir d’une coopérative qu’ils et elles géraient déjà avant la guerre. Selon elles et eux, une des justifications de la guerre avancée par les Russes est la défense des valeurs traditionnelles chrétiennes et par conséquent la lutte contre la domination LGBT sur l’Ukraine comme sur l’ensemble de l’Europe ; Zelensky étant « accusé » d’être gay ! Par ailleurs, la société ukrainienne est assez conservatrice et la guerre renforce les valeurs « viriles ». Ce collectif défend la visibilité de la communauté LGBTQ, y compris dans l’armée, travaille au consensus et prône une démarche non violente.
Troisième jour, suites, Un représentant des droits des Rroms est également intervenu. Leur mouvement est très structuré, car les Rroms d’Ukraine sont parmi les plus discriminéEs d’Europe. Leur défense avait démarré bien avant la guerre. Ils profitent du fait que l’Ukraine demande son adhésion rapide à l’UE pour exiger l’accélération de l’agenda 2021-2030 qui prévoit une amélioration du traitement du peuple rrom demandée par l’Europe à tous les pays membres.
Les associations rroms disposaient déjà avant la guerre de réseaux européens efficaces qu’ils mettent aujourd’hui à disposition de l’ensemble des UkrainienEs. Malgré le racisme, leur représentant reconnaît que l’aide spontanée des UkrainienEs a concerné aussi les Rroms ; des cas de maltraitance policière, comme à Lviv, ont été signalés. Dans cette ville, un cas de violence policière médiatisé a été utilisé par les Russes pour faire croire à des attaques envers les russophones d’Ukraine !
D’autres actions humanitaires ont également été présentées en association avec les mouvements libertaires. Ces réseaux sont a priori efficaces en termes de logistique de l’ouest vers l’est de l’Ukraine, mais aussi dans les zones sous occupation ou les zones de guerre. Partout ailleurs, ils proposent des abris, des hébergements, des lieux de stockage.
Des actions du côté de la défense territoriale ukrainienne sont également prises en charge par ces mouvements. Ils demandent des soutiens financiers, mais aussi de l’aide pour le soutien psychologique et pour répondre aux revendications des femmes qui peuvent aussi être réalisées depuis l’étranger.
Une représentante de ces mouvements nous a expliqué la question des trafics d’êtres humains, dans le cadre du travail forcé ou de l’exploitation sexuelle. L’Ukraine était déjà une grande pourvoyeuse de travail forcé, cela, c’est bien sûr renforcé depuis le début du conflit. […]
En conclusion de ces deux journées, une déclaration commune a été proposée par Vitalii Dudin au nom de Sotsialnyi Rukh, que nous avons adoptée.
Le Sri Lanka s’enfonce dans une crise économique qui s’aggrave de jour en jour, la pire depuis l’indépendance du pays il y a 74 ans. Une situation en partie causée par la pandémie de Covid-19, la baisse du tourisme, des dépenses publiques inconsidérées pour des projets bénéficiant aux plus riches, la fin de l’imposition des hauts revenus, le détournement d’argent public, une dette extérieure abyssale de 23 milliards d’euros. Une grande partie de la population sri lankaise ne peux plus vivre, elle doit faire des queues interminables pour faire face aux pénuries de produits alimentaires, de carburants, de médicaments, quand elle en a encore les moyens.
La population Sri-lankaise depuis plusieurs mois est en insurrection, des dizaines de milliers de manifestants défient le gouvernement, incendiant les maisons des riches propriétaires, les traquant dans les rues.
Puisque nous avions Jacques Chastaing nous en avons profité pour faire un petit point sur le mouvement paysan indien et le mouvement Pakistanais.
REVOLUTION OUVRIERE AU SRI LANKA DANS UNE ASIE DU SUD EN ÉBULLITION
Depuis fin mars 2022 le pays vit une situation insurrectionnelle où les classes populaires cherchent à faire tomber le pouvoir. Ce moment à caractère insurrectionnel est l’aboutissement d’une large mobilisation commencée depuis novembre 2021 où le Sri Lanka déborde de grèves ouvrières et de manifestations populaires quotidiennes additionnées de quatre grèves générales ces cinq derniers mois qui ont été chacune autant de véritables tsunami populaires dont l’ampleur a été crescendo en avançant dans le temps.
Mais cette situation est elle même le prolongement de luttes qui ne cessent pas dans le pays depuis 2018 dans un cadre plus général de luttes ou de situations aussi insurrectionnelles dans les pays voisins commencées aussi en 2018-2019, en particulier en Inde et au Pakistan, sans oublier la Birmanie, le Népal ou les Maldives où l’agitation sociale et les résistances populaires sont également intenses avec une interaction permanente entre les différents pays.
Ce qui se passe au Sri Lanka est emblématique de toute l’évolution de l’Asie du sud, mais plus largement à des degrés divers, du monde entier.
Au Sri Lanka, la situation est catastrophique pour les classes populaires avec une inflation démesurée depuis le mois de novembre 2021, atteignant 30% pour le seul mois d’avril 2022, des pénuries récurrentes de médicaments, d’aliments, de gaz, des coupures d’électricité à répétition, des entreprises, des services, des hôpitaux ou des commerces qui ferment faute d’énergie, des gens qui font des heures de queue tous les jours pour se procurer la moindre des choses, beaucoup de familles populaires qui ne font plus qu’un repas par jour, les plus fragiles qui meurent y compris en faisant la queue, des journaux qui ne paraissent qu’épisodiquement ou sur des paginations restreintes faute de papier et d’encre, des examens scolaires qui ne peuvent pas avoir lieu pour les mêmes raisons de pénurie de papier ou d’encre, un pays en quasi faillite.
Et à côté de ça, les profits des entreprises ont battu tous les records historiques, les riches n’ont jamais été aussi riches, étalant sans honte leurs voitures de luxes, palaces, yachts devant l’immense misère de la grande majorité.
DE LA CRISE DE LA DETTE AU SOULEVEMENT DES PAYSANS EN PASSANT PAR LE MOUVEMENT PAYSAN INDIEN JUSQU’A L’INSURRECTION POLITIQUE OUVRIERE Même si la racine de la crise remonte aux années 2009/2010, à l’origine actuelle de cette situation de quasi faillite, il y a la décision en octobre 2021 prise pour faire plaisir aux riches par le gouvernement dirigé par les frères Rajapkse, de réduire les impôts sur la fortune et les entreprises quasi à rien et de lever le contrôle sur les prix. Le résultat a été d’une part une inflation colossale et d’autre part une perte de revenus importante pour l’État.
Or depuis 2010, le gouvernement (déjà des frères Rajapakse) avait décidé d’ouvrir totalement le pays au marché mondial en empruntant massivement au capital chinois pour renouveler toutes les infrastructures du pays, routes, ports, voies ferrées, aéroports… afin de satisfaire au miroir aux alouettes des “nouvelles routes de la soie” que lui faisait miroiter la Chine. Pendant un moment, le Sri Lanka a été le modèle de réussite du libéralisme. Puis les attentes escomptées n’ont pas été au rendez-vous et les choses se sont gâtées. Là dessus, le covid et la perte de ressources que cela a entraîné pour le tourisme, la première source de revenus du pays, a aggravé la situation, d’où, pour compenser, les cadeaux aux riches d’octobre 2021 en impôts et suppression du contrôle des prix.
Mais il fallait rembourser la dette, faute de revenus pour cela, il fallait emprunter à nouveau à des taux de plus en plus élevés. Jusqu’à un moment où les créditeurs chinois, ont dit stop ; on veut être payés. L’État s’est alors attaqué à la population. Il achetait moins d’essence, d’électricité, de gaz, de médicaments, d’aliments… Ça a commencé par les engrais.
En août 2021, le gouvernement a brutalement cessé d’acheter des engrais et a demandé aux paysans de se reconvertir du jour au lendemain à une agriculture écologique. C’était impossible et cela signifiait que nombre de paysans allaient mourir mais qu’ils produiraient beaucoup moins pour assurer les ressources vivrières du pays. Résultat, les paysans se sont soulevés, et instruits des combats de leurs voisins indiens, ils ont pendant quatre mois d’août à novembre, coupé les routes et les voies ferrées, occupé des places, bloqué le siège des pouvoirs locaux, se sont affrontés violemment à la police et ont organisé plusieurs marches sur la capitale.
Des manifestations paysannes contre la misère avaient déjà eu lieu auparavant mais cette fois leur objectif revendiqué dans leur dernière marche du 30 mars 2022 était de renverser le gouvernement. Ce qui a tout changé.
Ce mouvement paysan et cet objectif politique allaient en effet débloquer la situation au sein du mouvement social ouvrier cantonné jusque là aux conflits économiques. Le mouvement social chez les ouvriers et dans les classes populaires était loin d’être inexistant. Bien au contraire. En fait, depuis 2018, une vague de grèves et de manifestations incessantes croissantes comme dans beaucoup de pays du monde à ce moment ont traversé le pays jusqu’à début 2020 avant la pandémie pour reprendre donc en novembre 2021, mais c’étaient des grèves et luttes aux objectifs économiques.
C’est contre cette vague de grèves montantes, d’ouvriers mais aussi de pauvres des campagnes, de la jeunesse et du mécontentement global des populations que le président actuel du Sri Lanka, Rajapakse, lieutenant-colonel corrompu et tortionnaire, a accédé au pouvoir lors des élections présidentielles de novembre 2019.
En effet en septembre 2019, juste avant les élections, 17 000 employés des universités se sont mis en grève, les cheminots – après déjà une grève en juin- entamant pour leur part une grève quasi totale pour une durée indéterminée, tandis que les enseignants exerçaient un arrêt national de deux jours et les agents administratifs du gouvernement entraient en lutte tout comme d’ailleurs les travailleurs des transports et les agents de santé. Mais les directions syndicales refusaient de donner la perspective de l’union des colères comme celui de renverser le gouvernement qui réprimait tant qu’il pouvait toutes ces luttes non coordonnées.
Gotabhaya Rajapakse remporta donc les élections contre son prédécesseur qui était soutenu “comme un moindre mal” par la gauche et les directions syndicales alors qu’il avait mené une féroce politique d’austérité et réprimé les grèves. Ce soutien de la gauche au pouvoir anti-ouvrier et répressif permis à Rajapakse de s’appuyer sur le mécontentement généré par cette politique d’austérité et de lui offrir comme politique toute une démagogie religieuse anti musulmane, à la faveur de pogroms anti-musulmans et ethniques anti tamoul.
Une fois élu, les premières mesures de Gotabhaya Rajapakse ont été de corrompre et de militariser l’appareil d’État un peu plus à tous les niveaux en mettant ses frères, cousins, oncles et tantes et des militaires à la tête des administrations – y compris les criminels de guerre condamnés de la guerre contre les tamouls. Il renforça les forces de répression en vue de la confrontation avec la classe ouvrière et toutes autres formes de contestation sociale que dans la démagogie habituelle, il confondait avec le terrorisme, le crime organisé et le trafic de drogue tout en rendant responsables les musulmans de la propagation du virus du covid.
Très rapidement avec la pandémie, il montrait presque publiquement qu’il préparait un coup de force en concentrant des troupes sur Colombo la capitale et en faisant envahir les rues par des militaires en armes et faisant occuper les écoles du nord du pays par 20 000 soldats.
Mais les grèves et manifestations continuaient. Ainsi 14 manifestations nationales de différents secteurs professionnels se sont déroulées devant le siège du gouvernement sur les 15 premiers jours de février 2020. Le 28 février, 200 000 enseignants se mettaient en grève alors que des mineurs d’une mine d’État entraient aussi en lutte et que les ouvriers agricoles des plantations de thé poursuivaient une grève quasi continue depuis trois mois. Le 2 mars, les employés des services d’audit entrent en grève illimitée pour être intégrés à la fonction publique et des employés d’État entrent eux aussi en grève. Face à ce nouvel élan de grèves, le président dissolvait le Parlement début mars 2020 pour organiser de nouvelles élections législatives en août dans le but de cumuler tous les pouvoirs, ce qu’il obtint avec une nouvelle vague de démagogie anti-musulmans et tamouls.
A partir de là, le mouvement social n’allait reprendre qu’avec les paysans en août 2021, puis une grève de trois mois de 250 000 enseignants pour les salaires, contre la privatisation de l’éducation et sa mise sous contrôle de l’armée, et enfin une nouvelle vague de grèves à partir de novembre 2021, avec des travailleurs de la santé, du pétrole, de l’électricité, des ports, des plantations de thé et à nouveau des enseignants pour des augmentations de salaire, unissant les travailleurs de toutes les ethnies cinghalaises, tamoules et musulmanes, soulignant une détermination commune et une classe unique loin des divisions traditionnelles alimentées par certains partis politiques pour diviser le petit peuple.
En même temps, poussés par la population en colère, et pour tenter de prendre le contrôle du mouvement social émergeant, le principal parti de l’opposition bourgeoise, le SJB, appelait à occuper les rues de la capitale Colombo à la mi-novembre ce qui fut fait avec succès, bien au delà de ses capacités de mobilisation traditionnelle et le JVP, principal parti de l’oppostion de gauche, faisait de même.
Le 8 décembre, plus d’un demi-million de travailleurs du secteur public organisent une grève nationale d’une journée tandis que des dizaines de milliers d’agents de santé du secteur public ont lancé une série de manifestations au niveau provincial et qu’en même temps, les ouvriers de l’électricité, des ports et des sociétés pétrolières manifestaient conjointement dans le centre de Colombo pour protester contre la privatisation de ces entreprises.
Le 13 décembre, environ 10 000 travailleurs de 12 plantations de thé entament une grève d’une semaine pour s’opposer à l’augmentation de la charge de travail et aux baisses de salaires. Le 14 décembre, environ 16 000 postiers participent à une grève nationale pour les salaires.
Face à la montée de cette colère des travailleurs et des ruraux pauvres et leur unification sociale, le gouvernement interdit les grèves et autres actions revendicatives dans la fonction publique avec de lourdes amendes et de longues peines de prison à partir de la mi-décembre 2021. Il suspend en même temps le Parlement du 12 décembre 2021 au 18 janvier 2022, tout en intensifiant la militarisation de l’école et de son programme, la militarisation de l’administration, avec un général à la tête de la lutte contre le covid, un général à la tête de lutte contre l’inflation, une fonction de “leader” dans les universités formée par l’armée, poussant la militarisation de la société jusqu’au ridicule puisque les autorités imposent aux étrangers désirant épouser une sri-lankaise d’avoir l’autorisation de l’armée.
Un instant freiné, les luttes reprennent en mars 2022 avec une campagne d’un mois de grèves pour des augmentations de salaires organisée par les directions syndicales tandis que les partis d’opposition SJB et JVP continuent pour leur part à organiser d’immenses manifestations et marches sur la capitale pour remettre en cause le gouvernement mais en exigeant seulement des élections anticipées ou que le Parlement prenne en main la situation.
On avait donc le train train classique des grèves et manifestations ouvrières aux objectifs économiques d’un côté et de l’autre l’opposition bourgeoise qui se réservait le débouché politique, électoral ou parlementaire. Le schéma de qui s’est passé au Pakistan avec la chute du premier ministre le 9 avril 2022, provoqué par une lame de fond de mobilsations populaires contre les hausses de prix, les privatisations, les licenciements, mais canalisée par une union des partis de l’opposition bourgeoise et détournée vers une motion de censure parlementaire, cause secondaire de la chute du pouvoir mais qui volait le succès à la mobilisation des classes populaires.
Le mouvement paysan sri lankais allait bousculer cette mécanique, par la marche sur Colombo le 30 mars qui elle était directement politique en affichant clairement son but de renverser le gouvernement.
Les réseaux sociaux ont pris le relais en appelant à descendre dans la rue le 31 mars contre le gouvernement. Le pouvoir coupa internet et interdit toute manifestation. Mais c’était trop tard, le feu avait pris. Dans la nuit du 31 mars, des manifestants tentèrent de prendre d’assaut la résidence du président de la république et du premier ministre. Cela fut un coup de tonnerre. Tous les partis et toutes les directions syndicales, débordés et surpris de perdre leur monopole de la représentation populaire, dénoncèrent ce vandalisme commis par des anonymes.
Mais le mouvement des classes populaires sur le terrain politique était lancé. Pour comprendre cette opposition de toutes les forces politiques et syndicales du pouvoir comme de l’opposition à ce mouvement sorti du tréfonds des classes populaires et comprendre donc les événements qui vont suivre, quelques mots sont ici nécessaires pour décrire l’évolution de la représentation politique et syndicale des classes populaires au Sri Lanka ces dernières années, une évolution assez symptomatique de ce qu’on peut voir partout dans le monde.
EFFACEMENT DE L’OPPOSITION GAUCHE/DROITE ET APPARITION D’UN ESPACE PUBLIC OPPOSITIONNEL En 2009, le clan des Rajapakse au pouvoir depuis 2005 à la tête du grand parti de gauche de l’époque le SLFP, mettait fin à vingt ans de guerre civile contre la tentative fédérative des tamouls qui a fait au moins 100 000 morts.
A partir de là et des élections présidentielles de 2010, en même temps que le pouvoir tournait l’économie à fond vers le marché au point de devenir le meilleur élève du libéralisme comme on l’a vu plus haut, au lieu de l’opposition traditionnelle gauche/droite, opposant les deux grands partis SLFP (gauche) et UNP (droite), on va assister à une sorte de gouvernement permanent d’union nationale, unissant l’ensemble des grands partis de gauche et droite, dans une alliance permanente, avec de nombreuses ruptures, combats, trahisons et divisions internes mais toujours dans le cadre de cette alliance permanente.
Ainsi par exemple, Ranil Wickramasinghe (UNP droite) vient d’être nommé ce 14 mai 2022, nouveau premier ministre du président Gotabaya Rjapakse (SLPP gauche ex SLFP), en remplacement de son frère Mahinda Rajapakse, qui lui-même était président jusqu’en 2015 et son frère Gotabaya alors ministre et chef des armées. Mais en 2015 Ranil Wickramasinghe (UNP droite) avait déjà été le premier ministre de Maithripala Sirisena (SLFP gauche) qui avait été lui-même candidat contre Mahinda Rajapakse (ex SLFP devenu SLPP gauche), tandis qu’un peu plus tard Mahinda Rajapkase devient à son tour premier ministre de Maithripala Sirisena, etc.
A cela s’ajoute le soutien sans participation des partis qui dénoncent cette union nationale. Ainsi, les deux grands partis qui jouent un rôle dans les mobilisations aujourd’hui, le JVP, la gauche dure et ancien parti guerilleriste, qui exige le départ de Rajapakse le soutenait pourtant hier et le SJB, une scission de l’UNP qui s’oppose à la participation de ce parti à cette union nationale permanente, exigeait il y a cinq jours la démission du président Gotabaya Rajapakse mais lui proposait il y a deux jours d’être son premier ministre et a accepté hier de faire partie du nouveau gouvernement.
Les directions syndicales sont quasi toutes aux mains des grands partis de cette union nationale défendant l’orientation libérale. En même temps, à cause des dégâts de ce libéralisme, elles recrutaient massivement des jeunes syndicalistes combatifs mais peu conscients politiquement. Les directions syndicales arrivaient à concilier cette contradiction avec d’une part une radicalité certaine dans la lutte économique et d’autre part l’arrêt de la lutte lorsque cette radicalité s’approchait de la mise en cause du pouvoir politique, au prétexte que ça risquait de casser l’économie et d’être préjudiciable à tous.
Cet équilibre vient d’être rompu par la politisation du mouvement actuel et nous entrons dans une situation où l’évolution de cette jeunesse ouvrière militante est inédite.
Avec cette politique libérale passant à l’offensive contre les classes populaires et cette union nationale pour la mettre en œuvre, le pouvoir s’attaquait aux libertés démocratiques pour paralyser toute riposte. Il limitait les libertés démocratiques, muselait les médias, emprisonnait les opposants et les torturait, accentuait le fait de donner les pleins pouvoirs à l’armée, accroissait sa démagogie contre les tamouls et les musulmans, pendant que la corruption et les fraudes augmentaient. Aussi, en même temps que l’espace public traditionnel de débat politique s’éteignait au parlement et dans les médias, il resurgissait dans les médias sociaux et dans l’opposition de rue.
La première manifestation de cette espace public oppositionnel se fait en 2012, en même temps que les printemps arabes, avec un “printemps sri lankais”, mené par les étudiants et enseignants, occupant universités et places publiques tout comme ailleurs les places Tahrir, Kasbah, Syntagma, Puerta del Sol… avaient été occupées, ou plus tard à des niveaux différents « Nuits debout » mais dans la même logique d’espace public oppositionnel, et aujourd’hui encore à des niveaux éloignés, les rond-points des Gilets Jaunes jusqu’aux « townships » révolutionnaires des paysans indiens aux portes de Delhi et dans des centaines d’endroits dans le pays, qui fonctionneront comme un entre-deux, entre le besoin d’organes horizontaux de pouvoir les plus démocratiques possibles et en même temps le ferment centralisé pour l’élaboration et la mise en pratique des conceptions et tactiques révolutionnaires afin de faire face efficacement à la centralisation des pouvoirs bourgeois, une sorte de centralisme démocratique pour la situation.
Le printemps sri lankais étudiant et enseignant va entraîner peu à peu toutes les classes populaires dans une lutte tous azimuts contre ce monde et le pouvoir, probablement avec les mêmes illusions qu’en Egypte, en Grèce ou en Espagne à cette époque, mais que le gouvernement aura toutefois déjà toutes les peines à stopper et dont on voit ressurgir aujourd’hui le souvenir instruit des leçons de l’histoire avec les occupations de « Galle Face » à Colombo au Sri Lanka.
LES ETAPES DE L’INSURRECTION ACTUELLE Trois grandes étapes ont marqué la dernière période insurrectionnelle au Sri Lanka autour des dates 31 mars, 9 avril et 9 mai avant probablement une quatrième étape le 19 mai 2022.
Au lendemain de la tentative des classes populaires le 31 mars 2022 de prendre les résidences du président et du premier ministre et leur dénonciation par toutes les forces politiques et syndicales, la mobilisation qu’on avait vu en 2012 avec le “printemps sri lankais” réapparaît et occupe l’espace politique ouvert par la révolte ouvrière et abandonné par les forces institutionnelles.
A partir du 9 avril, les abords et même le hall d’entrée de la présidence de la république dans le quartier chic de “Galle Face” à Colombo sont occupés jour et nuit par une foule de manifestants dont beaucoup d’étudiants, artistes, intellectuels mais aussi beaucoup d’ouvriers, de jeunes, de chômeurs, de femmes des quartiers populaires, de pauvres… qui sont là à titre individuel et qui reprennent tous l’exigence des manifestants des 30 et 31 mars : le départ du gouvernement des Rajapakse. Les abords du Parlement et du siège du premier ministre sont également occupés en même temps que les abords des bâtiments du pouvoir dans la plupart des villes du pays.
Significativement le campement devant la présidence est baptisé « Gota dégage » (Gota, abréviation du nom du président) tandis que celui devant les bureaux du premier ministre se nomme « pas d’accord » (pas de compromis). A « Galle Face » comme aux portes de Delhi, on installe un mini hôpital, un cinéma, une école, les débats et meetings sont permanents, les spectacles également.
Après le 9 avril, les directions syndicales qui jusque là continuaient à s’aligner sur les partis pour réclamer des solutions politiques qui soient parlementaires et des solutions économiques dirigées par le FMI, sont poussées par la base à une grève générale le 28 avril qui sera très suivie. Face au succès, la base exige une suite avec de plus en plus l’objectif de faire tomber le gouvernement comme première étape pour aller vers un changement de société. Des syndicat comme le syndicat des enseignants s’expriment dans ce sens. La nouvelle étape est une grève générale durcie le 6 mai, baptisée « hartal », mêlant désobéissance civile et grève, en référence à une première de ce type en 1953, la première après l’indépendance. C’est un tsunami populaire.
Tout s’arrête, des trains aux bus, des usines aux commerces, des hôpitaux aux universités, des banques à l’électricité, la poste, les plantations de thé, l’administration… C’est une formidable démonstration de force de la classe ouvrière. Des cheminots, des chauffeurs de bus, d’autres encore continuent spontanément la grève le lendemain. Les directions syndicales appellent alors à la grève illimitée à partir du 11 mai jusqu’à la chute du gouvernement.
Le gouvernement parle de lâcher le premier ministre pour calmer les choses. Les directions syndicales hésitent. Le pouvoir en profite et le 9 mai au matin, le premier ministre mobilise des milliers de miliciens de son parti et des prisonniers de droit commun sortis de prison pour l’occasion, qui s’attaquent violemment avec la protection de la police aux campements des manifestants devant les bureaux du premier ministre et de «Galle Face » en même temps que le pouvoir décrète le couvre-feu. Il y a de nombreux blessés et des morts.
Mais c’est sans compter avec la riposte ouvrière qui est formidable. Dans l’après-midi du 9 mai, des centaines de milliers de travailleurs se mettent en grève spontanément dans tout le pays en même temps que des syndicats de base ou des fédérations appellent à la grève, certains pour dénoncer les violences du pouvoir d’autres pour renverser le pouvoir. Les rues sont occupées par les insurgés, les miliciens du pouvoir sont poursuivis, défaits et se cachent.
Les insurgés mettent des check-points un peu partout pour arrêter les miliciens et les hommes du pouvoir, ils arrêtent des policiers et même un chef de la police qui est passé à tabac. La nuit du 9 au 10 et encore en partie dans la matinée du 10 mai, plus d’une centaine de résidences de ministres, dont celle du premier ministre, des députés et de responsables du pouvoir sont incendiés comme leurs bureaux et leurs véhicules. Une caserne de l’armée ou se cache le premier ministre est encerclée. Paniqué, le premier ministre démissionne.
Le 10, la presse se déchaîne contre les insurgés (et à peine contre les violences du pouvoir) et appelle l’armée au secours. Quasi toutes les directions politiques lâchent le mouvement et le dénoncent, les directions syndicales également et annulent leur mot d’ordre de grève illimitée pour le 11 pour ne pas céder, disent-elles, au chaos et à l’anarchie. Les patrons en profitent pour lock-outer (ferment) toutes leurs entreprises tandis que l’État ferme tous les services publics pour empêcher les travailleurs de se rassembler. Le gouvernement envoie l’armée dans les rues tout en renforçant le couvre-feu pour maintenir l’ordre.
Surpris tout à la fois parce qu’ils viennent de faire et en même temps par les trahisons syndicales et politiques, sans pouvoir se rassembler ni faire grève, les travailleurs font une pause pour prendre la mesure de ce qui vient de se passer. En même temps, les contrôles de l’armée sont plus dans les désirs des bourgeois paniqués et sur les pages de leurs journaux que dans la réalité. En effet, l’occupation reprend quand même le 11 mai à « Galle Face » et devant les bureaux du premier ministre et des manifestations continuent dans de nombreux endroits pour obtenir du gaz avec des routes coupées plus par les manifestants que par l’armée.
Signe de cette situation, alors que la police donne un mot poli aux occupants de « Galle Face » pour qu’ils dégagent au titre du couvre-feu, le premier geste du nouveau premier ministre d’union nationale nommé le 12 mai est d’annuler publiquement l’exigence de la police et de dire qu’il est tout à fait normal que les gens manifestent contre le président. La velléité de nouveau coup de force du pouvoir a échoué bien que l’opposition face bloc autour du nouveau premier ministre , ou se taise comme les directions syndicales.
Tandis que dans la rue, les manifestations populaires continuent exigeant du gaz et pas un nouveau premier ministre, le 14 mai, la « Fédération inter-universitaire des étudiants » qui anime la lutte en milieu étudiant pour dégager le pouvoir, organise une conférence de presse avec la participation d’enseignants, d’artistes et de syndicalistes et, suppléant, à la trahison des directions syndicales, appelle à une marche sur la capitale le 19 mai, contre l’union nationale qui s’est remise en place autour du nouveau premier ministre, pour dégager le président et le nouveau premier ministre, procéder à l’arrestation de l’ancien premier ministre et d’autres ministres, députés ou notables du parti au pouvoir, responsables des violences du 9 mai qui ont fait 8 morts et des centaines de blessés et libérer les insurgés des 9 et 10 mai.
Pour faire face à la situation, pour la première fois, elle propose un programme indépendant pour la révolution :
1. Dehors Gotabaya, dehors le système présidentiel, pour transformer le système économique et social. 2. Nouvelle constitution élaborée publiquement par le peuple pour que tout le pouvoir revienne au peuple. 3. Restitution de tout l’argent volé au peuple depuis 1977 par les politiciens et tous les pillards de l’argent public. 4. Jugement et punition de tous les auteurs de crimes au pouvoir, 5. 85% des recettes fiscales sont des impôts indirects pris au peuple, et les grandes entreprises ne paient que 15% des impôts. Il faut inverser ces chiffres : que les riches paient 85% des impôts ! 6. Les sociétés cotées en bourse ont fait un bénéfice de 200 milliards de roupies en 2020, les 9 plus riches du pays ont gagné 891 milliards, le capital des quatre plus riches ont dépassé le billon de roupies. 2020 est en même temps l’année où la grande majorité est tombée au fond de la pauvreté. Cette richesse doit être prise à ces quelques individus et utilisée pour les besoins du peuple ! 7. Une commission publique d’enquête avec les ouvriers, paysans, enseignants, syndicalistes, étudiants, représentants d’association, déterminera les responsabilités de l’exécutif et du législatif dans la situation présente. 8. Un organisme public de contrôle des prix doit être instauré par les organisations de femmes, de paysans, d’ouvriers, d’étudiants, de pécheurs, de consommateurs, pour fixer les prix des produits de première nécessité et en enlever le pouvoir au marché et aux entreprises. 9. Il faudra prendre le contrôle de l’économie pour l’arracher aux mains de la Banque mondiale et du FMI. 10. L’éducation ne doit plus être une marchandise mais une arme d’émancipation. 11. Tous les accords signés avec les impérialismes : États-Unis, Inde, Chine, doivent être rompus s’ils vont contre les intérêts populaires. 12. Stop à la privatisation des biens publics et restitution de ce qui a été privatisé !
Le 16 mai, la jeunesse bloque le siège de la police à Colombo, exigeant l’arrestation des ministres et députés responsables des violences du 9 mai. Le 17 mai le nouveau gouvernement, qui regroupe désormais le parti au pouvoir et les grands partis d’opposition de gauche et de droite à l’exception d’un seul, prend peur. Pour tenter de couper l’herbe sous le pied à la manifestation du 19 mai et afin que le soulèvement ne se trouve pas une direction dans la fédération inter-universitaire étudiante et la coordination large qu’elle anime ainsi qu’un programme révolutionnaire, le nouveau gouvernement annonce qu’il a ordonné l’arrestation du premier ministre et de 22 autres ministres, députés et notables impliqués dans la tentative du coup de force violent du 9 mai. La révolution continue à exercer sa pression et sa marche en avant. Elle l’exerce également au delà du Sri Lanka.
UNE RÉVOLUTION SCRUTÉE DANS TOUTE L’ASIE On a vu plus haut, que le mouvement paysan sri lankais s’était inspiré du formidable soulèvement des paysans indiens qui a ébranlé le pouvoir de Modi en Inde et que c’est cela qui avait débloqué la situation politique au Sri Lanka en contribuant à donner des objectifs politiques au mouvement des prolétaires sri lankais. Il en a été de même au Pakistan. C’est aussi le mouvement paysan pakistanais en imitant la marche des paysans indiens sur Delhi, pour la reproduire vers Islamabad en mars 2022 qui a suscité la panique dans la bourgeoise pakistanaise et a incité l’alliance des partis d’opposition bourgeois à lancer à leur tour des marches populaires sur la capitale pour prendre la tête du mécontentement et des luttes importantes qui traversent le pays depuis deux ans et empêcher le mouvement populaire d’avoir sa propre direction. Ainsi le gouvernement militaro-islamiste d’Imran Khan est tombé le 9 avril sous la pression populaire à la date où les sri lankais occupaient les abords de la présidence à Colombo, mais c’est l’opposition bourgeoise qui en a tiré les fruits, prenant la place de l’ancien gouvernement en ayant la volonté d’avoir tout changé pour que rien ne change fondamentalement. Cependant, rien n’est joué, l’agitation populaire continue de plus belle en même temps que l’inflation bondit et ce qui se joue au Sri Lanka y est scruté attentivement, comme d’ailleurs dans toute la presse asiatique.
De la même manière, si le soulèvement paysan indien a accéléré les prises de conscience au Sri Lanka, ce qui se passe actuellement au Sri Lanka n’est pas sans répercussion en Inde. Le plus grand Etat tamoul d’Asie du sud est le Tamil Nadu indien avec une communauté de 80 millions de tamouls, qui vient de passer à gauche contre un allié du BJP aux dernières élections et a décidé d’aider la population sri lankaise. Mais au delà de cette communauté historique et culturelle, le congrès national de la jeunesse démocratique indienne qui vient de se tenir à Calcutta devant une foule de jeunes, a averti le gouvernement de Modi, que la jeunesse indienne saurait prendre exemple sur la jeunesse sri lankaise en train de mettre en échec le pouvoir autoritaire des Rajapakse, pour mettre à son tour en échec le pouvoir autoritaire de Modi. Un événement marquant, un succès notable dans l’île et les tensions sociales qui sont toujours vives sur le continent mais dispersées pourraient soudain retrouver une unification. Tout le monde le sait ou le sent et il y a de l’électricité dans l’air.
Soyons sûrs également que la progression de la révolution au Sri Lanka est scrutée de près par la résistance armée du peuple birman qui continue depuis plus d’un an contre la dictature de l’armée, de même que par les népalais où l’agitation ne cesse pas depuis deux ans ou encore aux Maldives où la population tente de renverser le pouvoir en place, sans oublier le Bangladesh où la colère ouvrière, encore sourde, n’attend qu’une étincelle pour ressurgir soudainement comme en 2018 et 2019. Toute l’Asie du sud est en ébullition, soit une population d’un milliard huit cents millions d’habitants qui s’éveille politiquement, un séisme pour le monde et la pointe avancée de ce tsunami à venir en est aujourd’hui la révolution ouvrière au Sri Lanka Jacques Chastaing le 17 mai 2022
APRES LES PAYSANS INDIENS, LES PAYSANS PAKISTANAIS APPELLENT A UNE MARCHE SUR LA CAPITALE ISLAMABAD EN FEVRIER
Cela fait au moins depuis 2019, que les paysans pakistanais tentent d’élargir le nœud coulant qui les étrangle, la lutte des paysans indiens et leur succès a donné un coup de boost à leur lutte.
De son côté le PPP, le principal parti d’opposition, a annoncé une marche sur la capital fin février et le PDM (alliance de 10 partis d’opposition) appelle à une marche sur la capitale le 23 mars contre la hausse des prix.
Le gouvernement militaro-islamiste d’Imran Khan est mal parti.
Si le gouvernement d’Imran Khan était affaibli, voire dégagé par une vague populaire, soyons sûrs que le gouvernement Taliban ne tiendrait pas longtemps en Afghanistan, lui qui est tenu à bout de bras par le régime islamiste du Pakistan. Et ce d’autant, que toute la partie ouest du Pakistan (aux frontières afghanes et iraniennes) est déjà en quasi sécession sous l’influence des grands partis Baloutches et Pachtounes d’obédience marxiste, en guerre contre les talibans du Pakistan autant que contre ceux de l’Afghanistan et qui les tiennent en échec et les font reculer autant sur le terrain social que militaire.
Le Conseil d’État annonce aujourd’hui la suspension du décret de dissolution du Collectif Palestine Vaincra publié le 9 mars dernier par le ministère de l’Intérieur ! C’est une première victoire pour Collectif Palestine Vaincra et le Comité contre la dissolution du Collectif Palestine Vaincra en attendant le jugement du recours en annulation.
Dans son ordonnance du 29 avril, le Conseil d’État estime que le décret « n’est ni nécessaire, ni adapté et porte une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et à la liberté d’association », étant donné que le Collectif Palestine Vaincra « ne provoque ni ne contribue à la discrimination, à la haine ou à la violence, que ses prises de position vis-à-vis d’Israël et du sionisme ne présentent pas un caractère antisémite, qu’il a toujours condamné l’antisémitisme, que la campagne de boycott des produits israéliens constitue une modalité légitime d’expression d’opinions protestataires (…) », balayant par la même les accusations mensongères faites au collectif. Ainsi, alors que le président de la République, Emmanuel Macron, affirmait éhontément il y a quelque temps à Toulouse que le CPV était un « collectif antisémite », cette décision est un véritable camouflet contre le pouvoir et bat en brèche la propagande de l’extrême droite sioniste et ses amalgames entre antisionisme et antisémitisme.
La décision du Conseil d’État réaffirme la légitimité du soutien au peuple palestinien et celle de l’existence du Collectif Palestine Vaincra et de ses diverses activités exercées depuis plus de trois ans à Toulouse et ailleurs. Le Collectif Palestine Vaincra se réjouit de pouvoir poursuivre ses luttes librement et tient particulièrement à saluer l’Union Juive Française pour la Paix, l’Association France-Palestine Solidarité ainsi que l’Union Syndicale Solidaires pour leur important soutien dans cette bataille judiciaire, mais également la grande mobilisation du Comité contre la dissolution du Collectif Palestine Vaincra qui réunit plus d’une trentaine d’organisations et de nombreux soutiens à travers la monde. La mobilisation doit continuer pour une annulation totale du décret !
Le Collectif Palestine Vaincra, 29 avril 2022
Cette première victoire doit en appeler d’autres et pose la question de la criminalisation de la solidarité avec la Palestine. Nous revenons sur toutes ces questions avec Tom du Collectif Palestine Vaincra.
Les chantiers des Jeux Olympiques 2024 ont commencé malgré la crise sanitaire et les résistances locales, et les retards accumulés accélèrent leurs cadences et dégradent les conditions de travail. Les conséquences sont nombreuses : quartiers irrespirables ( accélération de la bétonisation et de la pollution, inabordables (spéculation immobilière, entraînant l’expulsion des pauvres et des modestes, policés (imposition des normes des investisseurs et du tourisme, surveillance et répression, implantation de grandes enseignes, réduction des espaces publics et des parcs (comme à Taverny, à Aubervilliers, à la Courneuve, disparition d’espèces protégées, … et la liste est encore longue.
Saccage 2024 rassemble des habitant-e-s de Seine-Saint-Denis et de ses alentours, des associations et des collectifs entré-e-s en résistance face aux saccages écologiques et sociaux que provoquent les Jeux Olympiques de Paris en 2024. Nous défendons les espaces avec lesquels l’on vit, où l’on habite, où l’on se rencontre, où l’on tisse des liens et où l’on s’amuse, menacés par la préparation et la tenue de ces jeux.
Depuis octobre 2020, nous, collectifs, associations et habitant-e-s, mêlons nos voix et nos envies d’agir au sein de la coalition Saccage 2024, en composant avec les positionnements et les stratégies différentes des un-e-s et des autres, pour que ce désastreux héritage ne soit pas imposé sur les territoires concernés.
Cette coalition vise à renforcer notre force d’action face aux transformations urbaines. Elle symbolise aussi que ces projets, aussi éparpillés qu’ils paraissent, s’inscrivent tous dans une vision que nous rejetons – celle de la transformation de nos espaces de vie en une métropole toujours plus mondialisée, inégale et ravageuse pour nos environnements.
Nous avons vu la destruction du foyer de travailleurs de l’ADEF de Saint-Ouen pour faire place au village olympique. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les anciens résidents, tous travailleurs immigrés, sont entassés dans des logements provisoires exigus et ne savent pas où ils iront ensuite. Nous avons vu la destruction de l’Aire des Vents, un parc public et une partie d’un corridor écologique protégé, qui a été pavé pour construire un « village des médias » que même le CIO (comité international olympique) a déclaré inutile.
Nous avons vu la destruction des jardins ouvriers à Aubervilliers. Comme les Manor Garden Allotments de Londres, le sol sera recouvert de béton, mais cette fois, pour une piscine olympique « d’entraînement » qui ne sera même pas utilisée pour les compétitions. À Taverny et Saint-Leu-la-Forêt, deux piscines parfaitement fonctionnelles seront remplacées par une piscine olympique. Au Champs-de-Mars, le sol est déjà goudronné pour un autre projet olympique (Grand Palais Éphémère). À Élancourt, des arbres seront coupés pour une piste de VTT.
Collectifs et associations faisant partie de la coalition : Collectif de défense des Jardins d’Aubervilliers, Notre Parc N’est Pas à Vendre, Pleyel à Venir, Changeons d’Ère à Taverny, Comité de vigilance JO 2024, Non aux JO à Paris.
Nous recevions dans notre émission ; Natsuko, Fleuve et Nina, membre de la coalition saccage 2024 et en leurs compagnies, nous revenons sur l’opposition aux jeux olympique 2024, les conséquences sur les villes accueillante. Les mobilisations internationales et la présentation des événements 21 et 22 mai à Saint-Denis et a la Courneuve.
La Semaine Anticoloniale existe depuis 2006 au sein du réseau Sortir du Colonialisme, né suite à la mobilisation contre la loi du 23 février 2005 qui prétendait que la colonisation avait eu des aspects positifs. Le réseau avait pris une grande ampleur et regroupait horizontalement une cinquantaine d’associations et d’organisations à l’échelle nationale et internationale. Le salon anticolonial était devenu un carrefour au sein du combat anticolonialiste et antiraciste. Il représente un moment de rencontre important et permet de donner la parole à celles et ceux qui en sont privé·e·s tout au long de l’année, à celles et ceux aussi que le capitalisme et l’impérialisme veulent faire taire.
Durant un week-end, des débats côtoient des projections de films, des présentations d’ouvrages et des expositions, en invitant auteurs, réalisateurs et militants autour des différents stands de collectifs impliqués dans ces luttes. En 2019, la perte d’une membre importante et la situation sanitaire ont affecté profondément le réseau et ses activités. Grâce à la restructuration récente, avec un nouveau comité d’organisation, le Salon Anticolonial va enfin reprendre forme et l’évènement sera organisé pleinement, en présentiel. Rassembleur comme toujours et au cœur de nos combats plus que jamais d’actualité. »
Cette année, la semaine se tenait du 12 au 13 mars 2022 à la parole errante à Montreuil. Quelles alternatives face à l’inaction de la France et de la communauté internationale ?
Organisé par la Plateforme pour la Solidarité avec le peuple du Sahara Occidental, CSIA (Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques), CSPB (Comité de Solidarité avec le Peuple Basque). Avec : Gilles Devers (avocat), Mohamed Sidati (représentant en France du Front Polisario), Rock Haocas (responsable des relations internationales du Parti travailliste de Kanaky), Mohamed Nabhane (CDISCOM – Comores) et Pablo pour le pays Basques.
Dans cette émission, nous diffusons la présentation qui a été faite lors de la semaine anticoloniale et antiraciste sur les alternatives pour les peuples en lutte pour leur auto-détermination face à l’inaction de la France et de la communauté internationale. Les limites se retrouvent au niveau du droit auprès des nations unis et au niveau du droit international. Mais au-delà des limites que pose le recours au droit, les peuples continuent de lutter pour leur liberté.
Cette présentation était assurée par Gilles Devers qui est avocat du droit international qui a notamment travaillé sur la Palestine et le Sahara occidental.