La dermatose une pustule qui cache une crise plus profonde

Yannick Ogor est éleveur, maraîcher en Bretagne. Il a fait partie de la confédération paysanne et en est parti. Il a fait partie de collectifs qui se sont battus contre le puçage des animaux et contre les normes administratives qui étouffent les paysans. Il est l’auteur du livre « Le paysan impossible ».

Nous avons souhaité, dans cette émission, l’entretenir sur la crise provoquée par la Dermatose nodulaire contagieuse et sa gestion faite par l’État. Nous voulions savoir si d’autres pistes que l’abattage systématique des troupeaux ou leurs vaccinations obligatoires existaient et pourquoi elles n’étaient pas exploitées. La dermatose n’est que la pustule qui cache une crise du monde agricole bien plus profonde.

Dans cette nouvelle édition augmentée, Yannick Ogor revient sur la mort de Jérôme Laronze, éleveur en Saône-et-Loire, écrasé par l’administration agricole et abattu par des gendarmes. En ces temps de pandémies dans les élevages intensifs, comment faire face à un système qui prétend « protéger les populations » en éliminant les agriculteurs ?

Yannick Ogor, travailleur de la terre en Bretagne, ancien animateur de la Confédération paysanne, retrace les luttes du monde agricole en France depuis soixante ans, leurs tentatives et leurs impasses. Depuis sa première parution en 2017, ce livre est devenu une référence.

dermatose nodulaire contagieuse: Stop à l’abattage total !

Avant de commencer cette émission et pour mieux comprendre ce qui se joue autour de la mobilisation des agriculteurs faisons un point : Pourquoi dix agriculteurs mettent-il fin à leurs jours chaque semaine en France ? la précarité économique en est une des causes ; les 10 % des ménages agricoles les plus modestes gagnent moins de 10 900 euros par an. 17,7 % des exploitants agricoles vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,4 % parmi l’ensemble de la population, parmi eux ce sont les maraîchers (24,9 % sous le seuil de pauvreté), les éleveurs ovins et caprins (23,6 %) et les éleveurs de bovins allaitants (21,5 %) qui sont le plus touchés. 40 000 fermes ont disparu en seulement 3 ans et avec elles, la capacité de nos villes et villages à produire une alimentation locale et de qualité. De plus la bureaucratisation croissante du métier, la concentration des exploitations, la pression accrue à la productivité, la standardisation technique, la concurrence internationale, finissent de les achever

Alors quand une épizoologie vient s’ajouter à tout ça, c’est la colère qui explose. Quand l’État et la FNSEA imposent l’abattage de tout le troupeau quand une bête est touché, les routes se bloquent, les préfectures sont attaquées, les paysans se mobilisent. Et toutes ces bêtes tuées juste pour garantir l’exportation.Si l’objectif premier du secteur agricole est le profit et pas de nourrir l’ensemble de la population, comment s’étonner que les animaux soient traités comme de la matière première et non comme des êtres vivants méritant une vie et une mort digne ? Comment s’étonner que les conditions de vie et de travail des salariés soient si peu prisent en compte ?

Ce mouvement est largement documenté par les acteurs eux même sur les réseaux sociaux. Nous en avons sélectionné de nombreux extraits et nous entendrons également un entretien réalisé avec un éleveur de brebis du Tarn-et-Garonne, qui à participé au mouvement de colére actuelle. pour que les habitants des grandes villes et de ces banlieues puissent mieux comprendre les raisons de la colère d’une réalité rurale mal connue mais qui souffre des même maux. Nous sommes tous et toutes concernés !

Alors que les actions d’agriculteurs-trices se multiplient contre les abattages liés à la dermatose nodulaire, une colère plus large semble ressurgir. À la croisée d’une crise sanitaire, d’un modèle agricole fragilisé par l’agro industrie et des négociations commerciales avec le Mercosur, le monde agricole pourrait-il replonger dans une mobilisation d’ampleur ? A Bruxelles ils étaient 10000 à converger de toute l’Europe pour s ‘opposer aux traité de libre échange. Leur colère a explosé, la ministre à beau dénoncer l’infiltration de casseurs, c’est prendre les paysans pour des cons et ne pas prendre la mesure des problèmes.

Le capitalisme détruit les petits pour enrichir les gros. Il en est ainsi quand il s’agit de payer leurs guerres et leurs déficits. Les petits paysans sont sacrifiés au profit des grosses exploitations. Les multinationales tuent les artisans et les petites et moyennes entreprises. Des secteurs entiers sont délocalisé, la nature dépecé… A quand une alliance de tous les dépossédés ?

L’abattage des troupeaux est une aberration !

A l’heure où nous écrivons ce texte, la préfecture de l’Ariège ordonne l’abattage de 208 bovins sains, parce qu’une vache du troupeau a été testée positive à la dermatose nodulaire contagieuse, selon le protocole actuellement en vigueur en France et dans l’Union Européenne.

Au prétexte d’endiguer la crise, l’État nous propose une solution aussi simple qu’abjecte : Les tuer toutes !

Un protocole drastique, dont les objectifs réels sont clairs : protéger les exportations. La France est effectivement le premier exportateur d’animaux vivants au monde. Une politique de vaccination totale signifierait l’arrêt des exportations pendant 14 mois. La décision de l’abatage total répond uniquement au maintien du statut « indemne » de la France aux yeux de la communauté internationale et non à une volonté de préservation de santé publique.

Les abattages sans discernement se poursuivent pour sauvegarder les intérêts des grandes filières qui concentrent toujours plus les cheptels, alors que des alternatives ont été proposées pour endiguer la maladie, comme par exemple l’euthanasie uniquement limitée aux animaux malades, avec vaccination, mise en quarantaine et suivi vétérinaire.

Dans le système dans lequel nous vivons, la production agricole doit, comme toutes les autres être rentable. A cette fin, la productivité doit croître : il faut élever plus, sélectionner plus, spécialiser plus, faire plus vite, plus lourd, plus gras… Tout cela en réduisant en permanence « les coûts de productions ». Une course à la productivité, à la « technicité » que le syndicat agricole majoritaire (FNSEA) plébiscite, n’ayant que faire des enjeux sanitaires à long terme, de la vie des animaux, ou de l’impasse dans laquelle nous nous trouverons lorsque nos ressources seront totalement épuisées.

Ce système est responsable de la crise sanitaire que traverse l’élevage.

La sur sélection des animaux les rends plus fragiles, leur concentration dans des fermes toujours plus grosses favorisent la circulation des virus. L’augmentation des flux commerciaux et l’aggravation du réchauffement climatique participent également à la prolifération des épidémies.

Les petit·e·s exploitant·e·s agricoles qui souhaiteraient « produire autrement » se retrouvent aussi embarqué·e·s dans cette course à la production et ses conséquences. Dans ce monde, il s’agit non pas de produire de la nourriture de qualité mais bien de faire du profit pour assurer la rentabilité des entreprises.

Si l’objectif premier du secteur agricole est le profit et pas de nourrir l’ensemble de la population, comment s’étonner que les animaux soient traités comme de la matière première et non comme des êtres vivants méritant une vie et une mort digne ?

Nous ne sommes pas surpris qu’une production régie par les lois de la performance économique se soucie si peu de la vie. Les conditions de vie et de travail des salariés de la production agricoles témoignent aussi de cette réalité.

Aujourd’hui de nombreux agriculteurs et éleveurs sont mobilisés. Certains appartiennent à

des organisations dont nous ne partageons ni les valeurs, ni le projet politique : jamais nous ne crierons d’une même voix. Nous regrettons que la défense de ces animaux ne soit pas corrélée à la défense d’une production dirigée vers la satisfaction des besoins et non des profits.

Salarié·e·s de l’élevage, nous revendiquons un autre rapport à la production, un autre rapport aux animaux.

Une autre agriculture est possible, affranchie des rapports de production capitalistes. S’extraire des logiques de profit et de l’exploitation humaine et animale est la condition sine qua non pour une agriculture qui respecte les vivants : humains et animaux.

Travailleurs et travailleuses de la production agricole, nous battre contre ces logiques mortifères c’est aussi se battre contre les logiques de profit qui régissent notre travail.

Avec les producteurs qui le souhaitent, il nous appartient de penser un futur où les animaux ainsi que celles et ceux qui vivent avec pourront vivre dans la dignité.

Syndicat des Gardien·ne·s de Troupeaux

FNAF CGT s g t c g t . n o b l o g s . o r g

LEPOING
Alors que les actions d’agriculteurs-trices se multiplient contre les abattages liés à la dermatose nodulaire, une colère plus large semble ressurgir. À la croisée d’une crise sanitaire, d’un modèle agricole fragilisé et des négociations commerciales avec le Mercosur, le monde agricole pourrait-il replonger dans une mobilisation d’ampleur ?

« L’État nous respecte pas, nous non plus. ». Le message affiché sur une banderole accrochée ce vendredi 12 décembre à la grille de la sous-préfecture de Lodève ne laisse que peu de doutes. La colère agricole refait surface.

Des actions dans l’Aude, l’Aveyron et l’Hérault

La Coordination Rurale* de l’Hérault menait une série d’actions dans la petite ville visant les deux entrées du bâtiment officiel et le centre des impôts. En soutien aux éleveurs-euses en Ariège victimes d’abattage de troupeaux ayant contracté la dermatose nodulaire.

À Béziers, deux agriculteurs étaient interpellés suite à l’incendie du portail de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), samedi 13 décembre 2025 au matin. Le dispositif de police a été renforcé sur la ville. « Toutes les unités de police BAC, CDI, BST, GSP sont mobilisées et équipées, les brigades en repos sont rappelées », précisent les autorités. Une délégation devait être reçue dans l’après-midi par le préfet de l’Hérault, à Montpellier. Deux ans après l’intense révolte agricole de l’hiver 2023-2024, cette multiplication des blocages présage-t-elle d’une nouvelle flambée de colère ? Les actions se multiplient depuis quelques semaines dans tout le pays contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire. Dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 décembre, des centaines de manifestant-es tentaient d’empêcher la mise à mort d’un troupeau. Une vache y avait été repérée comme contaminée, dans une ferme de Bordes sur Arize en Ariège. Soit le département où les agriculteurs-trices ont le revenu moyen le plus faible, 765 euros mensuels en 2021 selon l’Insee.

D’où d’intenses affrontements avec les forces de l’ordre, déployées par centaines. Ces dernières n’ont pu accéder au troupeau qu’à grand renfort de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement, avec l’appui de blindés de la gendarmerie. Le rassemblement de soutien avait été appelé par la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne**. Avec des appels à soutien du mouvement écologistes Les Soulèvements de la Terre. Des groupes d’extrême droite, comme l’Action française, étaient également présents.

Dans la foulée la Confédération Paysanne lançait ce vendredi 12 décembre un appel à généraliser les blocages. En Ariège, le lendemain, près de 150 agriculteurs-trices coupaient la RN20 qui mène au Pas-de-la-Case en Andorre. Pour un blocage sans limite.

Un blocage est aussi en cours sur l’A64 au niveau de Carbonne, près de Carbonne. «S’il faut rester jusqu’à la Noël, on le fera», promet un jeune ouvrier agricole mobilisé au Figaro. C’est exactement à cet endroit qu’avait commencé le durcissement du mouvement de l’hiver 2023-2024, avec un très long barrage lancé depuis une manifestation toulousaine par un adhérent de la FNSEA***, Jérôme Bayle, fondateur par la suite des « Ultras de l’A64 », dont la liste asyndicale a remporté la chambre d’agriculture de Haute-Garonne en février 2025.

D’autres blocages et manifestations ont eu lieu au Pays Basque, en Aveyron, en Lozère, dans les Bouches-du-Rhône, dans le Doubs…

Un peu avant 18h, toujours ce samedi 13 décembre, le ministère de l’Intérieur recensait 43 actions en cours, rassemblant 2.000 personnes environ. Laurent Nuñez a répété que les forces de l’ordre devaient faire preuve de “souplesse” et de “tact” . Il a également demandé des interventions de la police ou de la gendarmerie en cas de “violences” et “d’exactions”.

Une gestion « plus effrayante que la maladie elle-même »

Le déclencheur de cette agitation est la gestion jugée brutale de la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire. Contacté par Le Poing, Dominique Soulié, de la Confédération Paysanne de l’Hérault, revendique avec son syndicat la fin de la suppression totale des troupeaux dès qu’une ou quelques bêtes sont contaminées, et plaide pour une vaccination élargie sur la base du volontariat. Au niveau national, la Conf’ dénonce une gestion « plus effrayante que la maladie elle-même ».« On sait que l’abattage systématique ne marche pas, la maladie continue à s’étendre. », défend-il. Pour Jean-Marc Sabatier, chercheur au CNRS, « des mesures alternatives existent, dont l’isolement temporaire des animaux malades ou des traitements symptomatiques combinés. » Jean-Marc Sabatier était cité dans une enquête de Marianne au titre évocateur, “Antivax, complotistes, partisans de la biodynamie, fans d’OVNI ou de guérisseurs… Ces scientifiques du CNRS en roue libre”, publiée le 1er juin 2025. Il y était désigné comme “personnage important de la désinformation autour de la vaccination”. Aujourd’hui, quatorze mois sont nécessaires pour regagner le statut «indemne» après le vaccin. « Avant d’être une mesure sanitaire, c’est une mesure économique, pour pouvoir permettre aux exportations de ne pas être bloquées par les normes européennes. », enchaîne Dominique Soulié. La maladie touche désormais quatre départements en Occitanie, poids lourd de l’élevage en France : les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne, où un cas a été annoncé vendredi.

La Coordination Rurale et le Modef**** portent des revendications semblables à celles de la Confédération Paysanne sur la dermatose. Les trois syndicats se retrouvent ensemble sur les rassemblements.

Le gouvernement craint contamination et blocage des exports

« Pour sauver toute la filière, l’abattage est la seule solution » , a estimé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ce samedi 13 décembre au matin. La ministre met en avant une stratégie qui aurait fait ses preuves en Savoie et Haute-Savoie où la dermatose est apparue en France, en juin. Quant à une vaccination générale, elle s’est dite « ouverte au dialogue […] On va commencer par étendre la zone vaccinale, autour des foyers de contamination ». Les pouvoirs publics craignent une contamination à grande échelle du cheptel français. Ou des difficultés à l’export en cas de vaccination large. La dermatose est non transmissible à l’humain, mais peut entraîner la mort des animaux. Jacques Guérin, président du conseil national de l’ordre des vétérinaires, estimait auprès de l’AFP que « si le modèle sanitaire français est mis à mal, l’impact pour la totalité des éleveurs sera terrible », dénonçant par ailleurs des « pressions inacceptables » sur les professionnel-les chargé-es par l’État d’abattre des troupeaux. Annie Genevard devrait échanger prochainement par visioconférence avec des élu-es des zones concernées par les foyers de dermatose.

La FNSEA, alignée sur le gouvernement

La voix dissidente dans le paysage syndical est celle de la FNSEA. Le patron de l’organisation appelle les éleveurs-euses à la « responsabilité » face à la crise, et le syndicat épouse la position du gouvernement, évoquant « un consensus scientifique ». Idée battue en brèche par Jean-Luc Mélenchon, qui déclarait ce samedi 13 décembre que « des institutions scientifiques et professionnelles estiment qu’on peut faire autrement ».

Une crise qui touche un secteur en grande difficulté

La crise de la dermatose touche un secteur où les revenus sont particulièrement bas. Selon l’INSEE, le revenu agricole moyen était en 2021 de 1 910 euros par mois. Avec d’énormes disparités : « 40% sont de grandes entreprises agricoles et font partie des franges économiques de la bourgeoisie et l’élite agricole, viticole, appartient même aux cercles de la grande bourgeoisie. Mais il y a aussi toute une partie à revenus faibles, voire très faibles, malgré un patrimoine qui les distingue des ouvriers, dont ils sont proches culturellement », expliquait au Monde Gilles Laferte, de l’Inrae, en février 2024. Ce dernier parle de « classe populaire à patrimoine ». Selon l’INSEE, le taux de pauvreté des personnes vivant dans un ménage agricole atteignait 16,2 %, contre 14,4 % pour l’ensemble de la population. Et grimpait jusqu’à 25% pour les éleveurs-euses bovins. Géographiquement parlant, Lucien Bourgeois, économiste spécialiste des questions agricoles, situe les plus grandes difficultés dans le Sud et le Sud-Ouest. Les éleveurs-euses de petits cheptels de vaches allaitantes dans le Massif central ou dans les Pyrénées étant parmi les plus modestes.

Selon le « Portrait des professions en 2022 », publié par l’INSEE le 29 avril 2024, les agriculteurs-trices travaillaient en moyenne plus de 54 heures par semaine. La moitié d’entre eux déclaraient travailler le soir, 1 sur 5 de nuit, et près de 9 sur 10 le week-end.

« La politique agricole du moment c’est de tout détruire »

Cette situation résonne avec une autre crise : celle de la viticulture méditerranéenne. Le 15 novembre, une manifestation réunissait 7000 personnes dans les rues de Béziers. Les régions viticoles les plus en difficulté (ex-Languedoc-Roussillon, Sud-Ouest, Bordelais) produisent surtout du rouge. « Le rouge ne se vend plus, les gens veulent du blanc et des bulles »expliquait à Reporterre Sophie Bataillard, 48 ans, vigneronne et porte-parole de la Confédération paysanne dans l’Aude. Le ministère de l’agriculture a annoncé fin novembre une aide de 130 millions d’euros pour financer l’arrachage de vignes. « La Coordination Rurale de l’Hérault, aux côtés des viticulteurs, a dénoncé l’arrachage imposé, la chute des prix et l’inaction des pouvoirs publics face à la crise. »communiquait la CR 34 quelques jours après la manifestation biterroise. « Les producteurs exigent un véritable plan de sauvegarde de la viticulture, le maintien des droits de plantation et des prix rémunérateurs pour vivre dignement de leur travail. » « Près de 15 000 emplois vont être supprimés dans les entreprises autour de la viticulture. », s’insurge Didier Gadéa, viticulteur à Montagnac et président du Modef dans l’Hérault. Thomas Puig, représentant des salariés de la filière viticole au conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, évoquait lui fin novembre 2025 le chiffre approximatif de 35 000 emplois menacés. « C’est un plan social de la viticulture, qui laissera dans la misère de nombreuses familles et villages. De grands groupes comme des groupements de producteurs-trices, des gros-ses propriétaires, des négociant-es, profitent d’opportunités pour continuer de planter et fournir le marché à des prix toujours plus bas, avec l’aide d’argent public. », constate Didier Gardéa.

Le Modef revendique des prix planchers, fixés et garantis par l’État. Mais aussi l’abandon du plan d’arrachage, et des aides à la plantation de cépages résistants. « Comme avec les vaches, la politique agricole du moment, c’est de tout détruire. », rebondit Dominique Soulié de la Confédération Paysanne. Son syndicat ne participait pas à la mobilisation du 15 novembre, en désaccord avec les mots d’ordre portés par le syndicat des vignerons, les Jeunes Agriculteurs, les Vignerons Indépendants et la coopération. « On propose 4000 euros par hectares aux viticulteurs-trices pour l’arrachage, mais à côté de ça on donne des primes pour replanter. Sans perspective. Personne n’a envie de travailler sur ce que pourrait être l’agriculture méditerranéenne de demain »

Une décision sur le Mercosur dans quelques jours

Ces choix nationaux s’inscrivent dans un cadre plus large : celui du libre-échange européen. Les États européens doivent se prononcer, entre le 16 et le 19 décembre, sur la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Pour ce qui pourrait devenir la plus grande zone de libre-échange jamais mise en place par l’UE. Accord contre lequel les agriculteurs-trices français sont très mobilisé-es, avec une opposition syndicale unanime. La France s’oppose à une signature sans garanties. Parmi les exigences : une clause de réciprocité interdisant l’import de produits traités avec des produits phytosanitaires interdits dans l’Union Européenne. « On estime que l’alimentation et l’agriculture devraient être sortis des traités de libre-échange », explique Dominique Soulié pour la Confédération Paysanne. « Et celui-ci est d’autant plus problématique qu’on sait bien que les productions d’Amérique du Sud sont faites selon des normes très différentes, très axées agriculture intensive. » La Coordination Rurale de l’Hérault défend quant à elle des traités bilatéraux plus ciblés. Le texte que les dirigeant-es de l’UE et du Mercosur signeront est en fait un « accord provisoire », qui devra être ratifié par le Parlement européen. Ce processus pourrait être bloqué par deux autres votes parlementaires, qui se tiendront tous deux au cours des premiers mois de 2026. De quoi intensifier les enjeux d’une contestation agricole.

Depuis l’hiver 2023-2024, la donne a changé

Le mouvement de l’hiver 2023-2024 s’était interrompu après l’appel de la FNSEA à lever les blocages. Depuis, les équilibres syndicaux ont évolué. Lors des élections de 2025 aux Chambres d’agriculture, la FNSEA est restée majoritaire mais a perdu une quinzaine de chambres, au profit notamment de la Coordination Rurale et de la Confédération Paysanne.

Le soutien de la Coordination Rurale à la loi Duplomb a laissé un goût amer à plus d’une personne. Mais ces recompositions rendent l’issue d’un éventuel nouveau mouvement d’ampleur particulièrement imprévisible. En attendant, la Confédération Paysanne de l’Hérault appelle déjà à une nouvelle action. Le rendez-vous est à 8h, ce dimanche 14 décembre, à l’espace La Cadoule de Vendargues. Objectif : bloquer le rond point d’autoroute entre Vendargues et Baillargues, toute la journée, voir sur plusieurs jours.

*La Coordination Rurale est le second syndicat d’agriculteurs-trices, regroupant des petits et moyens exploitant-es en situation de fragilité sur le marché des filières de l’agro alimentaire. Elle est très critique du syndicat majoritaire, la FNSEA. De plus en plus de ses cadres affichent leur proximité avec l’extrême-droite. Le syndicat tend à radicaliser sa ligne anti-écolo, dans un contexte où le monde paysan se trouve de plus en plus pris en tenaille entre les aspirations écologiques de la société civile et la crise agricole. Non sans nuances. Serge Zaka, docteur et chercheur en agroclimatologie auquel le média écologiste Reporterre consacrait un portrait en mars 2023, est régulièrement l’invité de discussions organisées par des sections locales de la CR. La CR34 et les membres du parti Les Écologistes se retrouvaient en août pour une discussion sur les enjeux agricoles. Avec des points d’accord, en matière de rejet des mégas-bassines, de lutte contre la bétonisation, de distribution des aides de la PAC, dans la foulée d’actions virulentes menées par le syndicat après des propos de Sandrine Rousseau jugés provocateurs « J’en ai rien à péter de la rentabilité des agriculteurs. », avait déclaré cette dernière interrogée à propos de la loi Duplomb visant à réduire les contraintes réglementaires des agriculteurs-trices pour l’usage des pesticides, adoptée le 8 juillet 2025

**Troisième syndicat agricole, classé à gauche, qui organise des petit-es et moyen-nes exploitant-es, avec une bonne proportion d’exploitant-es en reconversion, souvent attiré-es par la très forte identité agro-écologique mise en avant par l’organisation.

***La FNSEA est le principal syndicat agricole, et revendique 212 000 adhérents-es sur 400 000 exploitant-es. Plus 50 000 chez les Jeunes Agriculteurs, son « antichambre » qui regroupe les moins de 35 ans. Les Jeunes Agriculteurs peuvent suivre une ligne autonome. En 2019 ils remportaient la Chambre d’Agriculture de Guadeloupe avec le Modef, contre la FNSEA. En 2025 sa section corse avait envisagé une alliance avec la Coordination Rurale. La FNSEA syndique des exploitant-es de toutes tailles, inséré-es dans les filières agro-alimentaire, mais défend les intérêts des plus gros-ses. Ce qui est très visible dans sa défense d’une attribution des aides de la PAC à l’hectare plutôt qu’à l’exploitant-e. Elle est dirigée par Arnaud Rousseau, à la tête d’une immense exploitation agricole de plus de 700 hectares. L’homme est aussi président du groupe agro-industriel Avril, qui regroupe Lesieur, Puget. Il est actif dans l’alimentation des animaux d’élevage, les agrocarburants ou encore la chimie des huiles et protéines végétales, et président du Conseil d’Administration de Sofiprotéol, qui finance des crédits aux agriculteurs.trices. La FNSEA est une organisation tentaculaire sans équivalent en dehors de l’agriculture. Elle a un contrôle sur une bonne partie de la presse spécialisée. Elle fournit des services à ses adhérent-es, et est présente dans de nombreux organismes encadrant le monde agricole, comme le Crédit Agricole ou la Sécurité Sociale agricole, la MSA. Si bien qu’on peut y adhérer sur une logique d’un « il vaut mieux en être ».

****Le Mouvement de défense des exploitant-es familiaux, ou Modef, classé à gauche, syndique principalement des petit-es agriculteurs-trices, quel que soit leur mode de production. Tout en défendant une transition écologique. Le syndicat est aujourd’hui affaibli, en dehors de quelques bastions comme les Landes, la Martinique ou la Guadeloupe.

Communiqué d’éleveurs et éleveuses des Soulèvements de la terre

Nous en sommes à 3000 bêtes abattues avec des pressions punitives invraisemblables des pouvoirs publics. Les élevages touchés depuis le début de l’épidémie sont sacrifiés, non pas en raison d’une rationalité sanitaire (il existe des stratégies alternatives d’endiguement de l’épidémie), mais pour maintenir le statut commercial dit “indemne” de la Ferme France et ainsi préserver les intérêts financiers des exportateurs. Ce que ne saisit pas la froide logique bureaucratique, c’est qu’un troupeau n’est pas “substituable” : la perte n’est pas seulement celle d’un outil productif qu’on pourrait remplacer une fois le foyer “éteint”. Le troupeau et sa lente sélection, construction, sur plusieurs générations, est ce qui fait la singularité quasi artisanale du métier d’éleveur, que rien ne viendra remplacer. La destruction intégrale d’un troupeau est l’anéantissement des décennies de travail paysan et de compagnonnage sensible avec ses bêtes.

Nous, éleveurs et éleveuses de la Coordination agricole des Soulèvements de la Terre, appelons à nous opposer et à mettre fin à cette aberration, par tous les moyens nécessaires et adéquats, et à rejoindre les blocages organisés partout à travers le pays.

Aux dirigeants du syndicalisme prétendument majoritaire qui nous accuseraient d’être “irresponsables”, nous répondons que l’irrationalité sanitaire n’est pas du côté de ceux qui résistent de toutes leurs forces aux massacres de leurs troupeaux.

Aux dirigeants de la FNSEA qui nous appellent à la « responsabilité », nous répondons que l’irresponsabilité sanitaire est dans le choix répété de tout miser sur les marchés mondiaux. Les conséquences économiques à court terme d’une gestion raisonnable de l’épidémie, mettant en risque l’exportation massive de bétail, devrait être une occasion de repenser notre modèle agricole . Tenir ceux qui résistent de toutes leurs forces aux massacres de leurs troupeaux pour responsables des folies de l’agro-industrie est aussi indécent que scandaleux.

Le refus des autorités de mettre en place, au-delà des mesures de “dépeuplement” qui commencent à démontrer leur inefficacité, de réelles mesures préventives à la catastrophe sanitaire qui se profile avec le retour en masse après l’hiver des insectes hématophages, vecteurs de la maladie, met en danger la totalité des troupeaux du pays. Il y a urgence à rendre possible le déploiement des protocoles sanitaires alternatifs proposés par de larges pans de la profession agricole : travail sur l’immunité collective des animaux, surveillance renforcée, euthanasie des seuls animaux souffrants « pour abréger leur souffrance », positifs à la DNC, campagne de vaccination élargie et accessible à l’ensemble des fermes qui le souhaitent…

L’entêtement du gouvernement, l’inflexibilité du ministère de l’agriculture et des dirigeants de la FNSEA sont incompréhensibles si on ne saisit pas combien il ne s’agit pas là de politique sanitaire mais d’une arme du libre-échange, et combien c’est l’ensemble des dispositifs de gestion par les normes étatiques de la production animale qui s’appuient sur le “dépeuplement” comme arme de police administrative. Reculer à cet endroit ne serait pas seulement, pour le pouvoir, contraire aux intérêts des notables de la Fédération Nationale bovine, mais fragiliserait toute l’architecture du maintien de l’ordre dans nos campagnes. Il faut rappeler que le funeste destin de la fermeture administrative et du dépeuplement est ce qui, aujourd’hui, menace les élevages paysans et la polyculture élevage toute entière (en particulier l’élevage plein air de volailles et de porcs), pour lesquels il est le plus souvent impossible de se mettre en conformité avec des normes biosécuritaires taillées pour les filières industrielles : rappelons nous que de simples “non-conformités” aux règlementations en matière de biosécurité, de traçabilité et d’identification animales peuvent et ont déjà entraîné par le passé des abattages de cheptel, et nous comprendrons la centralité politique d’un tel dispositif. La remise en cause du dépeuplement comme arme souveraine du complexe agro-industriel pour mettre au pas les fermes et les pratiques faisant obstacle à son hégémonie et à ses intérêts ouvre ainsi aussi une brèche, une fenêtre de tir stratégique pour s’attaquer aux emprises bureaucratiques commandées par une rationalité industrielle et mercantile qui n’admet ni menace ni altérité.

La révolte en cours a lieu dans un réel contexte extrêmement inquiétant de démultiplication d’épizooties et de zoonoses dont l’émergence et l’expansion sont largement provoquées par des ravages environnementaux qui font tomber une à une les barrières écologiques qui constituent des freins à de telles pathologies (fièvre catarrhale ovine, maladie hémorragique épizootique, tuberculose bovine, dermatose nodulaire contagieuse, salmonelles, influenza aviaire, peste porcine africaine…). La destruction des écosystèmes, en éclatant les barrières inter-espèces, induit une prolifération de zoonoses, de sauts des pathogènes entre les espèces… L’appauvrissement de la biodiversité domestique fait également tomber un certain nombre de barrières immunitaires … Le réchauffement climatique est en grande partie responsable de l’expansion des maladies vectorielles (contre lesquelles les solutions d’éradication totale des insectes vecteurs demeurent des vues de l’esprit)… La concentration animale, l’hypersegmentation des filières et l’augmentation des flux industriels et internationaux d’animaux, où on passe constamment d’une unité spécialisée à une autre, avec des sites éloignés géographiquement, jouent comme des catalyseurs et accélérateurs pour l’expansion des maladies… De manière connexe, l’effondrement des populations de petits gibiers au profit de quelques espèces généralistes conduit les sociétés de chasse à se “spécialiser” dans le gros gibier (notamment le sanglier) qui devient lui-même l’objet d’un élevage “de masse” qui ne dit pas son nom, entraînant des surpopulations (les populations de sangliers ont été multipliées par 5 en 20 ans) impliquant des problèmes sanitaires dans les élevages (Peste Porcine Africaine, Brucellose…)…

Les politiques biosécuritaires d’Etat, se réduisant à de pures opérations de police, font indûment peser l’entièreté de la responsabilité des risques sanitaires sur les exploitations individuelles pour éviter une remise en cause du système de production industrielle, ce qui revient à invisibiliser la dimension socio-écologique et systémique de ces épizooties. Il n’y aura pas de salut sanitaire pour nos fermes sans une massification de l’agroécologie paysanne et sans reprise en main par les producteurs et restructuration des filières d’élevage.

Nous appelons ainsi à rejoindre et renforcer les blocages et actions organisés par nos camarades de la Confédération paysanne. La gravité et l’urgence de la situation nous fera peut-être nous tenir aussi aux côtés des adhérent-es de la Coordination rurale. Nous ne comprenons que trop et nous partageons la colère de ceux qui ne veulent plus qu’on les « laisse crever » en silence. Mais il est important de clamer que le poison identitaire que les dirigeants de la Coordination rurale inoculent dans les campagnes, en nous rendant aveugles aux désastres écologiques et sociaux qui s’amoncellent autour de nous, nous condamne à moyen terme aussi sûrement que la FNSEA.

La longue agonie de la classe paysanne ne s’arrêtera pas par la dérive corporatiste et la fuite en avant dans l’intensification productiviste et par la recherche frénétique de nouvelles armes compétitives dans une guerre commerciale internationale perdue d’avance. Seule une politique d’autonomie paysanne et de souveraineté alimentaire articulée à un vaste mouvement social de masse, à une alliance des classes populaires contre le complexe agro-industriel et le libéralisme autoritaire, nous permettra de tirer le frein d’urgence et d’interrompre la marche forcée vers notre disparition.

Les éleveurs et éleveuses de la coordination agricole des Soulèvements de la Terre

Dermatose Nodulaire Contagieuse : l’abattage systématique, symptomatique d’une agriculture industrielle

jeudi 24 juillet 2025

Depuis quelques jours, l’État impose l’abattage systématique de troupeaux entiers de bovins là où un cas de dermatose nodulaire contagieuse est détecté. Cette maladie se transmet aux animaux par des insectes (taons, mouches) et peut impacter la production et la compétitivité de « la Ferme France » mais elle ne présente aucun risque pour les humains. On ne peut que constater que le « principe de précaution » est une nouvelle fois appliqué selon une géométrie variable, au moment même où les parlementaires et le gouvernement cherchent à réintroduire via la loi Duplomb des pesticides parmi les plus dangereux pour la biodiversité, les agriculteur·ices et la population.

Comme le rappelle notamment la Confédération Paysanne, d’autres stratégies de lutte contre cette épizootie sont possibles : l’abattage ciblé des animaux malades couplé à une politique vaccinale ont donné de très bons résultats ailleurs. La méthode privilégiée par les autorités, l’abattage systématique, vient en fait illustrer comment pandémies animales et élevage industriel sont liés, pour le plus grand malheur des paysan·nes.

En 2020, quelques jours à peine avant que la Covid-19 et les mesures de confinement ne balaient le débat public, l’ONG GRAIN publiait un dossier intitulé « L’élevage industriel sous l’emprise des pandémies en série » : une étude de cas sur la vague de peste porcine africaine (PPA) montrant comment les fermes-usines et le commerce mondialisé de viande industrielle furent les principaux vecteurs de diffusion des maladies en Russie et en Europe de l’Est, et comment les multinationales de la viande ont profité des mesures radicales de lutte qui frappèrent la paysannerie [2].

Ici, en France, la situation peut sembler différente, l’abattage préventif se « limitant » aux cheptels où un cas est identifié. Mais une même logique sous-tend ce type de stratégie sanitaire : la considération des troupeaux comme un simple « capital » substituable par un autre. Des têtes de bétail pourraient remplacer celles abattues, sous réserve que les compensations financières soient à la hauteur. Le troupeau est-il d’une génétique particulièrement recherchée ? Il suffit dès lors de valoriser cela à la hauteur de l’investissement effectué, comme pour toute autre technologie.

Cette logique d’économiste, qui raisonne selon un principe d’interchangeabilité en fonction d’une valeur marchande, méprise la réalité de l’élevage paysan. Elle ignore le rapport sensible de l’éleveur ou de l’éleveuse à ses bêtes, elle balaie le patient travail de sélection d’un troupeau : elle considère des vaches comme de simples « unités gros bovins » remplaçables par d’autres, dès lors que l’État ou une assurance privée verserait une indemnité compensatoire.

Nous sommes en 2025 et il faut le rappeler plus que jamais : tout ne se compense pas. Lorsqu’un paysan ou une paysanne perd l’intégralité de son troupeau, c’est le résultat d’années de travail et de passion qui part dans les fumées de l’entreprise d’équarrissage. C’est le sens même accordé à cette activité qui est traité avec un mépris technocratique. Et c’est souvent une vie professionnelle mais aussi intime qui se brise, et une ferme de plus qui part à l’agrandissement.

Cette « crise dans la crise » survient au moment-même où des chiffres officiels [3] viennent confirmer une fois de plus l’effondrement de l’élevage bovin en France : le ministère de l’Agriculture estime en effet que 17 % de fermes laitières et 9 % d’élevages de vaches allaitantes ont disparu entre le recensement de 2020 et l’enquête « Structures » de 2023 – et encore, sans compter toutes les petites fermes considérées comme des « micro-exploitations ». Des fermes en moins et, malgré la concentration croissante des exploitations, une diminution du cheptel : respectivement -6 et -7% en seulement trois ans.

En se bornant à procéder à de l’abattage systématique, les autorités font une fois de plus le choix de sacrifier des paysannes et des paysans, et leurs savoir-faire, sur l’autel de la compétitivité agricole industrielle.

En Haute-Garonne, la crise épidémique réveille le profond malaise du monde agricole

Les agriculteurs du département bloquent depuis vendredi 12 décembre une portion de l’autoroute entre Toulouse et Tarbes. La contestation du protocole d’abattage de bovins mis en place pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse est la partie immergée d’un iceberg de colères et d’inquiétudes face à l’avenir.

Emmanuel Riondé 13 décembre 2025 à 19h48

Carbonne

Carbonne  (Haute-Garonne).– Au lendemain de l’abattage de 207 vaches aux Bordes-sur-Arize (Ariège), un nouveau troupeau de bovins a été entièrement abattu samedi 13 décembre au matin à Touille (Haute-Garonne). La veille, la préfecture avait fait savoir en fin d’après-midi, par communiqué, qu’un foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) avait été détecté dans le département.

Peu avant, la sortie 27 de l’autoroute A64, à Carbonne, entre Toulouse (Haute-Garonne) et Tarbes (Hautes-Pyrénées), était bloquée dans le sens Toulouse-Tarbes, par près de 200 agriculteurs. C’était déjà le point de fixation lors de la mobilisation du monde agricole en janvier 2024. Depuis, la vallée de la Garonne est aux avant-postes de la crise de la DNC. Des Pyrénées-Orientales aux Landes, tous les départements du Sud-Ouest sont en zones réglementées et vaccinales.

Samedi matin, il est 9 h 30 et quelques dizaines de paysans sont toujours là. Un feu, un point « café/croissant/chocolatine », un braséro, un sapin de Noël planté sur un coin de remorque. Et 38 tracteurs alignés en deux files pour bloquer l’autoroute, également barrée par un mur de balles de paille sur lequel a été tendue une bâche noire qui donne le ton : « Ici continue le pays de la résistance agricole », peut-on y lire.

Le terme « continuité » est certainement le plus juste pour décrire ce qui se passe à Carbonne samedi matin. Bien sûr, l’étincelle de la mobilisation a été le protocole d’abattage mis en place par l’État pour contrer le développement de la DNC dans les élevages. Ici, la stratégie adoptée en haut lieu exaspère et révolte. « Aujourd’hui, si on détecte un cas de DNC, on abat toutes les bêtes en contact au motif que c’est une maladie très contagieuse », déplore Bertrand Loup, éleveur d’une cinquantaine de vaches limousines.

Et de poursuivre : « Ça aurait pu être efficace au tout début, en juin, quand ce n’était que sur une commune, mais là, la maladie avance plus vite que le protocole. » Bertrand Loup, lui, prône une vaccination massive, « plus aucun transit de bêtes le temps que le vaccin fasse son effet » et « uniquement du cas par cas pour l’abattage »« On abat des bêtes qui ne sont pas malades et qui sont comestibles », enrage aussi Guillaume, 47 ans, qui élève 230 brebis, une vingtaine de vaches Aubrac, une dizaine de chèvres et une trentaine de porcs.

Colère contre les autorités

L’éleveur estime que l’« on peut les soigner, on a les vaccins, il faut les sortir comme on l’a fait pour la maladie hémorragique épizootique [MHE touchant bovins, cervidés et ovins – ndlr] et la fièvre catarrhale ovine, c’est tout ». Théoriquement, la DNC ne touche que les bovins, mais comme nombre de ses collègues, Guillaume considère que les autorités ne maîtrisent pas le sujet. « Ils disent que c’est un moucheron qui transmet, mais qu’en sait-on ? C’est comme le covid ou la grippe pour nous… D’où ça arrive ? », questionne-t-il.

Cédric Baron, 46 ans, est céréalier et éleveur de 60 vaches limousines, « 60 mères, ça fait 120, 130 bêtes à peu près », précise-t-il. « Quand on voit un cas, il faut l’euthanasier bien sûr, mais de là à abattre tout le troupeau, souffle-t-il. Il faut mettre l’élevage en quarantaine. On va pas décimer tout le cheptel français ! L’État n’a pas été assez réactif dans ce dossier, les vaccins ont trop tardé. »

La gestion par l’État de la crise épidémique dans les élevages fracture le monde agricole

Après des mois de tensions autour de la stratégie ministérielle d’abattage des troupeaux en cas de découverte de cas de dermatose nodulaire contagieuse bovine, des blocages sont annoncés partout en France à l’appel de plusieurs syndicats agricoles.

Marion Briswalter

13 décembre 2025 à 10h56 Mediapart

La  colère d’une partie du monde agricole s’exprime à nouveau dans la rue près de deux ans après le malaise agricole d’ampleur qu’avait exprimé la profession. Des appels « à des blocages partout en France » ont été lancés vendredi 12 décembre par la Confédération paysanne et la Coordination rurale pour protester contre l’abattage de l’intégralité des troupeaux d’une ferme en cas de découverte d’un ou plusieurs cas de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNCB), maladie virale fortement contagieuse, invalidante et mortelle dans 10 % des cas.

Les éleveurs et éleveuses en colère souhaitent toujours « un changement de protocole sanitaire » consistant notamment en une généralisation de la vaccination préventive en France, afin d’éviter l’euthanasie des animaux exempts de symptômes. Au 9 décembre, 108 foyers de contagion étaient détectés dans sept départements de l’est et du sud-ouest de la France.

Une option qui n’est pas retenue dans l’immédiat par la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. Cependant, face à une convergence assez rare de l’ensemble des syndicats agricoles dans le Sud-Ouest et à la suite d’une forte montée en tension dans les fermes, la ministre a annoncé vendredi le « renforcement dans les meilleurs délais du dispositif d’indemnisation » des éleveurs et éleveuses visé·es par l’abattage de leurs troupeaux.

Annie Genevard a aussi consenti à élargir la zone de vaccination obligatoire à l’ensemble du Sud-Ouest, c’est-à-dire dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, le Gers, la Haute-Garonne, l’Aude, les Hautes-Pyrénées, l’Ariège et les Pyrénées-Orientales. Ce renforcement du protocole a été couplé à une interdiction généralisée du déplacement des animaux, sauf vers un abattoir, hors des zones réglementées.

Manque de connaissances

Jusqu’à présent, les déplacements d’animaux depuis des zones réglementées étaient autorisés sous conditions. Selon les données scientifiques, la vitesse de déplacement de l’infection est favorisée, et peut atteindre « quinze kilomètres par semaine », lors de mouvements de veaux, vaches ou bœufs porteurs sains et chez qui l’infection n’avait pas été détectée.

La stratégie ministérielle engagée depuis l’apparition des premiers cas en Savoie cet été, et soutenue par l’Ordre national des vétérinaires, consistait à créer un « anneau vaccinal » autour des clusters, c’est-à-dire à engager une surveillance et une vaccination d’urgence ultra-localisées des cheptels dès lors qu’un foyer de DNCB était mis en évidence. Mais désormais, l’arc pyrénéen dans son ensemble apparaît tel un rempart à une éventuelle remontée de l’épidémie vers le Centre-Ouest où la densité des élevages bovins atteint des niveaux inégalés ailleurs en France.

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Épidémie de dermatose bovine : l’écœurement d’éleveurs face au « sacrifice nécessaire » de leurs bêtes

14 août 2025

« Depuis plus d’un mois, la profession demandait l’élargissement de la vaccination pour l’ensemble des départements [pyrénéens] », a tempêté par communiqué de presse, vendredi 12 décembre, la Confédération paysanne. Au-delà, la demande d’une généralisation de la vaccination préventive dans l’ensemble du cheptel français, à l’image de ce qui a déjà été engagé en Corse ces derniers mois, est devenue une nouvelle ligne de démarcation dans le monde agricole.

De son côté, le réseau composé des Jeunes Agriculteurs, de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), de la fédération nationale bovine (FNB) et de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) fait bloc autour de la ministre. Et assure depuis plusieurs mois avoir « pris ses responsabilités » en n’entravant pas les campagnes d’euthanasie pilotées par les autorités sanitaires, et « en écoutant et suivant les recommandations scientifiques qui guident les mesures de gestion de la maladie prises par l’État ».

Vendredi 12 décembre, en conférence de presse, le président du groupe agroalimentaire Avril et président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a enfoncé le clou : « À ce stade, l’abattage total est la meilleure solution […] c’est ce que nous disent les scientifiques dans un consensus européen. »

En réalité, la situation est complexe. Détectée en 1929 dans des troupeaux en Zambie, la dermatose nodulaire contagieuse bovine s’est propagée ces dernières décennies hors du continent africain et a fini par gagner les élevages du sud-est de l’Europe à partir de 2015. Face au rapprochement du front épidémique, la direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’agriculture avait saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) au printemps 2016 lui demandant d’« évaluer le risque de contamination pour la France » et d’estimer « la taille d’une banque de vaccin » qu’il serait nécessaire de constituer en cas de crise.Si la vaccination n’est pas conseillée, elle s’avère être le seul moyen de contrôle efficace de la progression de la maladie.

Rapport d’expertise collective réalisé par l’Anses en 2017

 publié en 2017 commence à dater mais demeure pourtant le seul référentiel robuste et référencé sur le site de l’Anses. Avec prudence, et soulignant le peu de recul et de connaissances accumulées en Europe tant sur les vaccins disponibles que sur les modalités de contamination, un collège d’expert·es avait ainsi discuté des différents protocoles envisageables.

Le groupe avait préconisé la « vaccination » dans les zones contaminées, « seul moyen permettant de contrôler l’évolution », mais également dans les zones indemnes. « Si la vaccination n’est pas conseillée, elle s’avère être le seul moyen de contrôle efficace de la progression de la maladie en situation épizootique préconisé par l’Union européenne pour autant que le vaccin présente des garanties suffisantes d’innocuité et d’efficacité », indiquait-il. Prenant en exemple la Mayenne, qui concentre la plus forte densité de bovins en France, les expert·es avaient estimé que plus de 900 000 doses de vaccin seraient nécessaires pour atteindre en deux semaines un bon taux de couverture vaccinale.

Peur pour les exportations

Le 27 février 2020, le quatrième et dernier rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) consacré à cette thématique et disponible en ligne concluait à l’absence de résurgence en 2019 de clusters en Europe du sud-est, à la suite notamment d’une campagne de vaccination transnationale « de masse » (« supérieure à 70 % »), « coordonnée » et « soutenue par la Commission européenne ».

Un an plus tôt, l’Efsa estimait déjà « que le programme de vaccination et les autres mesures de contrôle mises en place [avaient] permis de stopper l’épidémie »« La vaccination massive du bétail à l’aide de vaccins homologues vivants figure clairement comme la politique de contrôle la plus efficace, indiquait l’autorité. Néanmoins, il existe des preuves que le virus reste présent et que les bovins non immunisés restent à risque, même dans des zones à couverture vaccinale relativement élevée. »

C’est aussi ce à quoi concluait le bulletin épidémiologique santé animale et alimentation de janvier 2018 réalisé par l’Anses et la direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère en charge de l’agriculture : « On peut considérer que la vaccination, dont la couverture a fini par être très large dans les pays européens touchés, a grandement contribué à la quasi-extinction de l’épizootie. »

Une maladie très contagieuse, qui circule activement dans la partie orientale du continent depuis dix ans.

Cependant une généralisation de la vaccination à l’ensemble du territoire national demande une logistique colossale. Et mettrait en péril les exportations françaises de viande et de lait ce qui induirait, comme l’a expliqué Le Monde, que « pendant quatorze mois après la vaccination », la France serait « soumise à des exigences sanitaires supplémentaires pour les échanges commerciaux, voire à un arrêt total des exportations suivant les pays destinataires ».

C’est là, l’un des forts enjeux de la crise agricole en cours. Il faut « prévenir toute perturbation inutile des échanges dans l’Union et éviter que des pays tiers n’imposent des entraves injustifiées aux échanges commerciaux », exprimait déjà au mois d’août la Commission européenne, dont on peine toutefois à cerner l’amorce d’une vraie réflexion autour de cette maladie très contagieuse, qui circule activement dans la partie orientale du continent depuis dix ans.

« Deux pays ont marqué leur accord pour recevoir, sous conditions, des bovins depuis la zone vaccinale », a d’ores et déjà annoncé vendredi le ministère de l’agriculture pour tenter d’apaiser la filière. Il s’agit de l’Italie, l’un des partenaires commerciaux privilégiés de la France, et de la Suisse. « La France poursuit ses négociations avec ses autres partenaires commerciaux, afin d’obtenir l’accord d’autres pays », a affirmé le ministère. Marion Briswalter

Indignons-nous, Bloquons tout : 15 et 16 novembre

A l’occasion de l’anniversaire du mouvement des gilets jaunes, et, suite aux dates de mobilisation de ce début d’année, notamment avec la date du 10 septembre, un week-end composé de plusieurs rendez-vous est organisé pour les dates du 15 et 16 novembre. Afin d’appeler à cette initiative, nous vous diffusons une partie des prises de paroles réalisées lors de l’évènement de PEPS ( pour une écologie populaire et sociale) du 7 novembre dernier, au Baranoux, intitulé ” En quoi les gilets jaunes avaient il raison?”, dans un montage qui alterne parole et lecture des tracts qui appellent a cette initiative.

NON A l’ACCORD UE-MERCOSUR

Le 14 octobre 2025, la confédération paysanne et de nombreuses associations et collectifs appelaient à une manifestation pour s’opposer à l’accord de libre échange Union européenne (UE) et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Vous allez pouvoir entendre les interventions faites lors de cette manifestation qui a rassemblé un millier de personnes et quelques tracteurs. L’occasion de mieux comprendre les enjeux de ces accords aussi bien pour les paysans français que sud américain.

Le 3 septembre 2025, la Commission Européenne a ouvert la voie à l’adoption de l’accord UE*Mercosur* et de l’accord UE*-Mexique. Cela s’inscrit dans la lignée de politiques de libéralisation des marchés, notamment agricoles. A travers cette lutte contre l’accord UE*-Mercosur* et autres accords de libre-échange, c’est bien l’avenir de notre modèle agricole et alimentaire qui est en jeu. C’est une énième attaque à la souveraineté alimentaire des peuples et à la nécessaire protection du revenu des travailleurs et travailleuses. C’est l’occasion de remettre en cause structurellement ce système économique libéral et de sortir l’agriculture et l’alimentation de la logique des marchés.

Ce combat dépasse le seul secteur agricole et le seul enjeu d’une alimentation de qualité : c’est un enjeu de société global tant sur les enjeux socio-économiques que climatiques.

Notre mobilisation collective le 14 octobre sera l’occasion de clamer haut et fort dans les rues de la capitale qu’il est impératif d’enfin placer les enjeux de rémunération du travail, de droits humains, de santé publique, de bien-être animal, d’accès à une alimentation de qualité et de préservation de l’environnement, devant les intérêts financiers poursuivis par ces accords de libre-échange.

Nous, paysan.nes, syndicalistes, responsables d’organisations de solidarité internationale et de protection de l’environnement, scientifiques, artistes, citoyen.nes, appelons à une mobilisation massive paysanne et citoyenne sur Paris le 14 octobre, à 12h esplanade des Invalides, pour exiger la régulation des marchés internationaux et dénoncer la logique du libre-échange qui délocalise nos productions et tire vers le bas les normes sociales et environnementales.

Ce 14 octobre est aussi la date du procès de deux camarades paysans poursuivis suite à une action syndicale de la Confédération paysanne au Grand Palais pour dire stop à la spéculation lors de la Bourse européenne de commerce. Cette répression militante et syndicale est scandaleuse. Nous exprimerons notre solidarité lors de notre mobilisation du 14 octobre. 

Cette manifestation s’inscrit pleinement dans le mouvement social engagé depuis la rentrée contre l’austérité budgétaire et se construit en totale solidarité avec les populations des pays du Sud, victimes aussi des accords de libre-échange.

Le 14 octobre doit être une date charnière pour revendiquer un droit au revenu paysan, une protection de notre agriculture et alimentation vis-à-vis des logiques de marché et la mainmise des multinationales.

Le 14 octobre doit être une date phare pour la mise en place d’une réelle démocratie alimentaire et le soutien à un modèle agricole qui protège l’avenir des générations futures et de notre planète.

Le 14 octobre, stoppons ensemble l’accord UE*-Mercosur* et tous ces autres accords de libre-échange.

Ensemble, exigeons la régulation des marchés !

Nous appelons l’ensemble des paysan.nes français à se soulever contre ces politiques ultralibérales appliquées au secteur agricole et à monter sur Paris le 14 octobre pour manifester dans les rues de Paris.

Nous appelons l’ensemble des travailleuses et travailleurs à se mobiliser pour défendre la juste rémunération du travail via un commerce international équitable.

Nous appelons l’ensemble des organisations soucieuses des enjeux de solidarité internationale, de démocratie, de protection de l’environnement et de la santé publique à faire front commun contre ces accords de libre-échange qui enterrent toute velléité de politique publique de justice sociale et climatique, de relocalisation et de transition écologique.

Nous appelons l’ensemble des citoyen.nes français, soucieux de soutenir les agricultrices et agriculteurs français et une alimentation de qualité, de rejoindre la mobilisation du 14 octobre. 

Nous appelons toutes celles et ceux qui veulent dénoncer la primauté du marché dans des domaines essentiels de notre vie : alimentation, santé, logement, éducation, culture, transports… à investir la capitale.

PREMIERS SIGNATAIRES :

  • Alliance Écologique et Sociale
  • Syndicats de salarié.es : FSU, SNICS-FSU, SNETAP-FSU, Union syndicale Solidaires, CGT, URIF-CGT
  • Organisations pour une économie équitable : AITEC, Collectif Stop CETA Mercosur*, ATTAC France, Commerce Équitable France, Max Havelaar France, Fédération Artisans du Monde, Eko
  • Organisations environnementales : Amis de la Terre France, Générations Futures, Agir pour l’environnement, Greenpeace France, Combat Monsanto, France Nature Environnement, ANV-COP* 21, Alternatiba
  • Organisations citoyennes : Les Ami.es de la Conf’, Terres de Luttes
  • Organisations de solidarité internationale : ISF-Agrista, CRID, Amis du Mouvement des Sans Terre du Brésil, Autres Brésils
  • Organisations de consommateurs : Foodwatch France, Bioconsomm’acteurs
  • Organisations de bien-être animal : Welfarm
  • Organisations paysannes et rurales : FADEAR, Pôle INPACT, Atelier paysan, Chrétiens dans le monde rural, MRJC, Modef*, OPAM, GRAGE, UPG
  • Organisations étudiantes : Agros en lutte

Mobilisation contre le projet de méga canal seine-nord europe: manifestation du 11 octobre 2025

Dans l’émission de ce jour, ont vous emmène en Picardie. De Compiègne à Aubencheul-au-Bac, les pelleteuses s’affairent sur le « chantier du siècle ». Les arbres tombent, des rivières sont détournées, les zones humides saccagées.

C’est qu’il faut vite creuser, sur 107 km, un canal pour raccorder la Seine aux grands ports d’Anvers et de Rotterdam : le pharaonique canal Seine-Nord Europe. Pour faire advenir le tant désiré chaînon manquant du fret européen, la Société du canal Seine-Nord Europe, présidée par le chef de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui ne se refuse rien : huit milliards d’argents publics sur la table et des millions de m3 d’eau et de terres englouties au service d’intérêts privés.

Depuis un an, la lutte s’ancre et s’intensifie tous azimuts : À peine commencés, les travaux prennent déjà du retard. Contre la logistique du désastre, l’heure de la riposte a sonné. Les Soulèvements de la terre et Extinction Rébellion se joignent au collectif Méga Canal Non Merci pour une mobilisation nationale cet automne en Picardie, contre les ravages de l’empire logistique sur le bassin versant de la Seine – les Soulèvements de la Seine. Les 10-11-12 octobre 2025, une mobilisation, c’est tenu, près de Compiègne, à Thourotte.

Dans cette heure d’émission, nous serons dans la manifestation du samedi 11 octobre 2025, qui partait près de la gare de Thourotte pour se rendre à proximité du chantier.

Pêle-mêle, nous entendrons les prises de parole et entretiens, notamment avec le matelot d’une péniche, qui nous parlera de sa réflexion sur ce projet, les associations venues en soutien, comme le collectif pour le triangle de Gonesse et nous serons également sur l’action contre le chantier du méga-canal Seine-Nord Europe.

Mobilisation du 14 octobre 2025 à Paris, en Belgique et partout dans le monde

Dans cette émission, vous pourrez entendre Benjamin de la commission international Bloquons tout sur la mobilisation du 14 octobre à Paris. Puis Jacques Chastaing qui nous fera un tour d’horizon des luttes dans le monde. Puis, vous entendrez Stéphane Galais porte-parole de la confédération paysanne, sur la mobilisation du 14 octobre à Paris contre les traités de libre échange du MERCOSUR puis Samy installé en Bolivie.

Manifestation nationale – 14 octobre en Belgique

Avec son accord d’été, le gouvernement réduit encore la Sécurité sociale, les droits sociaux, notre pouvoir d’achat et donc les perspectives d’avenir de la population. Par contre, il a trouvé de l’argent pour acheter plus de drones et d’avions de chasse !

Le mouvement se poursuit contre la casse sociale de l’Arizona. Nous voulons :

  • des pensions dignes et le retrait du Malus Jambon ;
  • des emplois de qualité et pas des contrats bidons ;
  • plus de pouvoir d’achat, le maintien de l’indexation automatique, des services publics refinancés ;
  • une réforme fiscale qui fasse davantage contribuer les plus riches ;
  • le respect des droits fondamentaux dont les droits syndicaux ;
  • une politique ambitieuse pour la transition vers une société sans carbone respectueuse de l’environnement et des travailleurs/euses ;
  • la reconnaissance de l’État palestinien et des sanctions sévères contre Israël.

Rendez-vous le 14 octobre à partir de 10h à Bruxelles pour une manifestation nationale en front commun syndical

Le 14 octobre à Paris, bloquons ensemble avec la confédération paysanne contre l’accord UE-Mercosur !

Pour stopper l’accord de libre-échange UE-Mercosur, la Confédération paysanne appelle largement l’ensemble des paysan·nes, encartés ou non, les organisations citoyennes de solidarité internationale, de protection des consommateur·rices, de défense de l’environnement, les syndicats de travailleur·euses, les pétitionnaires contre la loi Duplomb, les citoyen·nes à monter sur Paris pour manifester, tracteurs en tête, le mardi 14 octobre, à 12h esplanade des Invalides.

Tous les accords de libre-échange sont à refuser, clause de sauvegarde ou non. Ils sont catastrophiques pour l’avenir de nos élevages et de nos fermes et pour la qualité de notre alimentation. Ils sapent aussi notre démocratie, empêchant toute initiative politique publique de justice sociale, de relocalisation et de transition. Nous exigeons donc la régulation des marchés et un commerce international équitable qui placent enfin les enjeux de revenu paysan, de souveraineté alimentaire, de droits sociaux, de protection de l’environnement devant les intérêts financiers des multinationales.

C’est cet appel à une stratégie enfin gagnante contre le libre-échange que nous allons porter cet après-midi en audition à l’Assemblée nationale sur l’accord UE-Mercosur. Au-delà des discours de façade, nous espérons que les parlementaires et les autres syndicats agricoles seront prêts à poser enfin les bases d’un front de lutte solide contre le libre-échange qui participe à la délocalisation de notre agriculture et à la fragilisation de notre revenu.

Les contradictions profondes actuelles des dirigeants de la FNSEA et de la Coordination Rurale autour des normes empêchent une réelle stratégie gagnante contre les accords de libre-échange. Les dirigeants de la FNSEA orchestrent une stratégie volontairement perdante, du fait de leurs propres intérêts à maintenir ce système économique injuste. Faut-il en effet leur rappeler qu’il n’est pas possible d’un côté de revendiquer de protéger notre agriculture, et de l’autre côté de pousser des mesures accélérant la course à la compétitivité sur les marchés mondiaux : ré-autorisation de pesticides interdits, agrandissement et concentration capitalistique des exploitations, déréglementation des OGM, détricotage des droits sociaux, développement des méga-bassines, soutien à d’autres accords de libre-échange… Cette posture contradictoire est d’une hypocrisie sans nom qui mène le monde agricole dans le mur. Comment allons-nous rivaliser avec des pays où le salaire minimum avoisine un euro l’heure ? Devrons-nous autoriser à nouveau les antibiotiques comme activateurs de croissance ? Devrons-nous supprimer le SMIC en France ?

Les décideurs politiques doivent aussi avoir le courage de la clarté : vouloir abaisser nos normes pour se battre sur les marchés mondiaux, comme avec la loi Duplomb, ou protéger un modèle agricole et alimentaire de qualité et donc réguler les marchés.

Le 14 octobre, deux camarades seront jugés suite à notre action syndicale du 5 décembre 2024 au Grand Palais lors de la Bourse européenne du commerce, pour dénoncer la spéculation sur les marchés agricoles. Ce doit être le moment d’une mobilisation massive pour stopper tous les accords de libre-échange. C’est en se mobilisant avec le reste de la société, pour créer un rapport de force gagnant, que le monde agricole pourra faire valoir ses revendications pour stopper ces politiques libérales qui détruisent nos fermes, notre revenu, notre santé et l’environnement. Faire croire l’inverse, c’est tromper les paysan·nes sur notre capacité à faire reculer la logique du libre-échange sur nos fermes et dans nos vies.

Ce front commun, le plus large possible, est la condition sine qua non pour réussir à sortir enfin l’agriculture et l’alimentation des logiques de marché !

WEEK-END DE MOBILISATION CONTRE LE PROJET CANAL SEINE NORD EUROPE

Le 26 septembre 2025, se tenait au Cirque Électrique, dans le 20ᵉ arrondissement de paris, une Soirée intitulée : Méga Canal Seine Nord Europe.

Soirée publique d’appel à la prochaine mobilisation nationale pour confluer vers Compiègne les 10-12 octobre contre le projet canal Seine-Nord Europe.

Dans l’émission de ce jour, nous entendrons la présentation de la mobilisation : entre contexte de luttes, présentation de l’argumentaire et infos pratiques sur les 10-12 octobre 2025.

Les trois thématiques de la soirée :

1 -le financement : 8 Mds euros d’argent public pour mettre au pas tout un territoire
2 – accaparement de l’eau et business de l’agro-industrie
3- l’empire logistique : bloquer les flux, tout bloquer !

Le projet du canal Seine-Nord Europe, c’est quoi ?

C’est la construction d’un canal de 107 km entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, ayant pour but de raccorder la Seine aux ports d’Anvers et de Rotterdam, en s’insérant dans un maillage fluvial déjà existant.

-C’est un giga-projet logistique, destructeur (de terres, donc de biodiversité, d’emplois, de vies), inutile (infrastructures existantes sous-utilisées, pas au service de la population, mais du capitalisme logistique) et coûteux (8+ milliards d’euros d’argent public)

– C’est un projet au service de filières toxiques et pas pour la population : les immenses péniches vont transporter des céréales en vrac issues de l’agro-industrie destinées à l’export + des granulats pour le monde du béton.

– C’est un projet anti-social, qui va considérablement impacter les villages/villes par lesquelles le chantier passe, tout en détruisant la batellerie artisanale et les collectifs de travailleurs existant.

Porté par la société du canal Seine-Nord Europe (opérateur public), présidée par Xavier Bertrand qui est aussi président de la région Hauts-de-France.

POUR EN SAVOIR PLUS :

RDV samedi 12h à Thourotte pour pique-nique avant départ en manif à 14h

– Accessible en voiture ou train+vélo (environ 1h depuis Paris) ou train+train –

– Possibilité de faire du bénévolat –

-Bambinerie pour les parents : possible de déposer ses enfants avant la manif

– Campement disponible dès vendredi soir pour celles et ceux qui voudraient, soirée sur le camp samedi soir

– dimanche ateliers, AG, formations ! + des surprises !

https://linktr.ee/megacanalmegascandale

https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/t.me/soulevementseine

QUEL AVENIR POUR LES OCEANS ?

issus du site de Serge D’ignazio www.flickr.com/photos/119524765@N06/albums

La troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, c’est ouverte lundi 9 juin 2025 à Nice. C’est le plus grand rassemblement international jamais dédié à la protection du milieu marin, après une première édition à New York (États-Unis), en 2017, et une seconde à Lisbonne (Portugal) en 2022, et cette troisième conférence se terminera le vendredi 13 juin 2025. Que peut-on en attendre ?

Son objectif, c’est de faire le point sur la mise en œuvre de l’objectif de développement durable n°14 », détaille Gauthier Carle, directeur général adjoint de la Plateforme Océan et Climat. Adopté en 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies, ce fameux « objectif 14 » vise à « gérer durablement » et mieux protéger des activités humaines les écosystèmes marins. Pour ce faire, il définit plusieurs cibles à atteindre : prévenir la pollution marine et les déchets en mer, réduire l’acidification des océans, mettre un terme à la pêche illégale…

Parmi les dix-sept objectifs de développement durable établis par les Nations unies, l’objectif 14 est « l’un des plus sous-financés », regrette Gauthier Carle. Ses cibles sont par ailleurs loin d’être atteintes. Seuls 8,4 % des océans sont aujourd’hui protégés, alors que les Nations unies projetaient d’atteindre 10 % en 2020 et espèrent parvenir à 30 % d’ici à 2030. Au total, 2,7 % des océans sont fermés aux activités industrielles, le seul niveau de protection qui permette, selon les scientifiques, d’obtenir des résultats tangibles pour la vie marine.

Extrait article site de reporterre 9 juin 2025

Dans l’émission de ce jour, nous allons revenir sur la question de la préservation des océans. Pour cela, nous entendrons à la suite un son du site blast du 18 février 2022 intitulé : L’Océan est en danger et s’il meurt, nous mourrons. Nous poursuivrons avec Aurore Stéphant qui démontra l’impossibilité de l’exploitation sous-marine des métaux et nous terminerons par cette question Comment la surpêche industrielle tue l’environnement et la pêche artisanale.

RENCONTRE AVEC LES EX SALARIÉ-E-S DE LA SOCIÉTÉ NTI

photo de sergedignazio

Employés de 2019 à 2022 par une entreprise de traitement de déchets, NTI-Environnement, 24 personnes sans papiers attaquent en justice les géants du secteur qui y ont fait appel. Soutenus par la CGT, ils dénoncent une situation de marchandage et de travail dissimulé.

En avril dernier, l’équipe de l’actualité des luttes, c’est rendu à Gennevilliers, a la rencontre de ses femmes et hommes qui ont travaillé pendant plusieurs années pour NTI-Environnement. Ils nous ont raconté leurs parcours et condition de travail dans cette société de traitement de déchets. C’est cette rencontre que nous vous proposons dans l’émission de ce jour

Toutes ont saisi le tribunal du travail contre-pas moins d’une quinzaine de filiales des géants du secteur (Paprec, Véolia, Suez…) en tant que donneurs d’ordre de cette société NTI-Environnement, aujourd’hui liquidée.

confederation paysanne :mort de pierre alessandri / Action pour le revenu paysan au Grand Palais

Dans l’émission de ce jour, nous revenons sur l’assassinat de pierre Alessandri, agriculteur et Secrétaire général de la Via Campagnola, syndicat agricole membre de la Confédération paysanne en Corse. Pour cela, nous entendrons l’entretien réalisé avec Laurence Marondola, porte-parole de la Confédération paysanne puis en seconde partie d’émission, nous reviendrons sur l’action syndicale de la Confédération paysanne le 5 décembre 2024 au Grand Palais, lors de l’inauguration de la Bourse européenne de commerce et des suites de cette action avec le procès qui se tenait le 4 février 2025 et nous pourront entendre le reportage issu du rassemblement avec notamment, l’entretien réalisé avec Sylvie Colas secrétaire nationale de la confédération paysanne et également l’interview d’un des paysans qui comparaissait à ce procès. À noter, qu’à l’issue de cette audience, a été prononcer le renvoi du procès au 14 octobre 2025.

Assassiné le 17 mars en Corse, Pierre Alessandri était connu pour son engagement syndical contre la spéculation, les fraudes et les pratiques mafieuses dans le monde agricole. Retour sur le combat de ce syndicaliste.

Article initialement publié sur Basta! et écrit par Sophie Chapelle

Deux balles mortelles dans le dos et pas de revendication. Pierre Alessandri, 55 ans, a été assassiné le 17 mars, au crépuscule, alors qu’il travaillait sur sa ferme, au lieu-dit U Mandriolu en Corse-du-Sud. Ses obsèques ont eu lieu ce samedi 22 mars. Installé à Sarrola-Carcopino dans la région d’Ajaccio depuis 1993 où il avait repris l’exploitation familiale, Pierre Alessandri était un producteur d’huiles essentielles, passionné par la culture des agrumes. « Son verger témoignait de son attachement profond à la terre et à la transmission d’un savoir-faire ancestral » écrit André Torre, président du centre Inrae de Corse.

Son engagement ne s’arrêtait pas à ses propres terres. Secrétaire général de la Via Campagnola, syndicat agricole membre de la Confédération paysanne, Pierre Alessandri a consacré plus de trente ans à la défense du foncier agricole et de l’agriculture paysanne en Corse. « Il a été moteur de nombreux projets collectifs comme des magasins de producteurs », témoigne Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne. « Il a participé à la formation de générations de militants et de militantes sur les dossiers agricoles. »

Pierre Alessandri était aussi « un militant engagé et offensif, nationaliste de gauche, sympathisant du mouvement Core in Fronte, qui dénonçait avec force les dérives de l’agriculture insulaire », rappelle la journaliste Hélène Constanty sur Mediapart.

Siégeant durant de nombreuses années en Safer – instance collective où se décide l’attribution du foncier –, Pierre Alessandri n’a jamais cessé de dénoncer la spéculation sur les terres agricoles. « Il s’était aussi dressé courageusement contre les fraudes aux aides Pac, système corrompu qui permettait à quelques-uns de se remplir les poches. Il réclamait simplement un système juste pour tous les agriculteurs et agricultrices corses », témoigne Laurence Marandola.

« Cette tragédie s’inscrit dans un climat de pratiques mafieuses et corruptives qui gangrènent le territoire corse et mettent à mal l’État de droit »estime l’association Anticor, qui ajoute : « Combattre pour l’intérêt général ne devrait pas coûter la vie. »

Si une enquête a bien été ouverte pour « assassinat », aucun lien ne peut être établi à ce stade entre ce meurtre et les positions syndicales de Pierre Alessandri. Le procureur d’Ajaccio a déclaré le 18 mars que « plusieurs pistes sont exploitées par les services enquêteurs pour déterminer le mobile de l’acte criminel qui avait manifestement fait l’objet d’actes préparatoires ».

Scandale des fraudes aux aides Pac

Comme le rappelle France 3 Corse, Pierre Alessandri s’illustre à partir de 2013 en tant qu’opposant à la majorité en place à la chambre d’agriculture, alors détenue par le syndicat majoritaire FNSEA. « Les pressions et les menaces sur Pierre Alessandri ont commencé en 2018, lorsqu’a éclaté le scandale des détournements d’aides agricoles européennes » souligne également Mediapart« Pierre Alessandri était alors candidat à l’élection de la chambre d’agriculture de Corse-du-Sud et dénonçait les pratiques du syndicat majoritaire FNSEA, dont les représentants régnaient sans partage sur le monde paysan ».

Le 3 décembre 2018, Anticor dépose une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF) pour détournement, recel et blanchiment de subventions européennes. D’après l’association, 36 millions d’euros auraient été détournés par des agriculteurs, entre 2015 et 2018, avec « l’accord et la complicité des autorités de contrôle », c’est-à-dire les services de l’État et l’« accompagnement de personnes très bien informées de la complexité et des failles du système de distribution des aides », à savoir les chambres d’agriculture, précise à l’époque Mediapart.

Cette plainte se fonde sur un rapport confidentiel de l’office européen antifraude (Olaf) qui pointait « la revalorisation des aides agricoles » allouées à la Corse, passées de 13,9 millions d’euros en 2014 à 36 millions d’euros par an pour la période 2015-2020.

Selon des documents d’enquête consultés par l’AFP, « tout tourne autour d’une réunion au ministère de l’Agriculture, le 14 janvier 2016, lors de laquelle a été décidée l’ »attribution informelle et illégale d’aides de la politique agricole commune en Corse ». Pour « éviter d’éventuels troubles à l’ordre public », ces hauts fonctionnaires sont accusés d’avoir invité, lors de cette réunion, les responsables des chambres d’agriculture corses à faire déclarer aux éleveurs insulaires des « surfaces non admissibles » pour bénéficier d’aides. »

Ce dossier n’est pas encore clos puisque trois hauts fonctionnaires seront prochainement jugés. La directrice adjointe du cabinet du ministre de l’Agriculture de l’époque, le socialiste Stéphane Le Foll (2012-2017), est ainsi renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris pour « détournement de fonds publics ». Le président-directeur général en 2016 de l’agence de services de paiement (ASP), l’organisme qui verse les aides publiques européennes de la Pac, sera également jugé pour « détournement de fonds publics ».

Enfin, le conseiller pour la Corse du ministre de l’Agriculture de l’époque est renvoyé pour « complicité de détournement de fonds publics » pour avoir organisé cette réunion de janvier 2016. Le montant d’aides illégalement versées pourrait être « compris entre 370 000 euros et 1,2 million d’euros », précise l’accusation. Ces possibles détournements ont pu être mis en lumière grâce au courage de militants comme Pierre Alessandri, salue Anticor.

Secrétaire général de la Via Campagnola, syndicat agricole membre de la Confédération paysanne, Pierre Alessandri a été tué de deux balles dans le dos sur sa ferme en Corse le 17 mars 2025. © Distillerie U Mandriolu

Déjà visé par un incendie criminel

Dans le cadre de cette affaire de fraudes, des enquêtes judiciaires sont déclenchées fin 2018, visant notamment le directeur de la chambre d’agriculture de Corse-du-Sud. À l’époque, Pierre Alessandri est l’un des seuls à se « féliciter » de cette opération et à se dire « satisfait de ces contrôles » rappelle Ouest France.

C’est dans ce contexte que Pierre Alessandri se porte candidat tête de liste pour Via Campagnola aux élections de la chambre d’agriculture. La campagne est « particulièrement tendue » relève Mediapart, et c’est finalement la FDSEA qui remporte largement les élections en janvier 2019.

Deux mois plus tard, le 29 mars 2019, France 3 Corse organise une soirée spéciale, consacrée aux fraudes dans le milieu agricole, avec la diffusion du documentaire Prime à la fraude, suivi d’un débat entre représentants du monde agricole.

Face à Stéphane Paquet et Joseph Colombani (FNSEA) qui viennent respectivement d’être réélus président de la chambre d’agriculture de Corse-du-Sud et Haute-Corse, Pierre Alessandri dénonce « le système clientéliste et clanique qui prévaut dans l’attribution des aides agricoles ».

Un mois après, dans la nuit du 26 au 27 avril 2019, sa distillerie est détruite par un incendie criminel. Dans la foulée, une manifestation de soutien rassemble plusieurs centaines de personnes à Ajaccio. Les auteurs ne seront jamais identifiés. Si l’enquête se solde par un non-lieu, le procureur d’alors évoque à l’époque l’hypothèse « d’une réaction violente liée aux positions syndicales de Pierre Alessandri ».

Lorsqu’on se met en travers de la spéculation foncière, il y a une personnalisation systématique de la part d’un système  »mafieux » très efficace pour « terroriser »

Cinq mois après cet incendie, le 25 septembre 2019, alors qu’il s’engage aux côtés du collectif naissant « A maffia no, A vita iè » (Non à la mafia, oui à la vie), Pierre Alessandri se dit personnellement menacé.

Dans une séquence que France 3 Corse a décidé de diffuser à la suite de cet assassinat, Pierre Alessandri indique : « Nous agriculteurs, on est maintenant quasiment en première ligne sur la spéculation foncière. Et lorsqu’on se met un peu en travers, globalement y a une personnalisation systématique de la part d’un système ’’mafieux’’, d’un système « occulte » » qui est très efficace pour ce qui est de, on va employer un terme un peu fort, « terroriser » un certain nombre d’acteurs.

Pierre Alessandri était présent à la manifestation anti-mafia du 9 mars dernier à Ajaccio. Pour Léo Battesti, membre fondateur de ce collectif, « c’est un symbole d’intégrité et du militantisme agricole vertueux qui a été abattu » et « un coup dur porté à la Corse de la créativité et du travail par ceux qui, par la terreur, veulent la dominer »a-t-il écrit sur X.

Silence « effarant » des autorités

L’engagement de Pierre Alessandri contre le clientélisme a été conforté par la récente publication d’un rapport de la Cour des comptes critiquant la gestion passée de la chambre d’agriculture. En janvier 2025, la chambre d’agriculture de Corse – devenue une chambre de région unique – a finalement basculé lors des élections professionnelles en faveur d’une liste d’union soutenue par la Via Campagnola, détrônant ainsi la FNSEA.

Nouveau président de la chambre d’agriculture de Corse, Jean-Baptiste Arena a tenu à rendre hommage à Pierre Alessandri. Il « a payé le fait de son engagement, notamment au niveau du foncier […] face à certaines bandes mafieuses » a-t-il déclaré le 19 mars, devant les représentants des différentes chambres d’agriculture en France, deux jours après son assassinat. « Le danger auquel nous sommes confrontés aujourd’hui […] est un danger mafieux. »

Si la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a déclaré sur X que « [ses] pensées les plus émues vont à sa famille, ses proches et ses compagnons syndicaux, dont [elle] n’ose mesurer la peine qui les envahit » et que « la violence, le recours aux armes, n’ont pas leur place dans notre pays », la Confédération paysanne s’indigne de l’absence de réaction d’autres membres du gouvernement. Ni Gérald Darmanin, ministre de la Justice, ni Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, n’ont fait de déclaration à ce sujet.

« On est face à l’assassinat d’un responsable syndical en activité, et on n’a aucune réaction publique. Ce silence est effarant. Il n’y a eu aucune parole dans l’hémicycle », dénonce Laurence Marandola. « Son assassinat est un coup porté à la démocratie, à la parole libre, à l’engagement en faveur d’une terre que tant d’intérêts contraires cherchent à accaparer. Il faut que l’enquête avance et aboutisse. » Cet assassinat est le quatrième depuis le début de l’année en Corse.+++++++++

Meurtre de Pierre Alessandri : la Confédération paysanne en deuil

18.03.2025

La Confédération paysanne est en deuil. Pierre Alessandri a été assassiné hier soir sur sa ferme en Corse, au lieu-dit U Mandriolu. Secrétaire général de Via Campagnola*, Pierre Alessandri était très engagé pour défendre l’agriculture en Corse depuis plus de 20 ans. Nous sommes sous le choc, empreints d’une immense tristesse.

Nous pensons à sa famille et à ses proches, à tous nos collègues corses et à toutes celles et ceux qui défendent l’agriculture.

Nous sommes dans l’incompréhension et la colère. Les paysan·nes et responsables syndicaux ne peuvent être ainsi pris pour cible. Pierre Alessandri avait déjà subi un incendie criminel sur son exploitation en 2019.

C’est un jour terriblement sombre pour la famille de Pierre à qui nous adressons nos pensé.

Action pour le revenu paysan au Grand Palais

Pendant l’action syndicale de la Confédération paysanne le 5 décembre 2024 au Grand Palais, lors de l’inauguration de la Bourse européenne de commerce, de violentes interpellations policières ont eu lieu dans le cadre d’une nasse totalement illégale, alors que nous quittions les lieux dans le calme aux alentours de 14h. Avec une grande banderole « Sauvez les paysan·nes, mangez un trader ! », la Confédération paysanne y avait dénoncé la spéculation sur les marchés et celles et ceux qui profitent de la dérégulation des marchés.

A la veille d’une conclusion scandaleuse des négociations de l’accord UE*-Mercosur* par la Présidente de la Commission Européenne Ursula Von der Leyen à Montevideo (Uruguay), le gouvernement a préféré en envoyant la BRAV-M la répression disproportionnée de paysan·nes manifestant pour le revenu et contre les accords de libre-échange.

Cinq camarades paysans avaient été interpelés et placés en garde à vue pendant 48 heures, dont deux était jugés le 4 février 2025 au TGI de Paris.

« Que se passe-t-il en RDC ? Extractivisme minier, néocolonialisme et viol de masse »

Le mercredi 26 mars 2025, avait lieu une conférence intitulée « Que se passe-t-il en RDC ? Extractivisme minier, néocolonialisme et viol de masse », organisée par le club cutlturel de PSL CultuRepresente, à l’ENS Jourdan. A cette occasion, David Maenda Kithoko, fondateur de l’ association Génération Lumière à Lyon et membre de l’Observatoire Terre Monde prenait la parole. C’est son intervention que nous vous diffusons aujourd’hui pour l’ensemble de cette émission.

La voiture électrique et les gigafactories avec Tomjo

Le samedi 22 mars se tenait à Lille une discussion sur les voitures électriques, les gigafactories dans les Hauts-de France et ailleurs animée par Tomjo et l’organisation Communiste libertaire. S’agit-il d’une transition du capitalisme ?

L’automobile a conduit et accompagné la production et la reproduction du capital tout au long du XXe siècle. C’est une invention technologique majeure, si ce n’est la principale du siècle passé tant elle a structuré le travail, les rapports sociaux dans leur ensemble jusqu’aux paysages (1). D’ailleurs, des modes de production portent le nom de marque de voiture : le fordisme pour le travail à la chaîne, le toyotisme pour le juste à temps et aujourd’hui le « teslisme » (2) avec les batteries électriques et les véhicules connectés.

Ici, dans les Hauts-de-France, qui se veut déjà la première région automobile de France, la « vallée de la batterie » est annoncée par les bourgeoisies politico-économiques et se sont installées les trois premières gigafactories du territoire. Dans quelques années, d’autres usines de fabrication et de retraitement des batteries sont prévues sur le Dunkerquois avec son lot de restructuration du travail et d’aménagements XXL (construction d’un nouvel EPR à Gravelines, etc).

Débattre de voitures électriques, c’est aussi parler de :

Extractivisme et capitalocène car pour les fabriquer et les faire rouler et il faut une quantité prodigieuse de ressources, ce qui n’arrange pas la crise écologique actuelle.

– géopolitique tant la question des terres rares, indispensables pour les batteries, devient une question internationale majeure, comme l’illustrent les velléités trumpiennes sur le Groenland ou l’Ukraine

– « transition » qu’on nous assaisonne à toutes les sauces pour, en fin de compte, permettre la survie du capitalisme. En 2035, on nous promet la fin de la vente des voitures thermiques, mais récemment, l’UE vient d’assouplir les règles pour ne pas handicaper les entreprises européennes. Car pour le moment, l’économie communautaire est à la ramasse face à la Chine qui domine le marché.

Notes :

1 – pour avoir un aperçu vidéo du sujet, voir le documentaire en 3 parties sur Arte « une brève histoire de l’automobile »

2 – Le teslisme a été conceptualisé par Michaël Valentin dans son livre Le Modèle Tesla (2018) .A lire ici

3 – plus d’infos sur notre site internet : https://oclibertaire.lautre.net/

AGRICULTURE INDUSTRIELLE,ON ARRÊTE TOUT ET ON RÉFLÉCHIT!

Le mardi 18 février 2025, sept députés et sept sénateurs de la commission mixte paritaire (CMP) se sont mis d’accord sur le texte de loi d’orientation agricole.

Quels sont les changements dans cette nouvelle version ? L’article 13, dénoncé comme « un permis de détruire la biodiversité », demeure. Il prévoit que seules les atteintes « intentionnelles » seront passibles de poursuites pénales. En clair : il faudra prouver que la destruction de la nature a été volontaire et réfléchie pour condamner le contrevenant. Or, en droit, prouver que la personne avait l’intention de tuer une espèce est très difficile.

Le texte réintroduit l’objectif de 21 % de surfaces agricoles cultivées en bio d’ici à 2030. Cette mesure avait été effacée par un amendement de Laurent Duplomb, invoquant la grave crise qui touche le secteur.

Enfin, s’il réintègre la notion de « transition climatique et environnementale », le terme « d’agroécologie » reste écarté. Ceci est tiré du site reporterre.

Pourquoi les agriculteurs sont-ils aujourd’hui poussés à s’endetter ? Pourquoi les techniques agricoles se révèlent-elles incapables de s’adapter au dérèglement climatique ? Pourquoi des pratiques polluantes sont-elles devenues la norme ? Pour comprendre le modèle agricole qui domine une grande partie du monde, il est nécessaire d’identifier les lignes de force industrielles qui le structurent et d’analyser l’intention capitaliste qui l’écrase. Et aussi la remise en question de la centralisation du modèle agricole.

Dans l’émission de ce jour, nous vous proposons l’écoute de la présentation du livre Agriculture industrielle, on arrête tout et on réfléchit” ! (Éditions Rue de l’Échiquier) cette présentation se tenait en compagnie de Jacques Caplat et Stéphane Kerckhove et cela se déroulait à la librairie quilombo à Paris, le 8 mars 2025.

PROJET GREENDOCK la lutte juridique

Par où passent nos colis ? Dans quels entrepôts logistiques dorment-ils et va-t-on voir ses entrepôts croître ? Vaste question qui se pose à Gennevilliers avec le projet Greendock.

Greendock est un projet d’entrepôt logistique géant, prévu sur les berges de Seine à Gennevilliers (92), de 600m de long pour 35m de haut : les promoteurs annoncent plus de 1200 rotations de véhicules par jour et seulement 7,5% de trafic fluvial

En mai 2024, une manifestation a rassemblé 2000 personnes à Gennevilliers. Depuis, le projet ne cesse de prendre du retard. Dans le courant de l’année 2025, une enquête publique doit être lancée pour faire valider ou invalider le projet dans les instances régionales.

Le Comité Local Plaine Tempête (Soulèvements Banlieue nord) conviait à une réunion publique le jeudi 13 février 2025, au 6B à Saint-Denis.

Cette soirée fut consacrée à la lutte juridique contre l’entrepôt géant Greendock et à une discussion sur la place du juridique dans les luttes.

Dans l’émission de ce jour, nous entendrons l’intervention de Maxime colin (juriste à France Nature Environnement IDF) sur des étapes juridiques du projet Greendock et un Retour d’expérience du collectif Laisse Béton Salvaza sur une victoire contre un entrepôt à Carcassonne.

Vie chère à la Martinique : Zot Pa Sèl ” Vous N’êtes Pas Seuls”

Zot Pa Sel est un des collectifs qui s’investit dans la mobilisation contre la vie chère à la Martinique. Depuis plusieurs mois, ils ont initiés un combat juridique en assignant GBH ( Groupe Bernard Hayot) pour non publication de comptes, et lance une plainte collective contre X pour abus de position dominante. Mais cela n’est pas leur seul combat. Persuadés que c’est le système de la grande distribution qu’il fait démanteler, ils s’investissent avec de nombreux collectifs environnementaux et d’ouvriers agricoles afin de réfléchir à un autre modèle de production alimentaire, qui permette de développer l’autonome de la Martinique tout en préservant a culture et son environnement.

C’est l’entretien que nous avons réalisé avec Jérémy, membre de Zot pa sel ( traduction de “Vous N’êtes Pas Seuls” ) que nous diffusons aujourd’hui dans l’intégralité de notre émission.

NON AUX FORAGES PETROLIERS A NONVILLE / ANDREAS MALM

Dans l’émission de ce jour, nous parlerons de questions environnementales. En seconde partie d’émission, nous entendrons un entretien avec le géographe suédois Andreas Malm.

Mais en ce début d’émission, nous nous rendons en Seine-et-Marne, car ce 9 janvier 2025, se tenait l’audience sur le fond au tribunal administratif de Melun concernant le recours déposé le 17 mai 2024 par la Régie Eau de Paris contre l’arrêté préfectoral autorisant deux nouveaux forages pétroliers sur le site de Bridge Energies de Nonville en Seine-et-Marne (77)

Alors que la concession Bridge Energies est située dans le périmètre de la réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais, classée par l’Unesco, située à 1,5 km en amont de point de captation d’Eau de Paris, ces nouveaux forages : 

Font peser d’importants risques pour l’alimentation en eau potable de 180 000 Parisien(ne)s et les habitant(e)s de la commune de Villemer

  • Constituent des risques de pollution de la rivière du Lunain, zone Natura  2000 et de la nappe phréatique du « Champigny »
  • Sont également en contradiction avec les engagements de la France à sortir des énergies fossiles et nuisent ainsi à la lutte contre le dérèglement climatique.

Le 13 octobre 2024, six associations : France Nature Environnement Île-de-France et France Nature Environnement 77, les Amis de la Terre/France, Notre Affaire à Tous, le Réseau Action Climat et Reclaim Finance ont déposé deux interventions volontaires au soutien du recours initié par Eau de Paris et de leur côté, six communes et deux syndicats des eaux en ont fait de même.

Nous étions à cette audience et nous allons entendre le reportage réaliser ce 9 janvier 2025,avec les interventions des collectifs en luttes et le représentant d’eaux de paris.

Dans cette seconde partie d’émission, nous allons poursuivre sur les questions environnementales. En 2021, lors de la pandémie de la COVID-19, des questionnements ont surgi.

La crise sanitaire est-elle la conséquence du capitalocène ? Le capital fossile est-il responsable des catastrophes en cours ? Faut-il un communisme de guerre pour échapper au pire ? Le géographe suédois Andreas Malm, que nous allons entendre, tente d’apporter des réponses à ces questionnements, en expliquant en quoi la crise sanitaire est aussi une crise politique et une crise du capitalisme. Il était alors l’invité en août 2021 du site d’information le média. Entretien que nous allons entendre.

BILAN 2024, PERSPECTIVES 2025

crédit photos : https://www.flickr.comphotos/119524765@N0albums

Dans l’émission de ce jour et pour ce premier direct de l’année 2025, nous souhaitions faire un bilan de l’année écoulée et voir quelle serait les perspectives pour cette nouvelle année, que nous vous souhaitons la meilleure.

Nous avons procédé de manière chronologique et avec les archives 2024 de l’actualité des luttes. Nous avons choisi d’aborder plusieurs thématiques qui vont de la Palestine à l’Ukraine, de la dissolution en France aux JO, de la lutte des mineurs isolés en passant par les luttes environnementales et bien d’autres sujets et nous vous laissons le soin de découvrir.

Bonne écoute !

La lutte du peuple Wet’suwet’en

Le 4 décembre 2024 dernier, à la Parole errante à Montreuil, s’est déroulé
une soirée de soutien à la lutte du peuple Wet’suwet’en, avec la projection d’un film documentaire relatant leur lutte contre le pipeline Coastal GasLink, au Canada. Était présente, Sleydo’, l’une des cheffes de Cas Yikh et porte-parole du point de contrôle de Gidimt’en, ainsi qu Freda Huson, qui est la conjointe du chef Howilhkat et la coordinatrice du camp Unist’ot’en. Aujourd’hui, nous allons vous faire écouter un interview qui présente cette lutte et son historicité et le montage d’interventions choisies, suite à la projection de ce film. Cette émission est réalisée avec la collaboration de l’émission Zoom écologie.

Les Wet’suwet’en se battent depuis 10 ans contre la construction d’un gazoduc sur leurs terres ancestrales, non cédées au Canada. Pour s’y opposer, ce peuple a érigé des postes de contrôle sur son territoire et sur la route du projet du gazoduc, empêchant et retardant ainsi le projet, parallèlement à une lutte juridique. Ses soutiens par ailleurs, suite aux expulsions des habitants par les policiers militarisés de la gendarmerie royale en 2020, ont manifesté et bloqué des chemins de fer
et des routes partout dans le pays, avant le confinement décrété par les autorités en réponse à l’épidémie du coronavirus. Les autorités canadiennes et le service de sécurité de l’entreprise, du nom de TC Energie, n’ont eu de cesse tout du long de répondre par une répression acharnée pour protéger l’industrie fossile et leurs intérêts : ce furent quatre raids armés sur les territoires autochtones, 75 personnes
arrêtées, ainsi que 20 personnes poursuivies en justice…  Sans compter
le harcèlement policier et juridique, les multiples intimidations, le mépris pour in fine, donner à voir la gestion et la violence coloniale.

MERCOSUR et Agriculture : le point de vue du SGT

Dans cette émission, nous vous diffusons une interview réalisée avec trois membres syndicat des gardiens et gardiennes de troupeaux autour de la question du MERCOSUR et des mobilisations que ce traité a pu entrainer. Une occasion pour nous de revenir plus globalement sur les lignes de fractures idéologiques qui existe au sein du monde agro-alimentaire.

TOUJOURS PUCE LES MACRODÉGATS DE LA MICROÉLECTRONIQUE

Si l’on n’ouvrait nos appareils numériques, que verrions-nous ? Parmi les dédales de câbles et autres, on pourrait y voir des petites plaques vertes au doux nom de puce électronique.

Beaucoup de celles-ci, son fabriqué en Asie, mais la France essai de se placé dans le mouvement.

Dans l’émission de ce jour, on vous amène en Isère, car une bonne partie de la fabrication de ses puces électroniques se passe dans cette région, dans l’entreprise STMicroelectronics.

Un peu d’histoire

En 1972, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Grenoble créé l’entreprise Efcis pour conceptualiser et fabriquer des puces électroniques à partir des recherches menées au CEA. L’organisme public transfère à Efcis 90 ingénieurs et scientifiques. C’est une habitude des centres de recherche publics que de créer des start-up pour « valoriser » les recherches publiques : on appelle cela « la liaison recherche-industrie » (Sur ce sujet, lire le livre du Groupe Grothendieck, L’Université désintégrée. La recherche grenobloise au service du complexe militaro-industriel, Le monde à l’envers, 2020).

Rapidement, le géant de l’équipement militaire Thomson prend des parts dans l’entreprise Efcis, puis l’absorbe en 1982. En 1987, la branche électronique de Thomson fusionne avec l’italien SGS, pour donner SGS-Thomson, puis STMicroelectronics en 1998. C’est aujourd’hui le premier employeur de la région, avec près de 6 000 personnes. La multinationale travaille pour Apple, Bosch, Continental, HP, Huawei, Mobileye, Samsung, SpaceX, Tesla, Vitesco… et ne rechigne pas à équiper les drones de l’armée russe. L’entreprise fait des profits conséquents, mais « paye » ses impôts aux Pays-Bas. L’an dernier, Emmanuel Macron a annoncé le versement de 2,9 milliards d’argents public pour agrandir l’usine de Crolles d’ici à 2026 au nom de la « souveraineté industrielle » européenne. Agrandir, alors que ST consomme déjà à Crolles 156 litres d’eau par seconde (387 après l’agrandissement) et autant d’électricité qu’une ville de 230 000 personnes.

Ce 11 décembre 2024, à la librairie quilombo, se tenait la présentation du livre toujours puce. Les macrodégâts de la microélectronique publiée aux éditions le monde a l’envers. En présence de Maud et Elsa, Autrice de l’ouvrage et de Lise du collectif StopMicro et c’est cette présentation que nous proposons dans l’émission de ce vendredi.

Pour plus d’infos : https://stopmicro38.noblogs.org

contact : stopmicro@riseup.net

Présentation de livre : Les marchands de soleil, de Sylvie Bitterlin et Clément Osé

Dans cette émission, nous vous proposons d’écouter un montage réalisé à partir d’une présentation de livre à la Maison du Zéro déchet, à Paris, et qui est intitulée “Les marchands de soleil”. Le livre est publié aux éditions Tana, et est co-écrits par Sylvie Bitterlin et Clément Osé. Plus concrètement, par le vécu de cette première, habitante et militante dans le collectif Elzéard, Lure en résistance, est raconté la lutte contre l’implantation de centrales industrielles de panneaux photovoltaïques dans les forêts de la montagne de Lure, situé dans les Alpes-de-Haute-Provence. Un projet présenté comme écologique mais aux répercussions désastreuses pour l’environnement et qui n’est pas sans poser des questions sur la question énergétique plus globalement, fusse-t-elle renouvelable. L’occasion également d’interroger la transition écologique.

Voir aussi l’Association Environnementale Lot-Célé qui se bat contre l’implantation de centrales solaires dans le Parc Naturel Régional des Causses du Quercy : lien

Extractivisme: Regards croisés sur les violations de droits humains et de la ruée minière mondiale

Du 15 novembre au 1ᵉʳ décembre 2024, se tenait le festival des solidarités (Festisol) en France et dans douze pays d’Afrique (Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mali, Gabon, République démocratique du Congo, Togo, Bénin, Centrafrique, Guinée et Niger). Dans le cadre de ce festival, le 23 novembre 2024, le centre international des cultures populaires accueillait la conférence “Regards croisés sur les violations de droits humains en contexte de ruée minière mondiale” organisée par SystExt (Systèmes Extractifs et Environnements), en partenariat avec le CICP.

Dans l’émission de ce jour, nous vous proposons l’écoute des interventions de : Aurore STÉPHANT, ingénieure géologue minier, spécialisée dans les risques associés aux filières minérales, membre de l’Association SystExt. Et de Georgine KENGNE DJEUTANE, économiste, coordinatrice senior, spécialisée en droit des femmes dans les industries extractives à WoMin African Alliance

Alors que les entreprises minières s’engagent de plus en plus à respecter les droits fondamentaux et à mettre en œuvre les “bonnes” et “meilleures” pratiques associées, ces violations se multiplient à l’international.

De plus, l’intérêt récent pour les filières minérales que suscitent les scénarios de “transition” énergétique fait craindre une aggravation de ces situations inacceptables. D’où l’importance des témoignages des personnes affectées et de documenter les réelles implications de nos modes de production.

Quelles pratiques et quelle vision de l’alimentation dans nos luttes ?

Dans cette émission, nous allons vous faire entendre des récits et des échanges qui se sont tenus lors d’une rencontre le 26 octobre dernier à Montreuil dans le cadre de la fête de soutien a la cantine des Pyrénées, et dont l’intention visait à interroger les pratiques et la vision de l’alimentation dans les luttes, du point de vue des collectifs et des associations ayant à voir avec l’alimentation, telles les cantines populaires, les collectifs de maraudes sociales, les collectifs pratiquant la récup’, les groupes organisés autour d’espaces de maraîchage, et ainsi de suite.

Page Facebook de la cantine des Pyrénées
Site de l’association Robin des rues
Site de la ressourcerie du Poulpe
Instagram du collectif de Tapages
Site de la Parole errante où a lieu la cantine de la brigade de solidarité populaire Montreuil-Bagnolet
Site des Bons petits légumes
Page Facebook de Léz’art dans les murs
Un communiqué datant de mai 2024 pour le maintien de la cantine du foyer Branly

Lien vers le film “Ici, maintenant. Itinéraires de solidarité” de Vincent Sabot et Hedi Zennaf.
De quoi ça parle ?
Italie, printemps 2020. Spontanément, des « Brigades de Solidarité » se mettent en branle pour lutter contre la mise à l’écart des plus précaires en pleine crise sanitaire mondiale. Très vite, l’idée et les actions concrètes qui en découlent s’étendent dans le reste de l’Europe.

Caméra à l’épaule, le réalisateur et ses compagnons stéphanois embarquent à bord d’une camionnette pour un voyage à la rencontre de toutes celles et tous ceux qui tentent de créer un autre monde que celui qu’on cherche à leur imposer. En Suisse, en Belgique et aux quatre coins de France, voici l’itinéraire de ces solidarités.

Présentation des enjeux de la lutte contre la ligne ferroviaire Lyon-Turin

Dans cette émission, nous vous diffuserons des enregistrements issus d’un podcast réalisés par Cruel Tunnel, édité à l’occasion d’une diffusion sur Fréquence Paris Plurielle pour une adaptation au format format 1H, et qui a pour sujet la lutte contre le projet de tunnel ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin. Une lutte appelée aussi NoTAV — TAV pour Treno Alta Velocità. Ce projet est ancien. Il a été élaboré dans les années 80 pour anticiper une augmentation du trafic de marchandises entre la France et l’Italie — sans que le trafic n’ait pour autant augmenté. En 1991, le collectif Habitat, composé d’écologistes, de scientifiques et de professeurs d’université, avait tenu sa première réunion publique en opposition au projet. Mais c’est également de l’autre côté de la frontière, en Italie, que la lutte a été menée depuis les années 90 également. Avant de trouver un renouvellement militants à la fin des années 2010, et alors même que l’argument du désengorgement du fret ferroviaire était avancé par les promoteurs pour légitimer la ligne à grande vitesse.
Plus matériellement parlant, cette ligne doit percer les massifs de la Chartreuse, de Belledonne et du Mont Cenis pour sur moins de 260 km de tunnels. Il est question également de ponts, de réouverture et d’extension de carrière, de déblais, de pollutions, de bétonisation des terres agricoles, de destruction des espaces naturels et d’un site archéologique, comme une tarissement de sources d’eau. Est contesté par ailleurs les pratiques mafieuses et anti-démocratiques, comme l’intérêt économique d’un tel chantier, et ce alors qu’existe déjà une ligne ferroviaire via le tunnel du Fréjus. Dernièrement, ce sont des travaux de reconnaissance qui ont démarré en Maurienne (France) et dans le Val de Suse (Italie).

Vous trouverez à cette adresse les différents épisodes réalisés par Cruel Tunnel dans leur intégralité : https://audioblog.arteradio.com/blog/235022/cruel-tunnel-une-emission-sur-la-lutte-no-tav-contre-la-ligne-lyon-turin-enregistree-en-public

Lien vers le collectif contre le Lyon-Turin : https://cclt38.wixsite.com/cclt/about
Lien vers l’association Vivre & agir en Maurienne : https://vamaurienne.ovh/2-lyon-turin/le-projet/
Lien vers le site Stop au Lyon-Turin : https://stopaulyonturin.fr/

Comment garantir la pérennité des lieux d’entraide et de solidarité dans le quartier de Belleville ?

Nous vous diffusons dans cette émission un débat qui se tenait dans le cadre d’un atelier animé par La Perm’Belleville et La Cantine des Pyrénées, le samedi 26 octobre dernier à la Parole Errante. Ce débat portait sur la pérennité des lieux d’entraide et de solidarité à Belleville, et donnait à entendre plus particulièrement des “discussions et récits de lieux et de luttes pour garder de l’autonomie face aux institutions, aux associations mastodontes et à la marchandisation”.

Hydrogène mania, une enquête sur le totem de la croissance verte

Le 11 septembre dernier, la librairie Libertalia accueillait Aline Nippert pour la présentation de son livre : Hydrogène mania – une enquête sur le totem de la croissance verte, publié aux éditions le passager clandestin. L’autrice y dépeint l’engouement vis-à-vis de l’hydrogène présenté comme rien de moins qu’une solution miracle — un rêve techno-solutioniste en réalité — permettant de répondre aux enjeux de notre époque, et notamment celui du réchauffement climatique. En effet, l’hydrogène permettrait selon ses promoteurs de décarboner les activités polluantes. Mais qu’en est-il réellement ? Que se trouve-t-il à l’envers du décor d’un lendemain fantasmé où l’industrie ou bien les voitures et avions fonctionneraient avec l’hydrogène comme source d’énergie ? C’est de cette question, de ses ses enjeux plus généralement auquel Aline Nippert tentera de répondre.

NUCLÉAIRE : un gouffre environnemental et économique

Dans l’émission de ce jour, nous revenons sur les mobilisations antinucléaires qui se sont déroulées en ce mois d’octobre 2024.

Émission en deux temps. Dans un premier temps, nous serons à la réunion publique organisée par la Coordination régionale antinucléaire, le 4 octobre à Paris avec cette question : LE NUCLÉAIRE VA-t-IL SAUVER LE CLIMAT ? et par la suite, nous entendrons le reportage réalisé à Rouen où se tenait la Manifestation antinucléaire des 11 et 12 octobre 2024

Sous prétexte d’objectifs bas-carbone à respecter en matière d’énergie, Macron a choisi de relancer la production d’électricité nucléaire. Belle affaire pour les industriels… mais pour nous ?

Si le nucléaire est en déclin au niveau mondial, il est passé sous la barre des 10 % d’électricité en 2023 (17,5 % en 1993), soit environ 2 % de l’énergie mondiale, ce n’est pas pour rien. C’est le moyen le plus inefficace (33 % d’efficacité énergétique…) et le plus coûteux de produire de l’électricité.

Et aussi le plus dangereux ! Rappelons que les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima ont fait des centaines de milliers de victimes, et qu’elles ne sont pas terminées : un nouveau sarcophage a dû être construit en Ukraine et les réacteurs détruits de Fukushima rejettent quotidiennement de l’eau radioactive dans l’océan Pacifique.

CHRONIQUE DE LA FRANÇATOMIQUE Coût du nucléaire, prix de l’électricité, dette publique par François VALLET, le 1ᵉʳ novembre 2024

Alors que l’Assemblée Nationale débat sur le projet de budget 2025, que le gouvernement prévoit d’augmenter les taxes sur l’électricité pour réduire le déficit public, mais aussi de mettre en place un mécanisme qui permettrait de
partager « les revenus du nucléaire historique avec les consommateurs » et que certains veulent à l’inverse « démarchandiser » l’électricité, il est nécessaire de s’interroger sur les impensés nucléaristes français.

Bref rappel historique sur la « ligne Maginot » atomique qui ne nous a protégés de rien. Il y a 50 ans, en 1974, après le premier « choc-pétrolier », le premier ministre Pierre Messmer confirmait le lancement du programme de construction de 200 réacteurs nucléaires à horizon 2000.

Ils devaient assurer l’indépendance énergétique de la France en l’affranchissant de sa dépendance au pétrole. EDF était alors en situation de quasi-monopole pour la production, le transport, la distribution et la commercialisation d’électricité en France. Tout, ou presque, était dans les mains de l’État et de « l’électricien national » pour nucléariser la France en moins de 25 ans à l’aide de technologies états-uniennes (le choix avait été fait de construire les réacteurs sous licences Westinghouse et General Electric).

Ce choix politique, focalisé sur le nucléaire, a conduit à une réalité beaucoup moins médiatisée que le prix de l’électricité, la division par plus de 1,7 du taux d’indépendance énergétique de la France entre 1974 et 2021. La France est parmi les cancres de l’Europe pour la part de sa production par les énergies renouvelables. C’est aussi le pays d’Europe le plus « thermo-sensible » à cause du chauffage électrique, ce qui le rend dépendant de ses voisins européens pour son approvisionnement lors des périodes de forte consommation en période froide. (…)

(…) En tant que citoyen-consommateur-contribuable souverains, nous pouvons agir en boycottant EDF, bras armé de l’État français pour sa politique nucléariste. Nous pouvons aussi préserver notre pouvoir d’achat puisqu’il existe une dizaine de fournisseurs, non producteurs d’électricité nucléaire, ayant des offres moins chères que le tarif réglementé d’EDF.

Suite de l’article avec le lien ci-dessous

https://collectif-adn.fr/2024/Vallet_Cout-du-nucleaire_prix-de-l-electricite_dette-publique.pdf

Barbarie numérique, une autre histoire du monde connecté

Dans l’émission de ce vendredi 18 octobre 2024, il sera question du numérique et plus particulièrement de l’articulation du capitalisme et de l’extractivisme à travers l’exemple de la République Démocratique du Congo et de la région des Grands Lacs. En effet, à partir des années 1990, l’explosion de la production de biens électroniques, caractéristique du passage du capitalisme à son stade numérique, déclenche une guerre des métaux technologiques au Congo qui n’a fait que gagner en intensité depuis lors.
Le 8 octobre 2024 dernier, la librairie Quilombo, en partenariat avec l’association Survie Paris, a invité Fabien Lebrun pour en discuter, à travers la présentation de son nouvel ouvrage, une enquête intitulée Barbarie numérique, une autre histoire du monde connecté, aux Éditions L’échappée.

Du pain et des parpaings: De l’eau jaillit le feu

Dans l’émission de ce jour, nous vous diffusons une émission de radio Pikez, du pain et des parpaings de septembre 2024.

Du pain et des parpaings, une série d’émissions mensuelle sur les luttes contre l’accaparement des terres, la gentrification, l’agro-industrie, le capitalisme vert, le pourrissement des écosystèmes, le colonialisme, l’extractivisme des corps et des matières, le tout principalement en Bretagne, mais pas que. Parce que les luttes ne sont pas que locales, elles s’insèrent le plus souvent dans un système économique et politique global, délétère et injuste.

Pour entamer avec élan la 3ᵉ saison de l’émission Du pain et des parpaings, nous commençons par un retour sur 6 jours de mobilisation estivale, festive et déterminée : le Village de l’eau du 16 au 21 juillet 2024 à Melle dans les Deux-Sèvres.

Notre envoyée archi-spéciale nous raconte son expérience, tend son micro aux participant.es, capte les sons d’ambiances et les conférences. On y entend aussi des extraits de documentaires ou radio éphémère montée pour l’occasion. Ça parle de l’organisation du village, d’une logistique au cordeau, des forces de l’ordre toujours présentes, on navigue entre les nombreuses tables rondes, mobilisations locales et internationalisme des luttes.

On se laisse porter par l’énergie des manifestations et des actions, les vibrations des fanfares et des chorales. De l’eau, encore des logiques d’accaparement, toujours des résistances collectives !

Ressources :

Zoom Écologie Hydre : la fabrique d’un réseau de luttes pour l’eau
La Clé des Ondes « Contre l’accaparement et pour les biens communs de l’eau »
La guerre de l’eau, France Culture, La Série Documentaire
Reporterre : fiction « La révolution, c’est de l’eau » de Wendy Delorme
Arrêté du 17.07.2024 allégeant les contraintes réglementaires pour la construction de plans d’eau de moins d’un hectare dans les zones humides
Traversée des luttes de l’eau septembre 2024

Sons et vidéos :

Megaradio 2024, le podcast de la megaradio, radio éphémère de lutte au village de l’eau de Melle en juillet 2024
Stop Méga-bassines, le procès fictif organisé par les scientifiques en rébellion
Le port, le pont et les paysan·nes, documentaire de Bassines Non Merci
Trip à Sainte Soline de Claire Kachkouch Soussi

Musiques :

« Aguacerito » de Muiska
« Freinage d’urgence » instru d’un appel à la lutte contre la LGV Toulouse-Bordeaux
« Panorama du micro-monde » de Mayeul Irlinger
« Tartunta » de Toinen Luonto

Contact : documentairesradio@riseup.net

MARCHE FESTIVE POUR SAUVER LES TERRES AGRICOLES DE GONESSE

devant la mairie de Gonesse

Dans l’émission de ce jour, on vous emmène à 15 km de Paris, entre deux aéroports Roissy et le Bourget et là se trouve les terres agricoles de Gonesse, plus connue sous le nom de triangle de Gonesse.

Malgré l’annulation du méga-complexe EuropaCity et du terminal 4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle en 2019, puis l’adoption en 2021 de la loi ZAN (Zéro artificialisation nette), l’État et la région Île-de-France s’entêtent à vouloir maintenir une infrastructure de transport coûteuse et inutile : la ligne 17 nord du Grand Paris Express. Et aussi le projet de construction d’un internat.

Ce projet de ligne de métro automatique, entièrement financé sur fonds publics, ne répond à aucun critère d’intérêt général : elle aurait des conséquences désastreuses sur les plans économique, social et environnemental. 

Ce dimanche 29 septembre 2024, une marche festive et déterminée, partait de la gare de Villiers-Le Bel, Gonesse, Arnouville, en direction des terres agricoles de Gonesse.

Dans ce reportage réalisé pendant cette marche, nous entendrons dans un premier temps un mot des membres du collectif pour le triangle de Gonesse sur les enjeux de cette mobilisation, suivront des entretiens avec des habitantes de Villiers le Bel. Nous serons avec Audrey, membre du collectif Vivre sans le BIP, qui, a appris que le département du Val-d’Oise renonçait définitivement à ce projet autoroutier lui aussi très contesté. Diverses prises de parole, notamment avec l’Association des usagers des transports (AUT), Pierre Parreaux, Méga Canal Seine Nord Europe, Non Merci. Un entretien avec Malo Mofakhami, Scientifique en Rébellion et un mot de conclusion de Bernard Loup (Président du CPTG) sur la suite de la lutte.

Bonne écoute !

Pour plus d’information : ouiauxterresdegonesse.fr

Rencontre du Maquis ; Fabien Lebrun, on achève bien les enfants

Aujourd’hui, nous vous emmenons au Maquis près de Minerve, le chant des cigales l’attestent. Du 10 au 15 août, chaque année, sont organisées ; les rencontres du maquis pour l’émancipation. C’est un moment privilégié pour écouter des présentations de livres, débattre, vivre ensemble, regarder des pièces de théâtres…

Nous vous donnons à écouter Fabien LEBRUN qui est l’auteur d’un ouvrage très critique sur l’usage du numérique ; On achève bien les enfants, écrans et barbarie numérique, paru en 2020 aux éditions du bord de l’eau. Sociologue. Il s’intéresse à l’ensemble de la filière et prépare un nouvel ouvrage sur les conséquences écologiques et géopolitiques de ces technologies, notamment la criminelle extraction de métaux liée aux écrans, sur les terres du Congo.

HABITER CONTRE LA MÉTROPOLE

Dans l’émission de ce jour, nous vous emmenons à Villetaneuse. En effet, dans cette ville de Seine-Saint-Denis, se tenait les 20-21 et 22 septembre 2024 la 5ᵉ éditions du festival de cinéma et d’écologie urbaine plein champs. Nous serons plus particulièrement sur la rencontre du samedi 21 septembre 2024 avec comme thème : jardiner et habiter contre la métropole ou comment la métropole rend la vie inhabitable et comment préserver nos quartiers et nos milieux de vie face aux dynamiques métropolitaines ?

En présence de Jade Lingaard (journaliste et autrice de Paris 2024. Une ville face à la violence olympique) Dolorès, membres du collectif de la JAD (Jardins ouvriers des vertus d’Aubervilliers), d’Antoine Guironnet (chercheur en études urbaines, Sciences Po) et des membres du collectif Plaine Tempête (SDT Paris Nord)

Pour son édition 2024, le Festival plein champ invite à soutenir l’émergence de points de vue issus des quartiers populaires dans le champ de l’écologie. Prévue pour se tenir les 20, 21 et 22 septembre 2024, toujours au sein des jardins collectifs des quartiers sud de Villetaneuse, cette 5ᵉ édition souhaite notamment poser un regard critique sur le concept de métropole, dont les dynamiques semblent plutôt servir des intérêts marchands, que de se soucier des habitant.e.s et du vivant.

Outre cette journée intitulée « Habiter et jardiner contre la métropole », la programmation sera également traversée par une autre thématique : « Pour des écologies locales et décoloniales ». Ainsi, quand les promoteurs des métropoles bâtissent des éco-quartiers pour les plus aisé.e.s et artificialisent les terres pour accueillir les Jeux Olympiques, et tandis que dans le champ de l’écologie les habitant.e.s des quartiers et des pays du Sud ne sont que trop rarement pris en compte, le festival affirme la nécessité d’habiter la ville autrement, à l’appui de perspectives locales et décoloniales.

Et en lien avec l’émission de ce jour : Marche festive et déterminée pour les terres du triangle de Gonesse dimanche 29 septembre 2024 à 11 h. Départ de la gare RER D Villiers-le-Bel/Arnouville/Gonesse jusqu’au Triangle.

AUBERVILLIERS : Les Jardins ouvriers des vertus toujours menacés

Alors que la crise climatique s’aggrave et que la biodiversité s’effondre, plus de 4 000 m² de jardins ouvriers ont été détruits pour la construction d’un solarium pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 (abandonné après la destruction), et près de 2 000 m² reste menacés pour la construction d’un pôle multimodal.

Les bulldozers de Spie Batignolles ont déjà détruit un des plus beaux exemples de jardins ouvriers encore existant en Ile-de-France. Ces jardins ouvriers devenus Jardins à défendre (JAD) sont situés à moins de deux kilomètres de Paris, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis (93).

La JAD d’Aubervilliers a été expulsée le 2 septembre 2022. En quelques heures, les cabanes à la longue histoire ouvrière, les vieux arbres et les terres des jardins ouvriers ont été détruits par les bulldozers.

Cependant, lutte continue d’une part pour sauver les terres de ces jardins tant qu’il est encore temps (le reste des jardins est toujours menacé) ; d’autre par pour combattre la gentrification et la bétonisation des quartiers populaires. Les Jeux Olympiques, le métro du Grand Paris Express et les opérations de promotions immobilières qui se multiplient, rendent les villes inabordables, gonflent les prix des loyers, et excluent les familles les plus modestes.

Les institutions ne semblent pas avoir digéré les décisions de justice précédentes qui ont donné raison au collectif de défense des jardins. Ils veulent de nouveau détruire des jardins… La maire d’Aubervilliers et l’agglomération Plaine Commune menacent d’en faire disparaître toujours plus.

C’est dans ce contexte que se déroulait le dimanche 23 juin, un moment convivial et d’information sur les derniers rebondissements. Dans l’émission de ce jour, nous vous proposons l’écoute de la visite guidée des jardins avec les nouveaux enjeux, en effet, la lutte repart aux Jardins ouvriers des vertus d’Aubervilliers.

STOP MINE ALLIER ET AILLEURS

Pour parler de la lutte contre le projet d’ouverture de mine de lithium dans l’Allier, nous sommes en compagnie de Dominique, membre de l’association collégiale Stop mines 03

Depuis le plus d’un et demi d’existence l’association collégiale Stop mines 03 a organisé des rencontres, des manifestations, participé à des rencontres nationales et internationales.

Par ce projet d’extraction de lithium, du producteur au consommateur, mine et usine de broyage, canalisations sur 15 km jusqu’au quai de chargement, puis transport jusqu’à l’usine de raffinage et pour finir convoyage jusqu’aux usines «  giga-factories  » (comprendre la fabrication de batteries). Le département de l’Allier devient, sans le vouloir, le laboratoire des futurs projets miniers, dans un emballement de l’extractivisme décomplexé européen et mondial.

Ce projet minier interroge, alors que se profile un changement climatique, où l’eau se raréfie, où l’énergie pose un problème de pollution, la réponse apportée est toujours plus d’eau et toujours plus d’énergie  !

Le lithium par son utilisation concerne une multitude d’industries, à commencer par l’automobile avec ses batteries électriques, l’informatique avec ses micro quelque chose, l’atomique pour la création de tritium, l’armement par les nouvelles technologies, le médical peut-être le seul développement socialement utile  ?

Le collectif Stop mines 03

contactstopmines03@gmail.com

La relance de l’extraction des minerais critiques et de leur métallurgie menace les masses d’eau françaises

Eau Secours 34, 25 avril 2024

Les évènements clés de la relance de l’extraction minière et de la métallurgie en France

Entre 1980 et 2005, la France ferme la quasi-totalité de ses mines et sites métallurgiques associés, du fait de la concurrence de pays dont les coûts de production sont beaucoup plus faibles.

En 2008, le cours de plusieurs métaux remonte. Ces métaux sont désormais produits hors UE par quelques pays qui se retrouvent en situation de quasi-monopole. L’Initiative « matières premières » publiée par la Commission européenne expose les risques économiques et géopolitiques qui en découlent pour les Etats membres et propose des pistes pour sécuriser l’approvisionnement de l’industrie européenne dans ces métaux.

Le gouvernement Fillon lance alors la politique de ce qui sera appelé plus tard le « renouveau minier français » et crée en 2011 le Comité pour les métaux stratégiques (COMES). En 2012, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif dans le gouvernement Ayraud, déclare qu’il veut refaire de la France un pays minier. Une simplification des procédures est introduite dans le code minier en 2014. En 2015, Emmanuel Macron, ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique dans le gouvernement Valls, lance l’Initiative « mine responsable » critiquée par la totalité des associations environnementales. En 2016, il prône comme Arnaud Montebourg un retour des mines en France. De 2012 à 2016, de nombreux permis d’exploration et de recherche miniers (PERM) sont accordés ; ils soulèvent une opposition tellement forte des élus locaux, des populations affectées et des associations environnementales que la plupart d’entre eux sont retirés en 2017. C’est la fin du « renouveau minier français » mais pas celle de la relance de l’extraction des minerais critiques et stratégiques en France.

En 2015, l’UE lance l’EIT RawMaterials au sein de l’European Institute of Innovation and Technology (EIT) regroupant des industriels, des instituts de recherche et des investisseurs dans le domaine des minerais et des métaux. Parallèlement, l’UE investit un milliard d’euros pour la recherche et l’innovation de 2014 à 2020. Le programme Horizon Europe renouvelle l’opération pour la période 2021 à 2027. Les industriels et les instituts de recherche français profitent de cette manne financière.

En 2021, le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), établissement public chargé par l’État français de la gestion des ressources du sous-sol (minerais et eau), publie un Atlas des minerais critiques et stratégiques dans le sous-sol de la France métropolitaine. Les gisements de 24 minerais sont localisés et quantifiés. Il en ressort que le lithium, le tungstène et dans une moindre mesure l’or ont les gisements les plus facilement exploitables. Ces gisements se trouvent principalement dans le massif armoricain et dans le massif central mais aussi en partie dans les Pyrénées et en Alsace. Pour l’or, le BRGM préconise cependant d’exploiter en priorité les gisement en Guyane après avoir réglé le problème de l’orpaillage illégal. De même pour le nickel où il préconise d’exploiter uniquement les gisements de Nouvelle Calédonie.


La très attendue réforme du code minier démarre en 2022 par l’adoption de 5 ordonnances et un décret. La date d’entrée en vigueur de certaines dispositions des ordonnances de 2022 est repoussée en juillet 2024, montrant que l’alignement du code minier avec le code de l’environnement suscite toujours autant de réserves des industries minière et métallurgique. La réforme se poursuit en 2023 par l’adoption de 2 décrets, et plusieurs décrets sont attendus en 2024.

En février 2023, le CNRS et le BRGM lancent un programme de recherche pour l’utilisation et l’exploitation responsable et durable du sous-sol intitulé « Sous-sol, bien commun ». Grâce à de nouvelles technologies, ce programme permettra de localiser et quantifier des gisements à une plus grande profondeur que l’Atlas et concernera 29 minerais, soit 5 de plus que l’Atlas.

En mars 2023, la Commission européenne propose au Parlement européen et au Conseil un Règlement visant à garantir un approvisionnement sûr et durable en matières premières critiques. Cela concerne en premier lieu les minerais considérés comme critiques et stratégiques pour la transition énergétique et la souveraineté numérique. La proposition de règlement demande à ce que, d’ici 2030, 10 % des minerais consommés soient extraits du sous-sol européen et que 40 % soient transformés en Europe.

Le 11 mai 2023, le gouvernement lance un fonds d’investissement dédié aux minerais et métaux critiques pour sécuriser l’approvisionnement de l’industrie française. Le fonds opéré par InfraVia a vocation à être investi par le secteur privé mais l’État l’abondera à hauteur de 500 millions d’euros.

Le 12 avril 2024, les ministres de l’économie et de l’énergie proposent d’accélérer et simplifier les démarches d’attribution d’un PERM qui passeraient de 18 à 6 mois, et d’introduire cette proposition dans la réforme du code minier.

La réglementation des activités minière et métallurgique en France

En France, le sous-sol appartient au propriétaire (public ou privé) du sol. Mais le propriétaire du sous-sol ne peut pas disposer des ressources (minerais, eau) du sous-sol comme bon lui semble, car celles-ci sont la propriété de l’État (le terme consacré est « patrimoine de la nation »). Par conséquent, une société minière doit obligatoirement suivre un ensemble de procédures définies dans le code minier, pour obtenir un titre minier (PERM ou concession d’exploitation), mais aussi sa prolongation ou son extension.

La dernière réforme du code minier décrit précisément ces procédures. La société minière doit accompagner sa demande d’une analyse environnementale, économique et sociale. Cette analyse est soumise à l’avis des autorités et des collectivités locales concernées. Une concertation ou enquête publique doit également avoir lieu. La demande est rejetée si une des autorités compétentes émet un doute sérieux sur la possibilité de procéder aux recherches ou à l’exploitation du type de gisement mentionné sans porter une atteinte grave aux intérêts listés dans l’article L.161-1 du code de l’environnement. Pendant la durée de validité d’un PERM, son titulaire est seul à pouvoir présenter, sans mise en concurrence, une demande de concession portant, à l’intérieur du périmètre du permis, sur des minerais mentionnés par celui-ci.

La dernière réforme du code minier précise aussi qui est responsable des dommages sanitaires et environnementaux, causé par l’activité d’exploration ou d’exploitation. La responsabilité n’est limitée ni au périmètre du titre minier, ni à sa durée de validité. En cas de défaillance ou de disparition du responsable, l’Etat est garant de la réparation des dommages causés par ces activités minières.

L’« après-mine » ayant été très problématique par le passé (voir paragraphe ci-dessous), la dernière réforme du code minier oblige la société détentrice d’un titre minier à déclarer ses travaux et a faire connaître les mesures qu’elle envisage pour faire cesser les nuisances de toute nature engendrées par ses activités, et pour prévenir les risques de survenance de telles nuisances. La déclaration de travaux est soumise à avis de la commission de suivi du site minier et de la collectivité locale concernée, et à consultation publique. La société minière est tenue d’appliquer les mesures prescrites dès l’arrêt de l’activité minière et ce pendant 30 ans. L’État pourra aussi imposer à la société mère d’assurer la prise en charge de ces mesures et la responsabilité des dommages miniers en cas de faillite frauduleuse de la filiale. 

L’« après-mine » avant la dernière réforme du code minier

Salsigne dans l’Aude est le site minier le plus pollué de France. Il est un exemple parmi d’autres d’un « après-mines » bâclé dédouanant la société minière de ses responsabilités.

Salsigne a été la principale mine d’or de France et première mine d’arsenic du monde pendant plus d’un siècle jusqu’à son arrêt en 2004.

La mine a été exploitée successivement par plusieurs sociétés publiques et privées. La SMPCS créée en 1924 est rachetée en 1980 par Coframines, société publique regroupant les activités d’exploitation minière du BRGM. Coframines est mise en liquidation judiciaire en 1992 et rachetée par LaSource Compagnie minière, détenue à 60% par la Société minière australienne Normandy, premier producteur d’or en Australie, et à 40% par le BRGM. Les activités minière, métallurgique et de stockage et traitement des déchets sont alors confiées respectivement à 3 filiales de LaSource : Mine d’or de Salsigne (MOS), SEPS, SNC Lastours. SEPS est mise en liquidation judiciaire en 1996. SNC Lastours cesse son activité en 1997 et vend ses terrains à MOS. En 2001, l’État et MOS passent un accord exonérant cette dernière des coûts de réhabilitation du site. En 2004, MOS arrête l’activité minière et l’État rachète les terrains de MOS.

La réhabilitation du site démarre dès l’arrêt des activités minière et métallurgique. Elle est financée par l’État et réalisée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et le BRGM. La sécurisation des 5 dépôts de déchets miniers contenant de l’arsenic et du souffre n’empêche cependant pas la pollution record à l’arsenic de l’Orbiel et ses affluents en 2013 (4469 µg/L) et 2018 par ruissellement des eaux de pluie.

Depuis 1997, le préfet reconduit chaque année le même arrêté : ne pas consommer les légumes produits dans la zone où le sol et l’eau sont potentiellement pollués à l’arsenic, ne pas utiliser les eaux pluviales ou celles des rivières pour arroser son jardin, ne pas se baigner dans la rivière, ne pas consommer les poissons péchés dans la rivière…

Plusieurs associations (Gratte-papiers, Riverains de Salsigne, Terres d’Orbiel) ne cessent dès lors d’interpeller les services de l’ État, l’Agence régionale de santé (ARS) et le BRGM sur le manque de transparence de la surveillance sanitaire et les carences de la réhabilitation du site. En vain. Les services de l’ État minimisent le problème sanitaire et il n’y a aucun financement prévu pour des travaux supplémentaires de réhabilitation du site.

Soyons clairs, la réhabilitation ne permet jamais aux sites de revenir dans leur état environnemental initial. Mais la dernière réforme du code minier devrait en théorie mener à de bien meilleures réhabilitations que celles menées avant. Et surtout, il sera plus difficile aux sociétés minières et métallurgiques de fuir leurs responsabilités et de trouver des prétextes pour ne pas financer les réhabilitations. Cependant, ne sous-estimons pas la capacité de ces sociétés à « privatiser les profits et nationaliser les pertes » et à faire pression sur l’État par le chantage à l’emploi notamment.

La menace de pollution des masses d’eau par les projets lithium

Le lithium est utilisé pour la fabrication des batteries lithium-ion des voitures électriques, un marché mondial en forte expansion. Le lithium est abondant dans le sous-sol y compris en Europe. Mais quelques multinationales notamment chinoises contrôlent sa production. Afin de sécuriser son approvisionnement en batterie lithium-ion à un prix concurrentiel, l’industrie automobile européenne fait continuellement pression sur l’UE pour que celle-ci relance l’extraction minière et la métallurgie du lithium en Europe.

Il y a 3 sources de production de lithium : les saumures de lacs salés appelés « salars », les roches lithinifères, les eaux géothermales. Quelque soit sa source, la production de lithium consomme de l’eau et la pollue. L’impact sur l’eau étant le plus fort pour les « salars » et le plus faible pour les eaux géothermales.

Un PERM est accordé à Imerys en 2021 jusqu’en 2025. Suite à des sondages effectués de 2021 à 2023, Imerys estime le gisement à 116,7 millions de tonnes, avec une teneur moyenne en oxyde de lithium (Li2O) de 0,90 %, et estime la production de lithium à 34000 tonnes par an pour au moins 25 ans.

La phase exploratoire se poursuit avec la mise en service d’une galerie minière d’exploration (site de Beauvoir) et d’unités pilotes de concentration (site de Beauvoir), de changement (site de la Fontchambert) et de conversion (site de la Loue à Montluçon).


La consommation d’eau pour l’ensemble du projet est estimée à 1,2 millions de m³ par an, soit 600000 m³/an pour la concentration et le transport, et 600000 m³/an pour la conversion. La concentration et le transport utiliseraient de l’eau recyclée à 95 % évitant ainsi tout rejet dans le milieu, mais pour compenser les pertes par évaporation 70 m³/h serait prélevé dans la Sioule. La conversion utiliserait de l’eau en sortie de la station d’épuration de Montluçon à raison de 75 m³/h ; cette eau subirait des traitements supplémentaires pour avoir la qualité requise par le procédé métallurgique et des réactifs (non précisés par Imerys) lui ensuite seraient ajoutés ; les effluents générés par la conversion subiraient un traitement permettant de réutiliser le maximum d’eau et ainsi d’éviter le rejet de ces effluents dans le Cher ; Imerys affirme, mais sans expliquer comment, que les résidus solides résultant du traitement des effluents seront éliminés sans impact pour l’environnement. Enfin, s’appuyant sur une étude hydrogéologique qu’elle vient de réaliser, Imérys affirme que le drainage par la future mine souterraine de lithium dans les nappes sera négligeable par rapport à celui de l’ancienne mine superficielle de kaolin qui a pollué les eaux superficielles et les nombreuses sources dans le secteur. Il va s’en dire que tout cela est contesté par les associations qui déplorent l’absence de preuves tangibles d’un impact minimal sur l’eau et l’environnement et un discours dont l’unique but est d’obtenir l’acceptation sociale du projet par les populations riveraines (promesse d’emplois et de non dégradation voire amélioration du cadre de vie).

Le montant total des coûts d’investissement ne sera connu qu’après la réalisation d’études de faisabilité de 2024 à 2026. Mais d’ores et déjà, Imerys annonce un coût de plus d’un milliard d’euros rien que pour la construction de la mine souterraine, des unités de concentration, de changement et de conversion du lithium. Le coût de production et celui de l’« après mine » ne sont quant à eux pas estimés dans le dossier du débat public. Mais quoiqu’il en soit, Imerys n’est pas en capacité de financer tous ces coûts sur fonds propres. Plusieurs options non exclusives s’offrent à Imerys : établir des partenariats avec d’une part des investisseurs financiers tels que le fonds d’investissement InfraVia, et d’autre part des industriels des secteurs minier et métallurgique ou des constructeurs de voiture électrique comme Stellantis (qui regroupe plusieurs marques d’automobiles françaises et italiennes) ; s’endetter en espérant que la France ou d’autres pays européens couvrent une partie du risque lié à la dette.

Un autre PERM lithium mais à partir des eaux géothermales en Alsace du nord est accordé à Lithium de France en 2022. Lithium de France est une filiale de la société française Arverne créée en 2018 et spécialisée dans la production de lithium « bas carbone » et de chaleur par géothermie.

Le PERM d’une durée de 5 ans porte sur une superficie de 150 km² au dessus de la nappe phréatique rhénane. Selon Lithium de France, les eaux géothermales du fossé rhénan ont une teneur en lithium suffisamment élevée pour le rendre exploitable. Lithium de France doit localiser d’ici mi-2024 les sites de forage les plus intéressants pour faire remonter l’eau, afin d’en récupérer à la fois la chaleur et le lithium.


Les projets lithium à partir de roches lithinifères ou d’eaux géothermales se sont multipliés en France ces dernières années. Ils rencontrent pour la plupart d’entre eux une forte opposition des populations locales et même parfois de leurs élus municipaux ; c’est le cas pour la demande de PERM (roches lithinifères) déposée par la société Sudmines en 2023 dans le Puy-de-Dôme, et pour l’attribution du PERM Ageli (eaux géothermales en Alsace) à la société Eramet en 2021.

La menace de pollution des masses d’eau par les projets tungstène

Le tungstène est utilisé pour la fabrication d’alliages, d’aciers spéciaux, de divers composants pour des applications électriques et électroniques, dans diverses industries dont l’aérospatiale. Il est considéré comme un métal critique et stratégique car produit en petite quantité et par un nombre réduit de pays dont la Chine (84 % de la production mondiale en 2020).

La France a été un producteur important de tungstène jusqu’en 1986, date de la fermeture du site minier de Salau en Ariège. De 1971 à 1986, ce site a produit 14 350 tonnes de trioxyde de tungstène, ce qui représente encore aujourd’hui environ la moitié de la production française totale.

Le site minier de Salau est constitué d’une mine souterraine de six niveaux débouchant sur le flanc est du Pic de la Fourque, une mine à ciel ouvert et une usine souterraine de traitement du minerai.


Les premiers travaux de réhabilitation ont été réalisés en 1986-1987 et se sont poursuivis entre 1996 et 1999. Ces travaux ont portés principalement sur les 6 dépôts de stériles miniers et les 2 terrils de résidus miniers présents dans le bassin versant du ruisseau des Cougnets, représentant un volume total de déchets estimé à 800000 m³.


En 2014, Variscan Mines, filiale d’une société australienne créée en 2010 par 2 anciens cadres du BRGM, dépose une demande de PERM pour le tungstène sur l’ancien site minier de Salau. Le « PERM de Couflens » est accordé à Variscan Mines en octobre 2016.

Comme l’explique fort bien l’association SystExt, l’attribution de ce PERM déclenche la prise de conscience par les habitants de la vallée des impacts sanitaires et environnementaux de l’ancien site minier et des risques potentiels de la relance minière sur ce même site.

Les déchets miniers stockés sur les fortes pentes de la vallée des Cougnets contiennent des concentrations importantes en métaux et métalloïdes, notamment l’arsenic et le tungstène. Le secteur est soumis régulièrement à de fortes pluies qui provoquent un drainage acide minier. Les bassins de décantation au pied des 2 terrils partiellement pleins n’assurent plus leur rôle de décantation-filtration et leur dispositif de retenue peut rompre à tout moment provoquant la pollution du torrent des Cougnets. Afin de lutter contre les inondations par débordement du cours d’eau, un barrage est construit en aval des dépôts et terrils. Le barrage est le récepteur des pollutions solides et liquides provenant des dépôts et terrils ; l’accumulation de sédiments lui font perdre progressivement sa capacité de stockage de l’eau. Le curage du barrage n’étant pas possible, celui-ci ne peut plus remplir correctement son rôle d’écrêteur de crues et de protection contre les inondations.

Forts de ces constats, le collectif Stop Mine Salau dépose un recours devant le tribunal administratif de Toulouse contre le PERM de Couflens arguant que le montage financier de Variscan Mines ne permet pas de mener à bien le projet. En conséquence de quoi, le tribunal administratif de Toulouse annule le PERM en 2019 et cette décision est confirmée par la cour d’appel de Bordeaux. En 2022, le Conseil d’État saisi par l’État casse l’annulation de 2020. Un nouveau recours est déposé dénonçant cette fois l’absence d’évaluation environnementale par Variscan Mines et la cour d’appel de Bordeaux annule à nouveau le PERM en janvier 2024. Cette décision devrait être définitive, bien que Variscan Mines demande des dommages et intérêts à l’État.

Comme pour les projets lithium, les projets tungstème rencontrent une forte opposition locale. Ainsi, la demande PERM de la société Tungstène du Narbonnais sur le territoire de la commune de Fontrieu dans le Tarn est rejetée en 2022 par le ministère de l’économie et de l’industrie, au motif que la société minière n’apporte pas de garanties sur la protection de la ressource en eau, notamment l’alimentation en eau potable de la commune de Fontrieu. Cette décision est saluée par l’association Stop Mine 81, la mairie de Fontrieu et et le Parc naturel régional du Haut Languedoc qui s’opposent depuis 2018 à l’exploration minière sur le site choisi par Tungstène du Narbonnais.

Les incohérences de la politique de l’Union européenne et de la France

La relance de l’extraction des minerais critiques et stratégiques et de leur métallurgie révèle, s’il en était besoin, les incohérences entre les politiques dans les domaines de l’énergie, du climat, de l’environnement et de l’eau, au niveau européen et français.

La transition énergétique va faire exploser la demande en minerais critiques et stratégiques, et pour répondre à cette demande, il faut relancer l’extraction de ces minerais et leur métallurgie. Or, comme le montrent les exemples ci-dessus, cette relance produit des déchets qui vont polluer durablement l’environnement et les masses d’eau. Comment, dans ces conditions, mener à bien à la fois la transition énergétique et le retour dans un bon état quantitatif et qualitatif des masses d’eau en application de la Directive Cadre sur l’Eau ?

Le dilemme est exacerbé en France, compte-tenu de la place du nucléaire dans le mix énergétique et de l’impossibilité à garantir un stockage sécurisé des déchets nucléaires sur plusieurs siècles (voir les luttes contre le projet Cigeo d’enfouissement de déchets nucléaires).

Mobilisation contre l’A69 : la voie est libre

Depuis 2007, la population locale se mobilise aux côtés de collectifs citoyens contre ce projet de construction d’une autoroute reliant Castres à Toulouse « hérité du siècle passé », et né dans les années 1990 afin de « désenclaver le bassin Castres-Mazamet » selon les promoteurs. Face à ce projet jugé « inutile, écocidaire et antisocial », les militants multiplient les moyens d’action : recours juridiques, rassemblements, grèves de la faim et de la soif, occupations dans les arbres et au sol… Trois ZAD bloquent actuellement les travaux, deux près de Castres (Tarn) et une à Verfeil (Haute-Garonne). Des projets alternatifs à cette autoroute sont portés par des associations, dont La Voie est Libre. Le collectif propose notamment de réaménager la route nationale déjà existante entre Toulouse à Castres, la RN126, de densifier le réseau de transports en commun, de créer une véloroute nationale bioclimatique sur 87 kilomètres entre Toulouse et Mazamet et d’améliorer la ligne de train.

Voilà deux ans que la lutte contre l’autoroute A69 ne cesse de s’intensifier, après des années de résistance locale. Le 7, 8 et 9 juin, après l’événement ” Sortie de route” et “Ramdam” organisé avec les soulèvements de la terre, c’est un week end de mobilisation intitulé “Roue libre” qui s’est tenu. Dans cette émission, nous reviendrons donc avec Michel, membre de la Voie est libre, sur l’histoire de cette mobilisation et sur la tenue de ce week end.

GREEN DOCK: travail et écologie, la question de la logistique

Green Dock est un projet d’entrepôt, majoritairement routier : 600 mètres de long, soit l’équivalent de deux stades de France, 35 mètres de haut, prévu par Haropa Port sur les bords de Seine dans le port de Gennevilliers.

Sa démesure menace la biodiversité des berges, ainsi que la zone Natura 2000 de l’île-Saint-Denis située à 80 mètres. Elle massacre le grand paysage depuis la rive opposée du fleuve à Épinay-sur-Seine et Argenteuil.

Ce projet est un danger pour la santé en raison de la pollution de l’air, sonore et lumineuse 24/24 causée par plus de 1200 rotations de camions par jour dans une zone au trafic déjà surchargé.

Du 24 au 26 mai, se sont tenu de grandes mobilisations contre le projet d’entrepôt Green dock à Gennevilliers.

Parmi cela, des tables rondes et celle que nous vous proposons dans l’émission de ce jour, fut la table ronde du 24 mai 2024 avec pour thème : Travail et écologie. Nous entendrons, en autres, un cheminot et des salariés de la plateforme logistique Geodis de Gennevilliers.

Faire écologie en banlieue – réflexions sur le racisme environnemental

Dans cette émission du mercredi 12 juin 2024, nous avons choisi de vous faire entendre une table-ronde ayant pris place dans le week-end contre le projet d’entrepôt Green Dock, à Gennevilliers. Cette table-ronde portait sur l’écologie en banlieue et discutait plus particulièrement de la notion de racisme environnemental. Qu’est-ce que ce concept ? Fait-il sens ? Pourquoi des militants l’emploient-il, ou pas ? Et les personnes subissant le racisme, elles, l’utilisent-elles ? Le sujet loin de s’arrêter à une conception environnementaliste, donne à entendre des interrogations plus larges sur les conditions de vie, la dignité humaine et les inégalités sociales des habitants, ici vivant en banlieues. Pour finalement interroger le concept même d’écologie. C’est cette réflexion qui nous a semblé intéressante, et nous a motivé à vous faire entendre, des parts de cette table-ronde. A vos esprits critiques, bonne écoute.

Les intervenants étaient : l’association A4 (Association d’Accueil en Agriculture et Artisanat), la revue Z, PEPS (Pour une Écologie Sociale et Populaire), l’Observatoire terre-monde et l’association l’Autre Champs.

Manifestation contre le projet d’entrepôt logistique Green Dock et son monde

Dans l’émission d’aujourd’hui, nous vous ferons entendre un reportage effectué le 25 mai 2024 à l’occasion d’une manifestation contre un projet d’entrepôt logistique en bordure de Seine, à Gennevilliers. Ce projet baptisé Green Dock est contesté par différents collectifs et associations locaux, qui a cette occasion, dans le cadre des Soulèvements de la terre, appelaient avec leurs alliés à un week-end de mobilisation, contre “l’empire logistique”. Vous entendrez donc dans l’émission, des prises de parole vous présentant plus en détail la lutte et ses enjeux. Mais aussi, pourrez-vous écouter des interviews réalisées au cours de la manifestation, sur des luttes connexes (lutte contre le canal Seine-Nord Europe ; lutte contre l’artificialisation des Écouardes ; actualité concernant la lutte pour la préservation des terres de Gonesse).

Voir aussi :
Article de Reporterre sur la répression lors de l’action au siège d’Amundi le 24 mai 2024, et lors de la manifestation contre le projet Green Dock, le 25 mai.
Communiqué de Extinction Rébellion suite à la répression au siège d’Amundi.

Retour de flamme : Journées de sport et de discussions contre les JOP

du 8 au 12 mai ce tenait le RETOUR DE FLAMME contre les JOP et leur monde de gentrification, de bétonisation, et de surveillance. A cette occasion ce tenait des ateliers d’initiation et/ou aux combats, ainsi que des et discuter sur les Jeux Olympiques et Paralympiques.

Dans cette émission nous vous diffusions une de ces tables rondes.

MASSIF ATTAQUE : le rassemblement de la SGT (épisode 2)

Les 20 et 21 avril dernier, était organisé le rassemblement du Syndicat des Gardien.nes de Troupeaux à Batsere dans les Pyrénées. Le SGT est un syndicat d’ouvrier.es agricoles qui exerçent les métiers de berger.es, vacher.es et chevrier.es dans les alpages. En lutte contre le patronat agricole qui les exploite, ils et elles se battent pour faire appliquer le code du travail jusque dans leurs montagnes et en finir avec les idées reçues sur le métier de berger. Les Syndicats CGT des Gardien.nes de Troupeaux a donc entamé un bras de fer face à la FNSEA afin de faire entendre ses revendications :

  • Une prime de précarité pour tous les contrats saisonniers
  • La fin du travail gratuit par la reconnaissance de la totalité des heures travaillées.
  • La fin du travail au SMIC et le palier 7 minimum pour tous les gardien.nes de troupeaux.
  • La fin des logements insalubres et dangereux.
  • La priorité à l’embauche d’une saison à l’autre.
  • Le remboursement de notre équipement.
  • La prise en charge des frais lié à nos chiens de conduite.
  • Plus de contrôles pour sanctionner les employeurs dans l’illégalité.
  • Le conditionnement des aides loup au respect du code du travail.

A l’occasion de ce week end, le syndicat a organisé plusieurs temps d’échange. L’un d’entre eux mettait en discussion la notion de “métier passion” avec l’ouvrage : Te plains pas c’est pas l’usine Lily Zalzett, Stella Fihn. C’est celui-ci que nous vous diffusons aujourd’hui, précédée d’un interview des camarades de la SGT.

Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail / triangle de Gonesse

En France, en 2022, selon les chiffres de la Sécurité sociale, il y a eu au moins 1227 morts au travail et du travail – soit trois par jour – dont 738 morts au travail. Ces chiffres ne reflètent pas la réalité : le régime agricole, les régimes spéciaux, la fonction publique et les travailleuses et travailleurs indépendants ne rentrent pas dans les statistiques.

S’ajoutent également des milliers d’accidents graves occasionnant des séquelles durables et entraînantes et souvent un licenciement pour inaptitude.

Le 25 avril 2024, se tenait la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail. À cette occasion avait lieu à paris, devant les locaux de IRNS ( Institut National de Recherche et de Sécurité) lié au travail, une mobilisation appelés par la CGT et notamment une conférence de presse pour alerter sur la situation actuelle sur les accidents de travail. C’est la secrétaire de la CGT Sophie Binet qui tenait cette conférence de presse.

On peut trouver louable que la direction de la CGT se mobilise sur cette question, mais qu’entre autres, Lors mouvement social sur la réforme des retraites passé de 62 à 64 ans qui aura un impact sur les conditions de travail pour un grand nombre de salarié-e-s, que la CGT n’est pas menée plus frontalement la lutte.

En ce début d’émission, nous entendrons une grande partie de cette conférence de presse suivie d’un entretien réalisé avec Mr Coulibaly, délégué CGT de l’entreprise SADE en sa compagnie, nous reviendrons sur le décès le 16 juin 2023 de Amara Dioumassy, chef d’équipe de Darras et Jouanin, co-traitant de l’entreprise Sade et travaillant sur le bassin d’Austerlitz à Paris, un chantier visant à rendre la Seine plus propre en vue des JOP 2024.

Dans la seconde partie d’émission, nous nous rendrons sur le triangle de Gonesse, où se tenait le 28 avril dernier une Zadimanche et a cette occasion, nous vous diffusons l’entretien avec Bernard Loup, président du collectif pour le triangle de Gonesse et il reviendra notamment sur le projet de morts au travail sur ce lieu.

Violence d’état à ste Soline: Serge dans Égrégore

Les 25 et 26 mars 2023, se tenait dans les Deux-Sèvres, une Mobilisation Internationale pour la défense de l’eau et contre les mégabassines intitulée : Pas une bassine de plus !

« Les bassines sont des ouvrages de stockage d’eau pour l’irrigation. Ce sont des cratères de plusieurs dizaines d’hectares en moyenne, recouverts de bâches plastiques noires retenues par des digues de 10 m de hauteur en moyenne. Elles ne sont PAS remplies avec l’eau de pluie ni de l’eau de ruissellement ! Les bassines sont alimentées par des pompes qui vont chercher l’eau de bonne qualité dans les sols, les NAPPES PHRÉATIQUES. Face aux pénuries d’eau en été, la solution trouvée par les agro-industriels et le gouvernement est de construire des bassines pour pomper de l’eau en hiver et la stocker.

Une minorité d’exploitations (environ 5 %) a le privilège d’être connectée à la bassine et de bénéficier de cette eau pour irriguer les cultures l’été, alors que le reste du territoire subit le manque d’eau et doit s’adapter aux restrictions préfectorales. Autour d’une série de nouvelles bassines projetées dans les Deux-Sèvres, la mobilisation de Sainte-Soline, c’est à l’ensemble du pays et bien au-delà que se sont vus révélés les enjeux de l’accaparement de l’eau par une minorité d’irrigants, en pleine sécheresse systémique.

Le samedi 26 mars, une manifestation se dirige vers Sainte-Soline ou se construit une bassine de rétention d’eau. Face aux manifestants, c’est un dispositif de maintien de l’ordre disproportionné : pas moins de 7 hélicoptères et plus de 1700 FDO, un dispositif dont le coût est estimé à plus d’un million d’euros. 200 blessés dont plusieurs grièvement, deux personnes entre la vie et la mort et le ministre de l’Intérieur qui demande la dissolution du collectif les soulèvement de la terre.

Grièvement blessé à la tête lors de la manifestation de Sainte-Soline, Serge attendra pendant 1 h 20 l’arrivée des secours bloqués par les forces de l’ordre. Après deux mois de coma, il se réveille enfin.

Nous avons déjà produit une émission avec un premier témoignage de Serge. Néanmoins, pour continuer à réfléchir sur la question de la violence de l’état et de nos moyens d’actions, nous vous proposons aujourd’hui d’écouter une rediffusion de l’émission Égrégore diffusé sur radio primitive, qui revient avec Serge sur cet événement et son engagement politique. Pour finir et compléter cette réflexion, nous vous diffusons par la suite le témoignage d’Alexandre qui a été mutilé lors d’une manifestation LGBT le 1ᵉʳ février 2024.

MASSIF ATTAQUE : le rassemblement de la SGT

Les 20 et 21 avril dernier, était organisé le rassemblement du Syndicat des Gardien.nes de Troupeaux à Batsere dans les Pyrénées. Le SGT est un syndicat d’ouvrier.es agricoles qui exerçent les métiers de berger.es, vacher.es et chevrier.es dans les alpages. En lutte contre le patronat agricole qui les exploite, ils et elles se battent pour faire appliquer le code du travail jusque dans leurs montagnes et en finir avec les idées reçues sur le métier de berger. Les Syndicats CGT des Gardien.nes de Troupeaux a donc entamé un bras de fer face à la FNSEA afin de faire entendre ses revendications :

  • Une prime de précarité pour tous les contrats saisonniers
  • La fin du travail gratuit par la reconnaissance de la totalité des heures travaillées.
  • La fin du travail au SMIC et le palier 7 minimum pour tous les gardien.nes de troupeaux.
  • La fin des logements insalubres et dangereux.
  • La priorité à l’embauche d’une saison à l’autre.
  • Le remboursement de notre équipement.
  • La prise en charge des frais lié à nos chiens de conduite.
  • Plus de contrôles pour sanctionner les employeurs dans l’illégalité.
  • Le conditionnement des aides loup au respect du code du travail.

A l’occasion de ce week end, le syndicat a ou organiser plusieurs temps d’échange, notamment un avec Jocelyne Porcher autour de la question ” du bien être” animal. C’est l’échange que nous avons choisi de vous diffusez dans cette émission, précédée d’un interview des camarades de la SGT.

Polynésie : 193 explosions nucléaires en héritage

Dessins extraits du dossier de presse les Oubliés de l’atome, édité par ICAN France

Dans cette émission, nous vous proposons d’écouter des enregistrements pris dans le cadre d’une rencontre organisée par l’ICAN française, c’est-à-dire, la campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Lancée en 2007, cette dernière est une coalition d’organisations non-gouvernentales et opère à une échelle internationale pour promouvoir l’élimination des armes de destruction massive. C’est par l’initiative de cette coalition que fut proposé le traité aux Nations Unies portant sur l’interdiction des armes nucléaires, le TIAN, lequel fut ratifié en 2021 par de nombreux pays — aucun cependant ne faisant partie des puissances nucléaires. L’ICAN France donc, avait invitée ce mardi 23 avril 2024 la militante et politicienne polynésienne Hinamouera Cross-Morgant, laquelle s’est entretenue avec Jean-Marie Collin, directeur de ICAN France, des conséquences de ce qui est nommé communément des “essais nucléaires”, en Polynésie française.

Ces derniers qui se sont étalés sur 30 ans, du 2 juillet 1966 au 2 décembre 1995, ont eu de désastreux effets sanitaires et environnementaux, et impactent aujourd’hui encore — mais demain aussi ! — les habitants. Dans cette émission, il sera peu sujet de l’histoire nucléaire de la Polynésie, de son origine après que l’Algérie devint indépendante et du complexe militaro-industriel le soutenant, des luttes locales comme des solidarités du siècle passé et présent. Cette histoire y sera davantage racontée en creux, et constituera une première approche pour qui voudrait s’y intéresser. L’émission, dû au fait du cadre institutionnel dans lequel elle a été enregistrée, s’attardera en revanche et plus explicitement, sur la gestion des déchets nucléaires, sur la reconnaissance des victimes et des maladies transgénérationnelles, sur leur prise en charge. Vous pourrez entendre également des échanges sur l’ouverture et la gestion des archives, et sur son aspect colonial. Plus profondément, il sera sujet en filigrane du rapport à la mémoire, à la vérité, et sur ce qui fait, finalement, héritage. Qu’est-ce qu’il reste après ? Quasiment 30 ans plus tard après la dernière explosion nucléaire ?

  • Vous trouverez à cette adresse une courte bande-dessinée retraçant l’histoire du nucléaire en Polynésie.
  • Lien vers le site de ICAN France.
  • Lien vers le dossier de presse les Oubliés de l’atome, par ICAN France.
  • Le communiqué de Sortir du nucléaire en date du 26 avril 2024 : Une action régionale dénonce les risques du nucléaire actuel et à venir en Auvergne Rhône-Alpes.
  • Communiqué du Mouvement de la paix suite à un double-tir simultané d’un missile de croisière naval par la France le 18 avril 2024 : lien.
  • En cette année de l’an 2024, cela fait 38 ans qu’a eu lieu la catastrophe de Tchernobyl. Vous pourrez retrouver un lien vers le documentaire “Thernobyl, le monde d’après” de Marc Petitjean (réalisation et montage) et Yves Lenoir (auteur) à cette adresse : lien.

Le SDRIF- E, par Jacqueline Lorthiois

Le SDRIF-E est le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France-environnemental. De 2004 à 2013, L’Institut Paris Région a assuré la maîtrise d’œuvre de la révision du Schéma directeur, en appui à la Région Île-de­­­­-France et à ses services. Cet exercice de planification concertée s’est fait en association étroite avec l’État, le Conseil économique, social et environnemental régional d’Île-de-France (Ceser), et en relation avec les collectivités territoriales, les partenaires socio-économiques et les acteurs associatifs. Le schéma « Île-de-France 2030 » a été approuvé par décret n° 2013-1241 du 27 décembre 2013, et depuis, l’Institut Paris Région accompagne la Région et l’État dans la mise en œuvre du schéma régional et dans son processus de suivi-évaluation, afin d’éclairer les pratiques et les réflexions sur l’évolution des politiques publiques.

Plus de 12 millions de Francilien.ne.s verront leurs conditions de vie impactées par le prochain Schéma Directeur de la Région Ile-de-France. Censé répondre aux enjeux climatiques et environnementaux, ce nouveau SDRIF-E (abusivement qualifié d’environnemental) il pose pourtant de multiples questions quant à la transformation nécessaire de nos modèles de croissance et d’habitabilité du territoire, notamment en regard de la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette).


Dans l’émission de ce jour, nous vous diffusons la mise en question de ce nouveau SDRIF-E par Jacqueline Lorthiois (urbaniste et économiste des territoires) lors d’une présentation qui se tenait le 4 mars 2024 à Montreuil organisée avec Attac 93 et le MNLE 93.

Sainte Soline, 1 an après : le témoignage de Serge

Il y a un an, les 25 et 26 mars 2023, se tenait dans les Deux-Sèvres, une Mobilisation Internationale pour la défense de l’eau et contre les mégabassines intitulée : Pas une bassine de plus !

« Les bassines sont des ouvrages de stockage d’eau pour l’irrigation. Ce sont des cratères de plusieurs dizaines d’hectares en moyenne, recouverts de bâches plastiques noires retenues par des digues de 10 m de hauteur en moyenne. Elles ne sont PAS remplies avec l’eau de pluie ni de l’eau de ruissellement ! Les bassines sont alimentées par des pompes qui vont chercher l’eau de bonne qualité dans les sols, les NAPPES PHRÉATIQUES. Face aux pénuries d’eau en été, la solution trouvée par les agro-industriels et le gouvernement est de construire des bassines pour pomper de l’eau en hiver et la stocker. Une minorité d’exploitations (environ 5%) a le privilège d’être connectée à la bassine et de bénéficier de cette eau pour irriguer les cultures l’été, alors que le reste du territoire subit le manque d’eau et doit s’adapter aux restrictions préfectorales. Autour d’une série de nouvelles bassines projetées dans les Deux-Sèvres,la mobilisation de Sainte-Soline, c’est à l’ensemble du pays et bien au-delà que se sont vus révélés les enjeux de l’accaparement de l’eau par une minorité d’irrigants, en pleine sécheresse systémique.

Le samedi 26 mars, une manifestation se dirige vers Sainte-Soline ou se construit une bassine de rétention d’eau. Face aux manifestants c’est un dispositif de maintien de l’ordre disproportionné : pas moins de 7 hélicoptère et plus de 1700 FDO, un dispositif dont le coût est estimé à plus d’un million d’euros. 200 blessés dont plusieurs grièvement, deux personnes entre la vie et la mort et le ministre de l’Intérieur qui demande la dissolution du collectif les soulèvement de la terre.

Grièvement blessé à la tête lors de la manifestation de Sainte-Soline, Serge attendra pendant 1h20 l’arrivée des secours bloqués par les forces de l’ordre. Après deux mois de coma, il se réveille enfin. Aujourd’hui encore les médecins ne connaissent pas l’étendue de ses séquelles. C’est la première fois qu’il prend publiquement la parole dans une co-production de Reporterre et OFF investigation.

Dans cette émission, nous vous diffusons son interview en intégralité. Pour l’accompagner, nous diffusons en amont un reportage réalisé lors de la mobilisation du 26 mars 2023, et un interview de la mère de Serge réalisé le mois suivant dans notre émission.

STOP CROISIERES EVERY WERE

Le 8 et 9 mars 2024 se sont réunis de nombreux collectifs se battant contre les bateaux de croisières. De Trieste, valence, Taragone, le Havre etc Tous s’étaient donnés rendez-vous à Marseille pour échanger sur leurs pratiques et créer des liens. Dans l’émission de ce jour, nous entendrons les entretiens réalisés avec les différents collectifs mobilisés contre le tourisme de croisière en Europe.

Stop aux navires de croisière en Méditerranée 15/04/2023
L’essor du tourisme de croisière en Méditerranée coïncide avec la manifestation évidente d’une crise multiple : climatique, énergétique, des ressources et de la biodiversité.
Nous ne pouvons pas isoler ces crises du modèle économique qui permet, légitime et prône le tourisme de croisière. À la rencontre des mouvements anti-navires de croisière, de nombreux impacts socio environnementaux et économiques ont été identifiés, qui se reproduisent dans toute la Méditerranée avec une intensité croissante.
Nous dénonçons donc :
      Les impacts environnementaux insoupçonnables : c’est le transport le plus polluant par personne et par kilomètre, il génère une immense quantité de déchets, en mer et sur terre, il utilise les carburants les plus nocifs pour la santé des personnes et encourage le déploiement de grandes infrastructures (routes, aéroports…).
      Fausses solutions technologiques : GNL (énergie fossile à fort effet de serre), électricité, hydrogène vert ou recours à des épurateurs. Tout cela ne sont que des stratégies de greenwashing.
      Impacts sous forme de touristification intensive des territoires, surpeuplement de l’espace public, transformation des villes en scénarios touristiques, effondrement des systèmes de transports publics, disparition du commerce local et perte de l’identité du tissu social.
      La spirale de croissance insatiable d’une industrie qui jouit de nombreux privilèges : avec des fonds publics, elle construit des ports et des infrastructures pour accueillir des navires toujours plus gigantesques qui extraient de gros profits qui ne restent pas dans les mains locales.
      L’utilisation aveugle des pavillons de complaisance par les multinationales du transport maritime, qui leur permet des régimes de travail abusifs, des salaires plus bas, des contrôles techniques minimes des navires, des réglementations environnementales laxistes et l’évasion fiscale.
      Le manque de transparence dans le secteur et l’opacité dans le fonctionnement des ports, qui rend difficile le contrôle et le suivi de leurs actions, et des modèles de gouvernance plus participatifs.

 Les organisations participantes exigent des actions politiques tendant à supprimer l’activité de croisière, la recherche d’alternatives économiques non polluantes dans les territoires concernés, une plus grande réglementation environnementale du secteur maritime ainsi qu’une prise de conscience générale de la population.
     En tant que réseau de mouvements et de plateformes qui subissent les effets du secteur des croisières, nous avons décidé de lutter ensemble. En conséquence, les entités soussignées ont convenu de la nécessité de s’organiser pour réaliser les mesures suivantes :
1.  La réduction radicale de l’activité des navires de croisière en Méditerranée, conduisant à leur disparition.
2.  La mise en œuvre de campagnes de sensibilisation et d’explication des conséquences de l’industrie des croisières, tant auprès des habitants des villes et villages qui subissent ses conséquences, que des usagers des navires de croisière eux-mêmes.
3.  L’arrêt immédiat des expansions portuaires destinées au secteur des croisières et la diminution des infrastructures portuaires.
4.  La dénonciation des fausses solutions comme le GNL, les scrubbers ou l’alimentation à quai, puisqu’aucune de ces technologies actuelles et futures n’empêchera un navire de polluer.
5.  La reconversion du secteur touristique dans les villes, afin d’améliorer les modes de mobilité plus durables et de renforcer des secteurs économiques locaux plus justes, socialement et écologiquement. Travailler ces processus avec les travailleurs et leurs espaces syndicaux.
6.  La promotion de l’entrée en vigueur avant 2025 de zones de contrôle des émissions de soufre et d’azote en Méditerranée, sans « scrubbers ».
7.  L’expansion et le maintien d’efforts communs dans toute la Méditerranée pour faire de ces revendications une réalité et prendre en compte les inégalités nord sud mondiales.

Artificialisation des sols et place de l’agriculture dans une économie mondialisée

Le 2 mars 2024, la Confédération paysanne organisait un rassemblement sur la Place de la République, afin de promouvoir leurs revendications, festoyer et débattre. Dans cette émission, vous pourrez écouter des extraits d’intervention de tables ronde s’y étant déroulées. Tout d’abord avec des morceaux choisis d’intervention sur l’artificialisation des sols, puis, en seconde partie d’émission, il sera question de la place de l’agriculture dans une économie mondialisée, et notamment des traités de libre-échange.

Lien vers le tract du rassemblement.

REVOLTE PAYSANS INDIEN 2024

Les campagnes européennes sont en ébullition. Des Pays-Bas à la Roumanie en passant par la Pologne, l’Allemagne, l’Italie, partout la colère gronde. Les agriculteurs manifestent leur mécontentement. Un mécontentement également présent en France, ou nous avons entendu essentiellement les gros exploitants s’exprimer pour demander moins de réglementation donc plus d’artificialisation des terres, de produits polluants répendus, d’exploitations gigantesques. Ils ont utilisé des méthodes plutôt musclées qui ont bénéficiées de la part des médias et du gouvernement d’un traitement complaisant, c’est le moins que l’on puisse dire. Nous avons trop peu entendu les petit paysans qui dénonçaient leurs morts programmée, des prix trop bas, des subventions qui vont toujours aux plus gros exploitants, des sols ravagés par les pesticides issus de la pétrochimie. ils dénonçaient l’agroindustrie qui tue les sols et les humains. Cette colère touche également l’Inde, une fois de plus, c’est pourquoi nous avons demandé à jacques Chastaing de luttesinvisibles de nous faire un point.

Pourquoi les agriculteurs indiens ont-ils relancé leur mouvement de protestation ?

Des milliers d’agriculteurs indiens convergent cette semaine vers New Delhi sur des tracteurs, tentant de relancer le mouvement de protestation de 2020-2021 qui avait bloqué les autoroutes vers la capitale pendant plus d’un an.

Le Premier ministre Narendra Modi avait alors été contraint de reculer et d’abroger des lois de déréglementation des marchés agricoles. Les syndicats agricoles affirment que le gouvernement n’a depuis pas fait assez pour résoudre leurs problèmes, ce qui les a poussés à reprendre leur mouvement. Des colonnes de police anti-émeute ont jusqu’à présent freiné l’avancée des manifestants avec des tirs de gaz lacrymogènes et des barricades en béton, mais les agriculteurs ont promis de continuer leur mouvement.

Quelle est la situation du secteur agricole en Inde ?

Le secteur agricole indien est gigantesque et plongé dans de multiples difficultés. Il emploie plus de 45% de la main-d’œuvre du pays et représente 15% de son produit intérieur brut (PIB). La “Révolution verte” des années 1970 avait fait de l’Inde, alors régulièrement confrontée à des pénuries alimentaires, un important exportateur de produits alimentaires.

La taille moyenne des exploitations reste modeste : plus de 85% des agriculteurs possèdent moins de deux hectares de terre. Et moins d’un agriculteur sur cent possède plus de 10 hectares, selon une enquête du ministère de l’Agriculture de 2015-2016.

Les pénuries d’eau, les inondations et des conditions météorologiques irrégulières liées au changement climatique, ainsi que l’endettement pèsent fortement sur les agriculteurs.

Plus de 300.000 d’entre eux se sont suicidés depuis les années 1990, selon les chiffres officiels, et les agriculteurs sont nombreux à déplorer un état de détresse financière constante.

Les agriculteurs indiens ont néanmoins un poids politique important en raison de leur nombre : des dizaines de milliers de personnes avaient campé dans la banlieue de Delhi lors du précédent mouvement pour exiger que le gouvernement de Narendra Modi abandonne son projet de déréglementation de l’agriculture.

Que demandent les agriculteurs ?

Les agriculteurs indiens disposent déjà de garanties de longue date obligeant le gouvernement à acheter certains produits, notamment le riz et le blé, lorsque leur prix tombe au-dessous d’un certain niveau sur le marché. La principale revendication des syndicats est d’élargir ces prix minimum de soutien à toutes les cultures pour les protéger des fluctuations du marché.

Le gouvernement Modi avait promis d’examiner cette demande après les manifestations de 2021, mais les syndicats affirment que rien n’a été fait depuis. Ils veulent également que les poursuites contre les dirigeants syndicaux datant de ces manifestations soient abandonnées et qu’une pension mensuelle de 120 dollars soit versée aux agriculteurs de plus de 60 ans.

Plusieurs autres revendications visent une plus grande protection des agriculteurs face aux fluctuations du marché : allègement des dettes, retrait de l’Inde de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des accords de libre-échange, ainsi que l’assurance que les subventions existantes, notamment l’électricité gratuite, ne seront pas supprimées.

Quelle a été la réponse du gouvernement ?

L’Inde dépense déjà plus de 50 milliards de dollars par an en subventions aux agriculteurs, selon des documents budgétaires. Ces subventions ont parfois aggravé le manque de productivité en encourageant des cultures inadaptées aux conditions locales, comme le riz qui a épuisé les nappes phréatiques dans l’État du Pendjab.

Les subventions et les achats publics de produits agricoles ont fréquemment été des facteurs de corruption et de gaspillage. Le gouvernement a tenu cette semaine plusieurs séries de négociations avec les syndicats pour désamorcer la crise, sans succès.

Le parti de M. Modi, le BJP, affirme que l’extension du système de prix minimum est régressive et inabordable, avec un coût estimé à au moins 140 milliards de dollars supplémentaires. Le gouvernement a plutôt cherché à contenir les manifestations afin d’éviter un mouvement de grande ampleur comme celui de 2020-2021, qui avait suscité une grande sympathie dans l’opinion publique.

Les agriculteur·trices indien·nes protestent à nouveau. La garantie légale du prix minimum de soutien est la principale revendication

 14 FÉVRIER 2024  ASIE DU SUDDROITS DES PAYSANS ET DES PAYSANNESORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE

La capitale de l’Inde, New Delhi, est une fois de plus à la limite.

Des milliers d’agriculteur·trice·s de l’État du Pendjab marchent vers la métropole, réclamant l’assurance légale d’un prix minimum de soutien pour leurs récoltes. À quelques mois des élections nationales, la coalition au pouvoir craint qu’une mobilisation de grande ampleur, comme celle de 2020, ne lui cause des problèmes. Les agriculteur·trice·s sont convaincu·e·s que les gouvernements ne tiennent compte de leurs demandes qu’en période électorale. La marche se poursuit donc.

Le 13 février, à la frontière de Shambu, entre l’Haryana et le Pendjab, les agriculteur·trice·s en marche ont été accueillis par des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Plus près de la capitale nationale, les médias décrivent les principales artères fortifiées par des clôtures en fer, des anneaux métalliques et des clous sur le sol. Les agriculteur·trice·s comparent la région à une zone de guerre et s’interrogent sur de telles tactiques dans une nation fière de ses valeurs démocratiques. Les travailleur·euse·s locaux qui empruntent cette route pour se rendre de leur lieu de travail à leur domicile parcourent désormais plusieurs kilomètres par jour, la circulation automobile étant interrompue.

Les dirigeants du Samyukt Kisan Morcha (SKM), qui a été le fer de lance des manifestations historiques de 2020, ont précisé qu’ils n’organisaient pas la marche actuelle. Celle-ci est organisée par des groupes qui faisaient autrefois partie des mobilisations de 2020, mais qui se sont depuis détachés pour fonctionner indépendamment de la coalition plus large du SKM. Néanmoins, le SKM a défendu le droit de chacun à manifester et a réitéré son appel à une journée de grève nationale des agriculteur·trice·s et des syndicats le 16 février, en particulier dans les zones rurales. Les syndicats qui ont appelé à cette grève nationale ont demandé des pensions pour les agriculteur·trice·s, un prix minimum de soutien pour les cultures, la mise en œuvre de l’ancien régime de retraite et le retrait de l’amendement des lois sur le travail.

Sous la surface de ces détails et de ces subtilités se cache l’état désastreux de l’agriculture indienne actuelle.

Entre 1991 et 2011, près de 15 millions d’agriculteur·trice·s ont abandonné l’agriculture pour chercher d’autres moyens de subsistance. Bien que l’on ne dispose pas de données pour la dernière décennie, la plupart des villes indiennes ont connu un afflux important de travailleur·euse·s, ce qui témoigne de la détresse des zones rurales. L’un des principaux facteurs rendant l’agriculture non viable pour de nombreux petit·e·s producteur·trice·s indien·ne·s est la faiblesse des revenus qu’il·elle·s perçoivent.

Dans une interview accordée à Thirdpole en 2022, Devinder Sharma, analyste de l’alimentation et du commerce, a élucidé cette question en citant une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement qui a révélé la stagnation des prix à la production des produits agricoles entre 1985 et 2005, corrigés de l’inflation. Une autre étude réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques et le Conseil indien pour la recherche sur les relations économiques internationales a estimé que les agriculteur·trice·s indien·ne·s avaient perdu 600 milliards de dollars entre 2000 et 2016. M. Sharma a souligné la dure réalité : en 2016, les revenus agricoles annuels par habitant dans 17 États, soit la moitié du pays, s’élevaient à moins de 270 USD, soit moins de 23 USD par mois.

Nalla Gounder, un agriculteur du Tamil Nadu, pose une question poignante : « Au cours de la dernière décennie, le prix de vente de la noix de coco a diminué de moitié tandis que le coût de la main-d’œuvre agricole a doublé. Comment voulez-vous que les agriculteur·trice·s survivent ? »

La fréquence croissante des catastrophes climatiques, notamment les tempêtes de grêle, les pluies intempestives, les sécheresses prolongées et la diminution des sources d’eau, rend encore plus difficile l’obtention d’une bonne récolte. Au cours des 30 dernières années, le coût des intrants a régulièrement augmenté, alors que les prix de vente n’ont pas suivi. En conséquence, la moitié des ménages agricoles ruraux se retrouvent endettés, le suicide devenant tragiquement un moyen désespéré de s’en sortir.

Les agriculteur·trice·s ne savent plus où donner de la tête. S’accrochant à leurs dernières forces pour survivre, ils croient fermement qu’un prix minimum de soutien garanti par la loi empêcherait au moins que leur production soit vendue à des prix inférieurs.

Toutefois, l’adoption d’une telle loi est plus facile à dire qu’à faire. L’adhésion de l’Inde à l’Organisation mondiale du commerce a exposé ses programmes de sécurité alimentaire et d’approvisionnement public à des attaques répétées de la part des pays orientés vers l’exportation, en particulier les États-Unis, qui les qualifient de « distorsions commerciales ». Ces pays considèrent tout soutien national offert aux agriculteur·trice·s indien·ne·s comme une entrave à l’accès au marché. Même les mécanismes de sauvegarde spéciale proposés pour permettre aux gouvernements nationaux de contrôler l’afflux d’importations bon marché ont été des points litigieux lors des négociations agricoles à l’OMC. Pour les pays en développement comme l’Inde, le soutien interne qu’ils apportent aux agriculteur·trice·s – y compris le prix minimum de soutien – est crucial pour le maintien des économies rurales.

Pris dans ce bourbier, les agriculteurs sont les premiers à souffrir de la situation.

Le prix minimum de soutien proposé par le gouvernement indien ne couvre que 23 cultures, et les agriculteur·trice·s affirment depuis longtemps que ces prix couvrent à peine les coûts de production. Ils plaident en faveur d’une méthodologie redéfinie pour déterminer le coût de la culture en incluant les loyers et les intérêts pour les terres possédées et les actifs fixes. Ils demandent que le prix minimum de soutien soit au moins 50 % plus élevé que le coût révisé des intrants. Un rapport de 2006, souvent appelé « rapport de la commission Swaminathan » en Inde, recommandait que le prix minimum de soutien soit supérieur d’au moins 50 % au coût de production moyen pondéré. Cette recommandation n’a toutefois pas été suivie d’effet.

À Bangalore, lors de la commémoration du 88e anniversaire du légendaire leader paysan Prof. M D Nanjudaswamy au Karnataka, Rakesh Tikat de l’Union Bhartiya Kisan, une figure importante de l’agitation de 2020, a souligné l’importance de mettre en œuvre les recommandations faites par M S Swaminathan, plutôt que de simplement l’honorer à titre posthume.

« C’est une bonne chose que le gouvernement ait honoré M S Swaminathan de la plus haute distinction civile à titre posthume. Mais ce qui est plus important pour les agriculteur·trice·s, c’est que les gouvernements mettent en œuvre les recommandations de M S Swaminathan et en fassent une garantie juridique. »

1 tracteur, 1 village, 15 personnes, 10 jours – la formule qui a soutenu un mouvement paysan pendant 13 mois en Inde

En 2020, le gouvernement indien a introduit trois lois agricoles controversées qui, selon les agriculteurs, visaient à corporatiser le système agricole sans s’attaquer aux causes profondes de la détresse. Les protestations véhémentes menées par les agriculteur·trice·s pendant 13 mois ont contraint le gouvernement indien à retirer ces lois.

Tikait a décrit leur stratégie pendant les manifestations : “Il n’a pas été facile de protester pendant 13 mois, car cela s’étendait sur plusieurs saisons. Nous avons donc suivi une formule selon laquelle chaque village envoyait un tracteur transportant 15 personnes jusqu’à la frontière de Delhi et, au bout de 10 jours, ces personnes revenaient tandis qu’un autre groupe du village les remplaçait. Il s’agissait d’une démonstration de force et de solidarité de la part des agriculteur·trice·s indien·ne·s, qui s’inscrivait dans une réalité liée à la baisse des revenus et à l’augmentation des dépenses

En retirant les lois en 2021, le gouvernement indien s’est également engagé à aborder la question du prix minimum de soutien, mais aucun progrès n’a été réalisé depuis.

S’adressant à TRT World lors de la commémoration du 13 février, Chukki Nanjudaswamy, de l’association des agriculteur·trice·s de l’État de Karnataka, a regretté le manque d’action du gouvernement concernant la détresse rurale et l’absence de législation garantissant le prix minimum de soutien. « Nous avons été victimes d’un système néolibéral et de catastrophes climatiques. Aucun gouvernement ne se penche sur la question. Ils auraient dû au moins organiser une discussion sérieuse au Parlement. Plus de 25 % de notre population a quitté les zones rurales au cours de la dernière décennie. »

Devinder Sharma, également présent lors de la cérémonie à Bangalore, a souligné le caractère mondial de la crise des paysan·ne·s, citant les manifestations en cours en Europe pour réclamer des prix équitables pour les produits et un plus grand soutien de l’État à la transition agroécologique. Il a mis en garde contre les dangers de la mondialisation, faisant écho aux précédentes mises en garde du professeur M.D. Nanjundaswamy concernant ses implications pour les agriculteur·trice·s.

« De l’Europe à l’Inde, les petits producteur·trice·s de denrées alimentaires descendent dans la rue pour protester contre les tentatives visant à rendre l’agriculture non viable pour eux·elles. Alors que la tendance mondiale s’oriente vers l’agriculture industrielle et l’agrotechnologie, avec l’émergence d’usines agroalimentaires à grande échelle, le modèle agricole traditionnel est confronté à des menaces existentielles », a-t-il déclaré. M. Sharma a également cité des exemples de protéines fabriquées en laboratoire qui remplacent les protéines réelles, comme l’approbation récente de la viande cultivée en laboratoire aux États-Unis. Il a averti que cette tendance poussait l’agriculture vers un avenir dystopique où les agriculteur·trice·s seraient marginalisé·e·s, faisant écho aux préoccupations exprimées par le professeur M.D. Nanjundaswamy il y a plusieurs dizaines d’années.

« La situation critique des agriculteur·trice·s indien·ne·s est un microcosme d’une crise mondiale qui touche les petit·e·s agriculteur·trice·s du monde entier. En 2020, les agriculteur·rice·s indien·ne·s ont fait preuve de résilience en manifestant pendant 13 mois. Nous pouvons recommencer, et nos villages observent attentivement ce qui se passe. Le gouvernement peut apporter une solution en un rien de temps s’il le souhaite sincèrement. Il suffit d’adopter une loi qui garantisse le PMS », rappelle Yudhvir Singh, de la Bhartiya Kisan Union, qui a également assisté à l’anniversaire de la naissance du professeur M.D. Nanjudaswamy.

« Le professeur MDN avait cette étrange capacité à relier les luttes mondiales, car il reconnaissait les réalités partagées par les paysan·ne·s du monde entier. Il a été l’un des fondateurs du mouvement paysan mondial La Via Campesina il y a trente ans, un excellent organisateur qui a rassemblé de nombreux mouvements paysans. Aujourd’hui, nous devons nous souvenir de son héritage alors que nous assistons une fois de plus à la mobilisation mondiale des petit·e·s producteur·trice·s du monde entier pour obtenir de meilleurs prix. » Le professeur Ravivarma Kumar, ancien procureur général du Karnataka et actuel membre du Comité international de coordination de La Via Campesina, s’est souvenu du légendaire leader paysan.

Le syndicat des agriculteurs de l’État de Karnataka, qui a organisé la manifestation de Bangalore, a également publié une résolution appelant le gouvernement indien à protéger ses stocks alimentaires publics et ses programmes d’approvisionnement, ainsi que les aides nationales aux intrants agricoles lors de la 13e réunion ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Abou Dhabi à la fin du mois. « L’Inde devrait résister à la pression de ces pays développés, car cela pourrait compromettre la sécurité alimentaire d’autres pays en développement, y compris l’Inde elle-même. Pour garantir la souveraineté des agriculteur·trice·s, telle qu’elle est défendue par le KRRS depuis les années 1990, nous demandons que l’agriculture reste en dehors des négociations de l’OMC », peut-on lire dans la résolution.

L’association des agriculteur·trice·s de l’État a également condamné l’attaque israélienne contre Gaza. « Nous demandons à notre gouvernement d’intervenir et de soutenir l’appel mondial en faveur de la paix à Gaza, d’exiger la fin immédiate de cette guerre et de demander à Israël de retirer immédiatement ses troupes afin de sauver les cinq millions de Palestinien·ne·s de Gaza et de Cisjordanie de la famine, de la mort et du meurtre. »

La résolution demande également l’interdiction stricte de l’expérimentation et des essais en plein champ de toutes les cultures transgéniques, y compris la moutarde transgénique tolérante aux herbicides. « L’introduction de moutarde tolérante aux herbicides dans les champs des agriculteurs sous le couvert de la technologie hybride est trompeuse, en particulier lorsque des hybrides non génétiquement modifiés sont facilement disponibles. Le gouvernement du Karnataka peut créer un précédent fort pour les autres États en interdisant la moutarde transgénique et toutes les autres cultures génétiquement modifiées dans l’État et en demandant instamment au gouvernement central de révoquer son approbation antérieure ».

le monde international article du 2024/02/17

En-inde-modi-defie-par-une-nouvelle-manifestation-de-masse-des-paysans

Des dizaines de milliers de paysans indiens ont commencé une nouvelle marche vers la capitale, baptisée « Delhi Chalo » (« en route pour Delhi »), à l’appel de deux cents syndicats d’agriculteurs. Ils se sont mis en branle avec tracteurs et remorques, mardi 13 février, partis du Penjab, le grenier de l’Inde, et de l’Haryana, avec la ferme intention de bloquer New Delhi. L’histoire se répète : ils avaient déjà campé aux portes de la capitale entre novembre 2020 et novembre 2021, la plus longue grève de l’histoire de l’Inde. Ils avaient regagné leurs champs après avoir obtenu le retrait de trois lois de libéralisation des marchés agricoles. Une immense victoire, remportée à un prix très lourd. Sept cents paysans sont morts durant le siège de la capitale.

Toutes les promesses n’ont pas été tenues. Le gouvernement avait lancé la création d’un groupe chargé d’examiner la possibilité d’imposer des prix minimum garantis pour les récoltes dans l’ensemble du pays. Mais aucune décision n’a été prise. Cette question est au cœur de la nouvelle marche.

Les paysans réclament l’instauration de tarifs minimum pour toutes leurs productions, pas seulement le blé, le riz et la canne à sucre, comme c’est le cas aujourd’hui. Ce système permet de protéger les agriculteurs de la volatilité des cours, les pouvoirs publics intervenant lorsque les prix du marché passent en dessous du tarif minimum garanti.

« Des années de négligence »

Les syndicats demandent aussi une pension de 5 000 roupies (55,8 euros) pour les agriculteurs, un allègement de leur dette et le retrait des poursuites judiciaires engagées lors des précédentes manifestations. Ils exigent enfin que l’Inde quitte l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pour se protéger de la concurrence de l’étranger. Février 14, 2024 AMNESTY INTERNATIONALES

Inde. Les restrictions croissantes et l’escalade de la répression contre la marche des paysans menacent le droit de manifester pacifiquement

En réaction aux restrictions croissantes et à l’escalade de la répression imposées par les autorités indiennes face à la marche pacifique des paysans, baptisée « Dilli Chalo », Aakar Patel, président du conseil exécutif d’Amnesty International Inde, a déclaré :

« Au lieu de faciliter le droit de manifester, le gouvernement indien déploie encore une fois beaucoup d’efforts pour réprimer les manifestations pacifiques des paysans à travers le pays. La marche ” Dilli Chalo “ se heurte à la répression, ce qui va à l’encontre de l’obligation du gouvernement de ne pas restreindre les rassemblements pacifiques de manière inutile ou disproportionnée.

« Les autorités indiennes doivent désamorcer sans attendre la situation et garantir les droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et de circulation. Elles doivent condamner toute allégation de recours inutile et excessif à la force par les forces de l’ordre contre les manifestations d’agriculteurs dans le pays et mener des enquêtes efficaces. Les gaz lacrymogènes ne doivent être utilisés qu’en dernier recours pour faire face à une violence généralisée, après avoir évalué précisément les risques, lancé un avertissement verbal et donné aux participants la possibilité de se disperser.

« En outre, les grenades lacrymogènes ne doivent pas être larguées par des drones, au risque d’exposer les manifestants à des quantités excessives de substances chimiques, de provoquer panique et désorientation, et d’empêcher les manifestants d’identifier le meilleur itinéraire pour se disperser.

« Amnesty International engage les autorités indiennes à cesser d’écraser la dissidence pacifique et à lever toutes les restrictions injustifiées qui entravent les manifestations pacifiques dans le pays, notamment les interdictions générales, les coupures d’Internet empêchant la diffusion d’informations en temps voulu, ainsi que l’usage illégal de la force par les responsables de l’application des lois et l’arrestation et la détention arbitraires de manifestant·e·s pacifiques. »

Complément d’information

Plus de 200 syndicats agricoles indiens participent à la marche du « Dilli Chalo » depuis les États du Pendjab, de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh, dans le but de parvenir jusqu’à la capitale, New Delhi. Ils portent 12 revendications, notamment la garantie légale d’un prix minimum de soutien pour toutes les récoltes, promesse faite par le gouvernement en 2021. D’après les informations dont dispose Amnesty International, la marche est pacifique, car elle ne donne pas lieu à des violences graves et généralisées, et est par conséquent protégée par les normes internationales relatives au droit à la réunion pacifique.

Les autorités ont imposé l’article 144 du Code indien de procédure pénale, qui interdit les rassemblements de plus de quatre personnes, à trois frontières de Delhi et dans 15 districts de l’État de l’Haryana. L’accès à New Delhi est bloqué par d’importantes barricades et un vaste déploiement de forces de sécurité, la mise en place de blocs de béton, de clous en fer et de fils barbelés, et Internet est coupé dans au moins sept districts de l’Haryana. Ces restrictions injustifiées constituent une violation du droit de réunion pacifique.

Le 13 février, certains des paysans mobilisés, près de la frontière de Shambhu en périphérie de Delhi, ont commencé à écarter les barricades pour poursuivre leur avancée. Ces actes n’ont pas entraîné un usage de la force susceptible de provoquer des blessures ou des décès, ni des dégâts matériels graves, et ne justifiaient donc pas l’intervention de la police pour disperser le rassemblement. Pourtant, la police de l’Haryana a tiré des salves de gaz lacrymogènes, y compris à l’aide de drones, pour disperser les manifestants. C’est la première force de police en Inde à utiliser des drones pour larguer des grenades lacrymogènes afin de disperser une manifestation.

D’après des sources policières, au moins 4 500 grenades lacrymogènes ont été tirées pendant six heures. Les leaders du mouvement paysan ont affirmé que certaines ont été larguées sur des fermiers âgés qui attendaient un peu plus loin sur des remorques de tracteurs. Ils ont ajouté que la police détenait une dizaine de paysans depuis mardi 13 février et que plusieurs manifestants ont été blessés par des tirs de projectiles à impact cinétique (balles en caoutchouc).

ANRU STOP AUX DÉMOLITIONS !conférence de presse du 7 février 2024

Le 7 février 2024, des habitants de logements sociaux sont venus de toute la France devant l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Une centaine de personnes issues de nombreuses villes ont réclamé la réhabilitation de leur immeuble plutôt que la destruction, et demandé un moratoire sur les projets contestés en cours.

Un grand nombre de collectifs et d’associations d’habitant -e-s se mobilisent contre les démolitions abusives de logements sociaux programmées par la politique de l’ANRU (la Reynerie au Mirail à Toulouse, la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, l’Alma Gare à Roubaix, la Maladrerie à Aubervilliers, etc). Tout cela est partie prenante du regroupement « Stop aux démolitions de l’ANRU ».

À l’occasion de l’anniversaire des 20 ans de l’ANRU, un rassemblement se tenait le mercredi 7 février 2024 devant le siège de L’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) à Pantin et fut demandé à ce qu’une délégation soit reçue portant l’exigence d’un moratoire immédiat sur les démolitions.

L’appel a recueilli 550 signatures de soutien dont celles de 34 collectifs et associations d’habitants de nombreuses régions ainsi que 310 d’architectes, d’urbanistes et enseignants.

Dans l’émission de ce 26 février, nous avons pu entendre le reportage réalisé lors du rassemblement devant l’ANRU à Pantin en appui à une délégation.

Dans l’émission de ce jour, nous entendrons une partie de la Conférence de presse qui se tenait à la suite de la mobilisation du matin à Pantin. avec notamment, un retour de la rencontre avec la direction de l’ANRU et des récits d’opération de l’ANRU Cette conférence de presse se tenait au centre international des cultures populaires dans le 11ᵉ arrondissement de Paris.

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