Quel avenir pour le secteur de la psychiatrie ?

La santé mentale comme cause nationale pour la deuxième année consécutive fait les gros titres, et pour cause ! Le contexte socio-économique n’est pas sans renforcer les angoisses et accentuer les demandes en soins psychiques en augmentation constante ces dix dernières années.

La psychiatrie souffre d’un désinvestissement massif et continu de longue date. Ce début d’été, et marqué par une canicule jamais vu depuis 2003. Les hôpitaux sont en grandes difficultés. Quel va êtres la situation de la psychiatrie ?

En seconde partie d’émission, nous reviendrons sur la situation de la psychiatrie à l’hôpital Sainte-Anne à Paris avec le risque de fermeture du centre d’accueil et de crise Ginette Amado

Et nous allons commencer cette émission par la situation de la pédopsychiatrie. Le 17 juin 2026, le collectif fondation Vallée et la CGT, organisait à la mairie de Gentilly, une réunion publique intitulée : quelle pédopsychiatrie pour demain.

Dans le 94, le Centre hospitalier spécialisé en pédopsychiatrie Fondation Vallée offrait un large dispositif de soin permettant aux populations du bassin de vie d’accéder à des soins de proximité, mais aussi d’hospitalisation. Depuis quelques années, les équipes de la Fondation Vallée alertent sur les conditions de travail dégradées dues à un manque de moyens humains et matériels, et sur la difficulté de maintenir une qualité de soin digne.

Les suspensions des unités par l’Agence Régionale de Santé se sont appuyées sur des suspicions de mauvais traitements d’enfants. Elles ont été précédées par un bashing médiatique sans précédent affectant les patients et leurs familles ainsi que les professionnels.

Nous allons entendre une partie des prises de parole de cette soirée de rencontre et débat avec médecins et soignants en pédopsychiatrie, ainsi que d’une représentante des usagères et des syndicalistes.

Le Centre d’Accueil et de Crise Ginette amado ( CAC) est ouvert 7j/7, 24h/24, depuis 1981. Il est provisoirement situé à proximité immédiate de son secteur (5ᵉ, 6ᵉ et 7ᵉ arrondissement de Paris) au pavillon F du Groupe Hospitalier Universitaire (GHU) site Sainte-Anne. Cette petite unité à taille humaine est proposée pour des situations de crise, des consultations (souvent répétées), un accueil à temps partiel structuré, mais modulable, un travail de soins ambulatoires et aussi la possibilité d’un accueil à temps plein, de courte durée, généralement pas plus de quelques jours. Ce modèle se retrouve maintenant attaqué et de nouveau menacé de fermeture.

Devant l’urgence de la situation et dans ce contexte, où la santé mentale est reconnue
comme une priorité majeure de santé publique, les organisations syndicales CFDT, CGT et SUD, aux côtés du Collectif de défense du CAC Amado ont appelé à un rassemblement et conférence de presse le 23 juin 2026 devant le pavillon F du GHU site Sainte-Anne. Nous entendrons une partie des prises de parole qui souligne l’importance du maintien de ce lieu et aussi une interview avec des médecins, sur la situation plus générale de la psychiatrie. Quatre syndicats de psychiatres du public annoncent une grève à la mi-septembre au niveau national suite aux annonces gouvernementales. À suivre !

texte lu le 23 juin 2026 lors de la mobilisation pour la sauvegarde du Centre d’Accueil et de Crise Ginette Amado

C’était il y a 100 ans :
Ginette Amado est née le 2 février 1926, à Paris. En 1942 elle échappe à une rafle avec toute sa famille, juive, qui fuit au Mexique. Brillante, à 16 ans elle y entame des études médicales. Et à 18 ans, elle rentre en France pour s’engager comme infirmière dans l’armée française de Libération jusqu’à la fin de la Guerre.

Des années plus tard, le Docteur Amado, psychiatre du service publique engagée dans le mouvement de désaliénation, après plusieurs postes à responsabilités dont celui de medecin-directeur d’hôpital, installe
d’abord illégalement, mais avec le soutien des autorités ministérielles le premier Centre d’Accueil et de Crise en France en 1978 à Champigny-sur-Marne, puis en 1981, le premier à Paris, au 17 rue Garancière.
C’était il y a 45 ans, quasiment un demi-siècle : Le respect de la personne fût le préalable absolu de la pratique du docteur Amado. Son intolérance à
l’injustice et sa capacité d’empathie ont guidée sa pratique. C’est donc l’accueil de la personne en souffrance d’abord et avant tout qui est privilégié et pas le classique modèle médical « signes, diagnostic, traitement ».

L’idée est que la rencontre se fasse au plus tôt ,pour éviter une dégradation de la situation, avec comme principal objectif la recherche de l’alliance thérapeutique, privilégiant un engagement thérapeutique immédiat et ainsi des soins sur le long terme. C’est logiquement que ce travail d’accueil des personnes en situations de crise devait se développer en dehors de l’hôpital, en ville donc, au plus près des conditions de vie des gens, s’inscrivant ainsi dans l’esprit de la psychiatrie de secteur qui a pu faire pendant quelques décennies la fierté de la psychiatrie française.

En 1990, la presse salue son travail et le déploiement d’autres structures extra-hospitalières qui permettent que presque toutes les prises en charge psychiatriques soient réalisées sur le secteur géographique loin des structures hospitalières avec leurs risques d’isolement, de stigmatisation et de contentions. Ces risques ont
toujours été inexistants dans le service du docteur Amado qui avait interdit ces usages, incompréhensibles pour elle, dès son arrivée dans le service. Tout ce dispositif de soins a été mis en place avec la volonté d’accueillir humainement les personnes, et il faut le dire : sans dépense supplémentaire, juste une organisation cohérente de l’offre de soins.
Les patients qui ont rencontré « l’accueil », sont revenus facilement, quand le besoin s’en faisait sentir, vers cette structure ouverte dénuée de toute contention mais humainement contenante.Le déploiement de la politique de secteur mis en place par le docteur Amado, il y a plus de 50 ans reste aussi innovant qu’exemplaire. Elle reçut d’ailleurs pour cela les plus haute distinction de l’état.
Ginette Amado décédera en 2015 à Paris. Le Centre d’Accueil et de Crise Garancière va dorénavant porter son nom l’année qui suivra.

C’était il y a 10 ans.
En effet, c’est en 2016, que le CAC est inauguré par le président du sénat, M. Larcher, au nom de ce médecin remarquable.
Et pendant quelques années, encore le CAC Amado sera une unité qui fonctionnera formidablement bien, pilier de son secteur, permettant d’avoir le seul pavillon d’hospitalisation de Sainte-Anne qui aura toujours de la place pour accueillir les patients hors-secteur. (Ce qui arrangera bien l’hôpital soit dit en passant)
Puis en 2019, des travaux de désamiantage doivent avoir lieu dans les locaux historiques, rue Garancière. Alors, le CAC est déménagé transitoirement dans l’hôpital le temps de ces fameux travaux pour devoir revenir ensuite à sa place dans son secteur.
Des bouleversements auront lieu dans les années qui suivent et on va fusionner deux secteurs en un pôle, l’encadrement va se renouveler, le docteur Jean-Luc Marcel qui avait pris la suite décède et les médecins à la tête ce pôle ne seront plus les mêmes. L’histoire, le fonctionnement, l’utilité de santé publique du CAC n’est
plus comprise, voire même dénigré. Et alors, on arrive en Juin 2025 et l’équipe qui le compose apprend subitement qu’il va disparaître.

C’était il y a 1 an.
Un nouveau projet bien brandé dit UARC, bon peut-être pas si bien que ça, remplacera le CAC qui n’aura dorénavant plus de possibilité d’accueil temps plein, qui se fera sur des horaires drastiquement diminués, qui ne proposera pas de solutions pour les nuits et les week-ends, qui aura une équipe réduite à peau de chagrin. Aucune négociation possible, aucune marge de manœuvre : on nous dit : « si vous n’adhérer pas à ce nouveau projet, vous pouvez partir. Ne vous en faites pas, il y a des postes partout dans l’hôpital. » (On ne sait vraiment pas si cela doit être rassurant d’ailleurs)
Alors l’équipe se mobilise, des patients se mobilisent, et leurs proches se mobilisent, les syndicats se mobilisent, les élus locaux se mobilisent, puis des sénateurs se mobilisent, des députés se mobilisent, des nouveaux élus se mobilisent, un ancien premier ministre se mobilise, des personnalités publiques se mobilisent, des associations se mobilisent …

Mais pour autant, le CAC est toujours menacé de disparition, et une année de violence institutionnelle considérable va suivre : pression sur le personnel pour partir, quatre mois d’attente pour avoir l’autorisation de rencontrer la psychologue du travail, une absence de communication à laquelle s’ajoute même de la désinformation de façon récurrente, une diminution progressive de notre effectif, un isolement de notre unité, un dénigrement de notre travail, un retrait des étudiants du CAC, bref, un torpillage en règle …
Dans le but de mettre un peu de rationalité dans cette décision de fermeture puisque l’unité a fait ses preuves depuis 45 ans d’existence, une demande d’étude médico-économique, est demandé par le Conseil de la Ville de Paris à l’unanimité. Et il y a quelques jours, cette demande a abouti :
Le GHU mandate le CNEH (le Centre National de l’Expertise Hospitalière) dont il est adhérent. Il n’y a pas eu le moindre appel d’offre préalable. Le CNEH est spécialisé dans le coaching et la formation des dirigeants
d’hôpitaux, pourquoi pas, allons-y.
Bref, un audit est réalisé en 8 jours par 2 personnes. Oui,oui. La méthodologie est peu définie. Elle consiste à publier la liste des personnes interviewées. Aucun patient n’est présent, aucun membre de famille de patient ne sont contactés. Le parcours des patients n’est pas pris en compte. Quelques graphiques sont présentés sans
évoquer non plus l’histoire de la construction du pôle qui rassemble maintenant 3 secteurs.

Les conclusions sont surprenantes, ou pas. Elles reprennent mot à mot et sans plus d’arguments le projet du GHU : Pas de lits sur le secteur, les patients ne sont pas en sécurité dans une petite unité, et puis ils sont dangereux et drogués donc encore plus dangereux, et ça coûte trop cher de toute façon. Non écoutons ce que
propose la direction, faisons plutôt l’UARC mais ajoutons-y un peu digital. Aucune proposition pour sécuriser cette structure qui a toujours été en ville. Dommage. Maintenant faut-il avoir peur des malades ?
Faut-il penser à regrouper toutes les structures de ville (comme les foyers et les CMP aussi) à l’hôpital bien à l’abri dans les murs de l’enceinte ? Cette étude n’est pas recevable. Elle n’est qu’un outil au service du GHU qui vise uniquement à réduire les
coûts au mépris des services à rendre au public.

La psychiatrie va mal. Il est clair que la situation actuelle du CAC Amado est un symptôme de ce mal-être. Il faut revenir aux soins adaptés à tous. Nous voulons garder les conditions qui nous permettent d’accueillir
les personnes en souffrance psychique le plus précocement possible. Nous voulons garder ce cadre thérapeutique cohérent qui respecte les patients et qui donne du sens à notre travail.
Nous demandons le maintien du Centre d’Accueil et de Crise ouvert en permanence, jour et nuit , week-end compris, rue Garancière. Nous demandons au GHU qu’il nous écoute, et au gouvernement qu’il soutienne l’installation de Centres d’Accueil et de Crise, sur tout le territoire.

Je terminerai en citant le Dr Ginette Amado : «C’est l’écoute attentive qui permet le plus souvent d’éviter le drame, drame que certains d’entre nous désignent comme étant l’urgence en psychiatrie. Pour y parvenir, une disponibilité de 24h sur 24h est
essentielle, tant il est vrai que l’absence d’écoute est le plus fréquemment génératrice de paroxysme anxieux».
Merci pour votre attention, désolé pour la longueur mais ce récapitulatif, essentiel pour la pleine compréhension de cette période.

Focus sur les fanzines critiques de la psychiatrie

Diverses couvertures de zines. De gauche à droite : Nouveaux cahiers pour la folie, Marge, Cahiers pour la folie, Psychiatrisés contre les traitements forcés, SoinSoin, Tankonalasanté, Mise à Pied.

Dans cette émission vous pourrez entendre des discussions portant sur l’objet fanzine en tant que tel, et plus précisément sur ceux critiques de la psychiatrie à l’occasion de la présence de Stéphane Zygart, qui intervenait, outre ses activités universitaires, à la librairie l’Atelier, à Paris, en sa qualité d’auteur d’un article dans la revue n°13 des Nouveaux cahiers pour la folie. Ce travail sur les fanzines a été réalisé avec le collectif manceaux Encore Heureux, dans lequel il milite, et plus particulièrement avec Stéphanie Béghain et Olivier Nourisson. Ce collectif pour en dire quelques mots, se donne entre autre objectif, de fabriquer des passerelles entre des lieux, collectifs, hôpitaux de jour, instituts médicaux-éducatifs, cliniques psychiatriques, centres d’accueil thérapeutique à temps partiel, et autres Groupes d’Entraides Mutuelles, clubs thérapeutiques, associations ou ateliers.
Mais revenons à nos fanzines. A quoi servent-ils ? A qui sont-ils destinés ? Qui participent à leur écriture ? Comment et dans quelles conditions sont-ils fabriqués ? Quels sont les sujets traités ? Quelles sont les réflexions et les problématiques propre à ce type de revue ? Autant de questions et plus encore qui seront abordées dans cette émission, et qui nous permettront par là même d’interroger la façon dont les luttes sociales, ici vis-à-vis à la psychiatrie, peuvent se doter de moyens de publicité, d’organisation et de réflexion.

Quelques fanzines nommés dans l’émission, à retrouver sur le net et ailleurs :

  • Les nouveaux cahiers sont à retrouver sur leur site internet lesnouveauxcahierspourlafolie.unblog.fr/ ainsi que dans diverses libraires telles que Publico, 145 rue Amelot 11e ar à Paris, à la librairie l’Atelier 2 bis rue du Jourdain, au café-librarie Michèle Firk, au 9 rue François Debergue à Montreuil.
  • Les dix premiers numéros des cahiers pour la folie peuvent être retrouvés sur le site DicoPolHiS (abréviation de dictionnaire politique de la santé), dans la rubrique archive.
  • Le journal Marge, qui est paru entre 1974 et 1979 est à retrouver en intégralité sur archivesautonomie.org.
  • Sur le même site des numéros du journal Tankonalasanté, publié de 1973 à 1977, par le Groupe d’Information sur les Asiles.
  • SoinSoin peut être retrouvé sur leur site internet : https://soinsoin.fr/
  • Mise à Pied peut être retrouvé sur le site internet du CRAS


Pour aller plus loin :
Vous pourrez retrouver des brochures en ligne sur le site internet comme-un-fanzine.net ou encore infokioske.net.

Si le sujet des zine, des revues et journaux vous intéresse, sachez également que l’émission radio La suite au prochain numéro, y consacre spécifiquement ses émissions. Vous pourrez réécouter les émissions en podcast sur leur site internet : lasuiteauprochainno.wixsite.com/radio.

Présentation du livre “A en devenir fou” par Alexandre Macé Dubois/Histoire de la commission juridique du groupe information asiles

Dans cette émission, vous entendrez en première partie la présentation du livre « À en devenir fou. Et si l’hôpital psychiatrique fabriquait plus de malades qu’il n’en soigne ? », par Alexandre Macé Dubois. Ce dernier, journaliste, s’est fait interné dans un service psychiatrique, et vous entendrez ici son témoignage. Puis, en seconde partie, vous pourrez écouter un récit tentant de faire une histoire de la Commission juridique du Groupe information asiles, et par extension une histoire du droit des internés. Ce groupe se fonde sur le constat que les personnes internées en psychiatrie n’ont aucun droit. Ce qui ne sera pas sans rappeler le propos de la première partie, où infiltré dans un hôpital psychiatrique, le journaliste constate bien des entorses et des maltraitances au sein de l’institution psychiatrique.

Lutte du Collectif pour l’avenir des hôpitaux de Saint-Maurice, les Murets

Image présentant les bâtiments de psychiatrie de l’hôpital Saint-Maurice menacés par le projet immobilier, par le « Collectif pour l’avenir des Hôpitaux de Saint-Maurice, les Murets », CC BY-SA 4.0 Deed

Dans cette émission, il sera question tout à la fois de psychiatrie, du soin plus généralement, d’architecture, de défense du patrimoine et d’écologie. Une association et une articulation assez rare pour être relevée, alors que les luttes hospitalière, trop souvent, se confinent dans un champ restreint. Cette conjonction est portée par le « Collectif pour l’avenir des Hôpitaux de Saint-Maurice, les Murets ». Il s’agit d’un collectif aux composantes plurielles, regroupant soignant-es, usager-ères, riverain-es, associations écologistes, syndiqué-es et élus, qui s’est constitué en mai 2023 à l’occasion d’un projet immobilier, porté tout à la fois par la direction (Direction de Groupement Hospitalier de Territoire 94 Nord), par l’Agence Régionale de Santé et par la mairie de Saint-Maurice.

En première partie d’émission, vous pourrez ainsi entendre un des morceaux choisis d’intervention du collectif ayant eu lieu dans le cadre des Semaines de la Folie Ordinaire, articulées avec des interviews réalisées lors d’une manifestation locale, à Saint-Maurice, deux jours plus tard, le mardi 17 octobre. Y sera développé les différentes dimensions de la lutte en cours.
La seconde partie d’émission quant à elle, se focalisera sur des réflexions plus spécifiques aux luttes dans la psychiatrie, au travers de discussions en présence du « Collectif pour l’avenir des Hôpitaux de Saint-Maurice, les Murets ». Lequel reviendra sur son expérience.

Pour plus d’informations, ou demander à être inscrit à la liste de diffusion, contactez : collectifavenirhsmmurets@gmail.com

Prochaines dates :
– Réunion publique en présence du « Collectif pour l’avenir des Hôpitaux de Saint-Maurice, les Murets », le mercredi 8 novembre 2023 au 12 Rue Paul Verlaine, à Saint-Maurice. Voir aussi Agenda militant
– Conférence par l’architecte Eric de Thoisy dans le cadre d’un séminaire sur le thème de l’architecture et du care (soin), où seront présents des membres du collectif. Il se tiendra le jeudi 9 novembre, sur le bateau l’Adamant. Ce dernier est amarré quai de la Rappée au niveau du pont Charles de Gaulle. Voir aussi la première conférence sur ce le même sujet : https://chaire-philo.fr/rester-vertical-partie-1-2/


Lien vers le communiqué de presse du 25 septembre : https://collectif-avenir-hsm-murets.blogspot.com/2023/09/communique-de-presse-lundi-25-septembre.html
Lien vers le site des Semaines de la Folie Ordinaire : https://sdlfoparis2018.wordpress.com/

ABOLIR LA CONTENTION DE MATHIEU BELLAHSEN

Vous allez entendre la présentation du livre de Mathieu Bellahsen paru le 31 août aux éditions Libertalia. La politique d’invisibilisation, de déshumanisation, d’enfermement, d’isolement et de contention est une logique qui dépasse largement le secteur psychiatrique. Sous couvert de réduction budgétaires, de gestion performante, elle colonise nos cerveaux et nos pratiques.

La lecture du livre de Mathieu Bellahsen ; Abolir la contention, est un bon moyen pour interroger nos réflexions et nos actes en se nourrissant des nombreux exemples de résistances qui y sont décrits.

« Quoi qu’on en dise, attacher une personne à un lit n’a jamais été et ne sera jamais thérapeutique. La contention est un contrôle physique témoin d’un corps-à-corps brutal qui touche en premier lieu l’intégrité des psychiatrisé·es. La contention est le symptôme du système contentionnaire, réagencement de l’univers asilaire à l’heure de la e-santé mentale et de ses promesses virtuelles.

Là comme ailleurs, la dématérialisation annoncée s’accompagne de matérialités renforcées. Moins de relations humaines, c’est plus de sangles et de contraintes. Le système contentionnaire a sa mécanique d’entraves. Contention du corps social par l’imaginaire sécuritaire. Contention des soins par des pratiques sans âmes, « cérébrologiques ». Contention du langage par des euphémisations, des banalisations, des renversements des mots et du sens. Contentions financière et législative adaptées au corsetage néolibéral.

Rompre le silence et les complicités autour de la contention est une nécessité pour ne plus laisser le sadisme ordinaire et les abus s’instituer au grand jour comme si de rien n’était. Abolir la contention est une première brèche dans le système contentionnaire. Notre expérience en témoigne. Il est possible de ne pas attacher. Il est possible, collectivement, de faire autrement, que ce soit au niveau des pratiques que dans la société. »

LES GROUPES D’ENTRAIDE MUTUELLES

Dans cette émission, on vous diffuse une rencontre autour de l’existence des Groupes d’Entraides Mutuelles, des lieux portés par des associations d’usagers en psychiatrie. Cette rencontre s’est tenue à Main d’Oeuvre, dans le cadre du festival Sonic Protest, les 25 et 26 mars 2022 à Saint-Ouen.

Les Groupes d’Entraide Mutuelles (GEM) sont des espaces pensés et organisés au quotidien par les adhérents eux-mêmes, avec l’aide d’animateurs salariés et bénévoles. Les GEM ne sont pas médicalisés et si certains cherchent une complémentarité avec les différents dispositifs de soin, d’autres s’organisent comme des accueils occupationnels plus classiques, se substituant même parfois à des prises en charge médicales.

À la différence des lieux de soins, les activités y sont largement portées par les adhérent.e.s eux-mêmes, suivant leurs envies et leurs possibilités. Après quinze années d’existence, des questions nous viennent : de quelles missions les GEM sont-ils porteurs ? Quelles approches pour les nouveaux GEM “autisme” ? Comment s’accommodent-ils de leur cahier des charges et des nombreuses circulaires qui paraissent régulièrement à leur sujet ainsi que de leurs bases économiques fragiles ?

Quels liens entretiennent ces lieux avec la création artistique ? Quels liens avec les structures culturelles extérieures ? Qu’en est-il de la question du soin, de la thérapeutique ? C’est donc pour réfléchir à la fois à l’intérêt spécifique de tels espaces ainsi qu’à leur précarité que le GEM La Maison de la Vague animer ce temps de discussion.

Pour l’occasion seront invités des GEMs mais également certains acteurs qui ne se sont pas reconnus dans cette proposition de la loi de 2005 et qui ont, soit continué une route engagée depuis fort longtemps (clubs thérapeutiques), soit décidé de tracer une autre trajectoire comme réponse aux limitations inhérentes à ce dispositif.

LA SITUATION DANS LE SECTEUR DE LA SANTÉ

Paris place des fêtes 4 juillet 2020 : le quartier fête son hôpital

Depuis le lundi 27 décembre, le personnel des urgences du CHU de Rouen s’est déclaré en grève illimitée « pour protester contre la dégradation de ses conditions de travail et le manque de moyens humains et matériels », en raison du manque de personnel dans l’hôpital, 40 postes d’infirmiers ne sont pas pourvus et une cinquantaine de lits fermés.

Ainsi, ce mercredi, ce sont deux autres services de l’hôpital qui ont décidé de rejoindre de concert le mouvement et déposer un préavis de grève pour le mercredi 12 janvier. Précisément, c’est l’unité d’hospitalisation d’attente (UHA) et l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) qui sont concernées. Deux services complémentaires des urgences jouant le rôle d’« unités tampons » selon les propos du secrétaire de Force Ouvrière du CHU Philippe Vasselin, rapportés dans le journal local Actu 76.

« Pour les personnes qui doivent rester après un passage aux urgences, ce sont dans ces unités qu’elles sont placées en attendant l’hospitalisation » explique-t-il. Toujours pour le journal Actu 76, Guillaume Herlin, syndiqué chez SUD, rapporte de son côté : « C’est l’effet boule de neige… La saturation des Urgences amène maintenant ces unités à leur tour saturer ». « La crise de la Covid vient exacerber une situation déjà bien tendue », ajoute-t-il.

la grève a eu lieu dans ces deux services à compter du mercredi 12 janvier toute la journée et durant la soirée. Les grévistes ont pour revendication le respect de leurs horaires de travail, ainsi que le recrutement de deux agents supplémentaires. A ce sujet, Phillipe Vasselin rapporte : « Une aide-soignante est partie, et elle n’a jamais été remplacée. La charge de travail a été répartie entre les autres soignants ». Ils demandent également la réouverture des lits en aval de ces deux services.

Encore une fois, la crise de la Covid vient mettre en évidence le manque de moyens et de personnel chroniques dans l’hôpital public, manque résultant des politiques de casse de l’hôpital public qui se succèdent depuis plusieurs décennies. Entre 2013 et 2019, ce sont plus de 13000 lits en hôpitaux qui ont été fermés.

Pour parler de la situation au CHU de Rouen, nous serons au téléphone avec Guillaume Herlin, syndiqué à SUD SANTÉ SOCIAUX et infirmier en service de néonatalogie.

Récemment, l’Autriche a décidé un confinement sélectif épargnant les vacciné·e·s. Singapour a quant à elle décidé de dérembourser les soins des patient·e·s hospitalisé·e·s pour Covid et non vacciné·e·s. En France, les non vacciné·e·s ayant besoin d’une consultation dans un établissement de santé seront bientôt refoulé·e·s. (avec la mise en place du passe vaccinal à la place du passe sanitaire).

Attention : limiter les droits fondamentaux et les soins aux non vacciné·e·s n’arrêtera
pas la pandémie de COVID-19. Continuons à soigner les non-vacciné·e·s et refusons de les discriminer.

Toute personne infectée par la Covid doit pouvoir bénéficier efficacement de soins, qu’elle soit vaccinée ou non : conseils, isolement, surveillance ou traitements spécifiques. Empêcher l’accès aux soins et au dépistage des non vacciné·e·s ne mènera qu’à l’augmentation des contaminations. Les structures hospitalières sont sous pression à cause de restrictions de capacités d’accueil et d’hospitalisation, organisées par les décideurs·euses depuis plusieurs années sur des bases
économiques de rentabilité sans lien avec les besoins de la population.

Les fermetures de lits se poursuivent sur ordre du gouvernement, alors que nous sommes en période épidémique. Et le départ des personnels·les soignant·e·s de l’hôpital qui s’opère depuis plusieurs années est dû à des causes structurelles (manque de moyens, bas salaire, heures supplémentaires non payées…). Les
personnes non vaccinées ne sont pas responsables de ça. L’argument de la vaccination indispensable pour « soulager l’hôpital public » est dangereux. Les difficultés d’accès aux soins ne relèvent pas de la responsabilité des individu·e·s : ce sont les gouvernant·e·s qui dégradent les services publics.

Notre système est (encore) basé sur la mutualisation des moyens et le partage des risques. Ce qui fait par exemple qu’une personne atteinte d’un cancer du poumon n’avance pas de frais liés à sa maladie, peu importe qu’elle ait fumé, ou été exposée à l’amiante ou autre. Se désolidariser de celles et ceux qui sont malades et qui ont besoin de soins revient à détruire les fondements de Sécurité sociale de l’assurance maladie : si chacun·e est responsable de lui/elle-même, alors pas besoin de
mettre dans un pot commun pour couvrir les soins de tous et toutes.

Chacun·e serait alors obligé·e de payer pour son propre compte en fonction des « risques » pris au cours de la vie, auprès de systèmes assurantiels qui n’attendent que ça. Il est illusoire de croire que nous pouvons individuellement nous assurer pour des risques qui représentent des sommes astronomiques (3 000 € la journée en soins intensifs, 30 000 € certaines lignes de chimiothérapie) La police d’assurance sera salée, plus salée que la cotisation solidaire qui est versée à l’Assurance maladie
aujourd’hui.

Voici une grande partie du communiqué de presse du 22 décembre 2021 du syndicat de la médecine général et nous reviendront dans les grandes lignes de ce communiqué avec Lanja Andrian, membre du SMG et médecin généraliste à Perpignan

Les soins urgents et vitaux sont encore dispensés, mais dans quelles conditions ?

Les personnels des soins sont au bout du rouleau, désabusés de leur métier, broyés dans la machine.

Au point pour certains de perdre la boussole de leur éthique professionnelle et de mettre en avant le tri à faire sur les malades qui se présentent.

Qui en est responsable ?

Certainement pas ces professionnels eux-mêmes, sur qui on reporte des questions qui devraient être traitées par le débat démocratique.

Depuis des années, les gouvernements successifs ont sacrifié notre système public de santé et l’ont vendu à la découpe au privé, sans aucune pensée globale et prospective sur les besoins et défis de santé à venir.

Des professionnels sous-payés par rapport à leurs compétences, leur qualification et leur engagement ; une absence de reconnaissance des savoir-faire ; une logique économique qui passe avant la logique des soins ; des dysfonctionnements majeurs liés à une logistique et une administration inadaptées, pourtant pléthoriques ; un empiètement de plus en plus important de techniques managériales nocives qui ne sont là que pour faire marcher des escadrons de petits soldats…

La servitude volontaire des plus gradés, paramédicaux, administratifs et malheureusement parfois médicaux, soumet aveuglément l’ensemble au dogme de la productivité, de la performance, d’une prétendue efficience, de la course au chiffre, de la concurrence entre services, établissements… Cette bureaucratie comptable, disciplinée et aveugle, dont le coût et le poids sont énormes, présente dans toutes les strates des hôpitaux, des GHT mille-feuille, des ARS… aboutit à une maltraitance des patients et des soignants, détruit le soin, dégoute les soignants et les conduit à l’arrêt ou à la fuite.

Quoi de mieux que ce lent pourrissement, cette destruction organisée pour faire fuir aussi les patients et permettre de proposer le privé lucratif comme sauveur ?

Nous en sommes arrivés là.

Peut-on encore parler d’erreur ou d’incompétence là où une stratégie de non-assistance clairement affichée trouve son illustration ?

Plus encore, c’est l’absence de vision de santé publique qui fait défaut : celle qui articulerait la médecine de ville à la médecine hospitalière, restaurerait une permanence des soins, prendrait véritablement en compte les plus précaires (4 % de la population n’a pas de mutuelle et devra payer de sa poche le nouveau forfait urgence à 19,61 € alors que les le manque de médecins généralistes est criant). Là encore il s’agit de favoriser attente, conflit, humiliation des patients par des équipes exsangues pour les dégouter un peu plus.

La psychiatrie en est une parfaite illustration. Alors qu’elle est démantelée depuis des années, mais ô combien nécessaire par les temps difficiles que nous traversons, elle n’a eu droit qu’à quelques mesurettes en septembre dernier alors que les besoins se chiffrent en milliards.

Ce communiqué de presse publié le 7 janvier 2022 par l’USP – Union Syndicale de la Psychiatrie- donne un aperçu de la situation dans le secteur de la Psychiatrie. Nous reviendrons sur cette conjoncture en compagnie de Delphine Glachant, Psychiatre en Île-de-France et présidente de l’union locale de la Psychiatrie.

Nous terminerons cette émission par l’appel à soutien pour Vincenzo Viecchi et ensuite, nous entendrons un entretien réalisé avec Charlotte Jimony, l’épouse de Jimony Rousseau, habitant de Lagny, incarcéré à la prison de Meaux-Chauconin le 6 janvier 2021 puis décédé le 2 février 2021. À cet effet, un rassemblement aura lieu ce mercredi 19 janvier 2022 à 12 h devant le tribunal de Meaux pour la suite de cette affaire.


SAINT-NAZAIRE SE MOBILISE

En se début d’émission, nous serons en compagnie d’un enseignant de Saint-Nazaire qui nous parle des mobilisations depuis le 5 Décembre contre la réforme des retraites .

Nous poursuivrons cette émission par la diffusion d’un reportage réalisé Samedi dernier à Paris avec une infirmière en psychiatrie puis la lecture de textes d’actualité terminerons cette émission.