BOLIVIE : colère sociale et défis politiques

En appel au rassemblement de ce soir 20h devant l’Ambassade de Bolivie à Paris, en solidarité à la mobilisation déclenchée le 1er mai dernier et exigeant la démission du gouvernement néolibéral de Rodrigo Paz, nous vous diffusons aujourd’hui deux entretiens réalisés la semaine dernière à ce sujet. Dans un premier temps vous entendrez Rafaela, habitante de La Paz, qui fera le point sur la situation actuelle et reviendra sur les enjeux actuels de la mobilisation. Puis, vous pourrez entendre, Lucia du Collectif Whipala, bolivienne résidant en France, revenir sur le contexte qui a amené au déclenchement de cette mobilisation et l’importance d’une solidarité à l’internationale, dans l’éventualité de la mise en place d’un état d’exception.

Communiqué du Mouvement des Communauté de Bases Bolivien

NOUS SOMMES TOUS APPELÉS À LA LUTTE, QUE NUL NE MANQUE À L’APPEL !

Face à la crise d’État provoquée par Rodrigo Paz, nous condamnons fermement l’asservissement du gouvernement à l’axe États-Unis-Israël-Europe. Leur seul but : piller nos richesses (lithium, terres rares, or, coca, hydrocarbures, charbon, entre autres) avec un mépris et une arrogance profondément racistes.

I. Le Moteur de l’Histoire : Composés des 36 nations originaires et des secteurs populaires indigènes, nous formons la majorité hégémonique des campagnes et des villes. Nous sommes le véritable moteur économique de ce pays. Face à la spoliation historique et à la criminalisation raciste qui nous taxe de « vandales » ou de « terroristes », nous dressons notre force contre des élites soumises, racistes et séparatistes.

II. Unité et Mémoire Organique Défense : La lutte anticoloniale de nos peuples est permanente. Aucun envahisseur ne pourra détruire la force militante de nos communautés, qui ont su préserver notre existence avec une détermination et une sagesse ancestrales.

Retrait : Nous exigeons le retrait de nos enfants du service militaire — une institution utilisée pour massacrer notre propre peuple — afin de renforcer l’économie communautaire et notre autogouvernement.

Unité : Nous formons une confédération issue de la base. Nous œuvrons pour l’unité organique de toutes les organisations auto-convoquées dans les rues et sur les routes. Nous désavouons et retirons toute légitimité à ceux qui oseraient négocier en notre nom. Nous mettrons fin à la confrontation artificielle de l’« Indien contre l’Indien » imposée par l’État et les opportunistes.

III. Le Pouvoir par l’Autogouvernement : Nous défendrons la Constitution Politique de l’État Plurinational contre les assauts néolibéraux et autoritaires.Le pouvoir véritable réside au sein des assemblées syndicales, territoriales et communales. Notre objectif ultime est d’engager un processus constituant par lequel les forces vives démantèleront enfin la structure de l’État colonial.

IV. Agenda de Lutte Démission : Départ immédiat de Rodrigo Paz, dissolution du Parlement et destitution des hautes instances judiciaires.

Souveraineté : Expulsion définitive de la DEA et cessation totale de toute ingérence étrangère.

Revendications : Loin de la politique politicienne, cet agenda doit concrétiser les revendications organiques et historiques de l’ensemble de nos secteurs.

V. Horizon Communautaire:

Pouvoir : Refonder l’Instrument Politique de la révolution communautaire ainsi que l’Assemblée des Nations Originaires Andino-Amazoniennes, afin de garantir notre pleine autodétermination.

Économie : Nationalisation intégrale de l’exploitation minière (y compris les fausses coopératives) sous strict contrôle social communautaire. Rapatriement des capitaux détournés vers les paradis fiscaux. Contrôle du commerce extérieur Expropriation des terres de l’agrobusiness pour les restituer au peuple. Substitution du modèle d’importation par une véritable industrialisation communautaire.


Nous saluons le courage et la détermination de nos frères et sœurs mobilisés sur les routes et dans les rues : femmes, paysans, ouvriers, jeunes, enfants et aînés, tous unis pour bâtir des conditions de vie dignes.


Une lutte prolongée s’engage, unissant les campagnes aux villes, pour que le pouvoir communautaire supplante définitivement l’État colonial. Nous nous gouvernerons nous-mêmes.

Bolivie : Face à l’état d’exception, la mobilisation continue.

Face aux barrages routiers et aux manifestations massives qui se déroulent en Bolivie depuis plus d’un mois, le parlement a abrogé mardi une loi encadrant strictement le recours à l’état d’urgence, laissant désormais les mains libres au président Rodrigo Paz pour mobiliser l’armée et restreindre certaines libertés publiques face aux manifestations réclamant sa démission. Dans cette émission nous vous diffusons donc trois entretiens réalisé dans la semaine afin de faire un point sur la mobilisation. Vous entendrez donc Guillermo qui fait un point sur la situation en début de semaine. Puis Andres, membre de Revuelta Malcriada résidant dans la vallée de Cochabamba, réalisé le 05 juin, qui revient sur la genèse de la mobilisation et les difficultés auxquelles elle doit faire face. Et pour finir nous vous diffuserons la prise de parole de Samuel du Mouvement des Communautés de Base.

BOLIVIE : les enjeux de la mobilisation

Depuis le début du mois de mai, une mobilisation réunissant une grande partie des secteurs de la société s’organise en vue de résister au tournant libérale imposé par le gouvernement néo-libéral de Rodrigo Paz. Afin de mieux comprendre comment les revendications sectorielles se sont rencontrées pour aboutir à une mobilisation qui demande actuellement la démission du gouvernement et les enjeux actuels de la mobilisation, nous avons réalisé un entretien avec Cristina, habitante de la Vallée de Cochabamba. C’est cet entretien que nous diffusons en intégralité dans l’émission de ce jour.

Reprise de la mobilisation générale en Bolivie

Depuis le début du mois de mai, une mobilisation générale s’est déclenchée en Bolivie. Le 18 mai, à La Paz, mineurs, enseignants, paysans, ouvriers et communautés autochtones ont organisé la plus importante manifestation du conflit. Au 21 mai, l’Administration bolivienne des routes recensait 46 barrages routiers actifs, concentrés aux points d’accès stratégiques vers La Paz et El Alto. Aujourd’hui, nous vous diffusons donc un interview réalisée autour de la situation bolivienne et des motifs de cette mobilisation réalisé le 24 mai. Puis nous vous rediffusons l’émission réalisé en février autour de la mobilisation générale de la fin 2025, début 2026, afin de mieux comprendre dans quel contexte la mobilisation actuelle s’est déclenchée.

BOLIVIE : le bilan de la mobilisation générale 2025/2026

Le gouvernement de droite récemment élu en Bolivie a promulgué un décret suprême (5503) qui ouvrait la porte aux investissements transnationaux « fast-track » ou accélérés, et prévoit des réductions d’impôts pour les ultra-riches, tout en augmentant le prix de l’essence de 82 % et celui du diesel de 163 %. Face à cela, une mobilisation s’est organisée fin décembre 2025, début décembre 2026. Début janvier, la marche « La Bolivie ne se vend pas »,Bolivia No Se Vende, est arrivée au siège du gouvernement, avec près d’un demi-million de manifestants, et près de 40 points de blocage ont été enregistrés sur les principales routes du pays. face à cette organisation le gouvernement a reculé immédiatement mais a néanmoins affirmé qu’il prévoyait de présenter de nouvelles réformes dans les mois à venir. pour mieux comprendre, les tenants et les aboutissants de cette mobilisation et les perspectives politiques qui se dessinent dans les moi à venir, nous avons donc demander à Samuel Morville, habitant de la région de Cochabamba de répondre à nos questions. C’est son interview que nous vous diffusons pendant l’ensemble de cette émission.

Mobilisation du 14 octobre 2025 à Paris, en Belgique et partout dans le monde

Dans cette émission, vous pourrez entendre Benjamin de la commission international Bloquons tout sur la mobilisation du 14 octobre à Paris. Puis Jacques Chastaing qui nous fera un tour d’horizon des luttes dans le monde. Puis, vous entendrez Stéphane Galais porte-parole de la confédération paysanne, sur la mobilisation du 14 octobre à Paris contre les traités de libre échange du MERCOSUR puis Samy installé en Bolivie.

Manifestation nationale – 14 octobre en Belgique

Avec son accord d’été, le gouvernement réduit encore la Sécurité sociale, les droits sociaux, notre pouvoir d’achat et donc les perspectives d’avenir de la population. Par contre, il a trouvé de l’argent pour acheter plus de drones et d’avions de chasse !

Le mouvement se poursuit contre la casse sociale de l’Arizona. Nous voulons :

  • des pensions dignes et le retrait du Malus Jambon ;
  • des emplois de qualité et pas des contrats bidons ;
  • plus de pouvoir d’achat, le maintien de l’indexation automatique, des services publics refinancés ;
  • une réforme fiscale qui fasse davantage contribuer les plus riches ;
  • le respect des droits fondamentaux dont les droits syndicaux ;
  • une politique ambitieuse pour la transition vers une société sans carbone respectueuse de l’environnement et des travailleurs/euses ;
  • la reconnaissance de l’État palestinien et des sanctions sévères contre Israël.

Rendez-vous le 14 octobre à partir de 10h à Bruxelles pour une manifestation nationale en front commun syndical

Le 14 octobre à Paris, bloquons ensemble avec la confédération paysanne contre l’accord UE-Mercosur !

Pour stopper l’accord de libre-échange UE-Mercosur, la Confédération paysanne appelle largement l’ensemble des paysan·nes, encartés ou non, les organisations citoyennes de solidarité internationale, de protection des consommateur·rices, de défense de l’environnement, les syndicats de travailleur·euses, les pétitionnaires contre la loi Duplomb, les citoyen·nes à monter sur Paris pour manifester, tracteurs en tête, le mardi 14 octobre, à 12h esplanade des Invalides.

Tous les accords de libre-échange sont à refuser, clause de sauvegarde ou non. Ils sont catastrophiques pour l’avenir de nos élevages et de nos fermes et pour la qualité de notre alimentation. Ils sapent aussi notre démocratie, empêchant toute initiative politique publique de justice sociale, de relocalisation et de transition. Nous exigeons donc la régulation des marchés et un commerce international équitable qui placent enfin les enjeux de revenu paysan, de souveraineté alimentaire, de droits sociaux, de protection de l’environnement devant les intérêts financiers des multinationales.

C’est cet appel à une stratégie enfin gagnante contre le libre-échange que nous allons porter cet après-midi en audition à l’Assemblée nationale sur l’accord UE-Mercosur. Au-delà des discours de façade, nous espérons que les parlementaires et les autres syndicats agricoles seront prêts à poser enfin les bases d’un front de lutte solide contre le libre-échange qui participe à la délocalisation de notre agriculture et à la fragilisation de notre revenu.

Les contradictions profondes actuelles des dirigeants de la FNSEA et de la Coordination Rurale autour des normes empêchent une réelle stratégie gagnante contre les accords de libre-échange. Les dirigeants de la FNSEA orchestrent une stratégie volontairement perdante, du fait de leurs propres intérêts à maintenir ce système économique injuste. Faut-il en effet leur rappeler qu’il n’est pas possible d’un côté de revendiquer de protéger notre agriculture, et de l’autre côté de pousser des mesures accélérant la course à la compétitivité sur les marchés mondiaux : ré-autorisation de pesticides interdits, agrandissement et concentration capitalistique des exploitations, déréglementation des OGM, détricotage des droits sociaux, développement des méga-bassines, soutien à d’autres accords de libre-échange… Cette posture contradictoire est d’une hypocrisie sans nom qui mène le monde agricole dans le mur. Comment allons-nous rivaliser avec des pays où le salaire minimum avoisine un euro l’heure ? Devrons-nous autoriser à nouveau les antibiotiques comme activateurs de croissance ? Devrons-nous supprimer le SMIC en France ?

Les décideurs politiques doivent aussi avoir le courage de la clarté : vouloir abaisser nos normes pour se battre sur les marchés mondiaux, comme avec la loi Duplomb, ou protéger un modèle agricole et alimentaire de qualité et donc réguler les marchés.

Le 14 octobre, deux camarades seront jugés suite à notre action syndicale du 5 décembre 2024 au Grand Palais lors de la Bourse européenne du commerce, pour dénoncer la spéculation sur les marchés agricoles. Ce doit être le moment d’une mobilisation massive pour stopper tous les accords de libre-échange. C’est en se mobilisant avec le reste de la société, pour créer un rapport de force gagnant, que le monde agricole pourra faire valoir ses revendications pour stopper ces politiques libérales qui détruisent nos fermes, notre revenu, notre santé et l’environnement. Faire croire l’inverse, c’est tromper les paysan·nes sur notre capacité à faire reculer la logique du libre-échange sur nos fermes et dans nos vies.

Ce front commun, le plus large possible, est la condition sine qua non pour réussir à sortir enfin l’agriculture et l’alimentation des logiques de marché !