Le 17 avril est la journée mondiale des luttes paysannes

« il faut porter une réforme agraire de grande ampleur et développer l’agroécologie »

Une centaine de manifestants se sont rassemblés à l’appel du Comité de la Via Campesina, de la Confédération Paysanne, de la Confédération Syndicale Agricole des Exploitants Familiaux (MODEF) et du Réseau de ravitaillement pour célébrer le 30ᵉ anniversaire du massacre d’Eldorado do Carajás, survenu en 1996, au Brésil. Ça n’est pas tous les jours que l’Internationale résonne sur l’esplanade du Trocadéro, à Paris. Le parvis qui surplombe la tour Eiffel est surtout habitué aux slogans rances des meetings des personnalités politiques de droite et d’extrême droite.

« Le 17 avril, c’est la journée mondiale des luttes paysannes. Comme chaque année, nous rendons hommage aux 21 paysans et paysannes tué dans l’État du Pará, explique Morgan Ody, Coordinatrice générale de la Via Campesina. C’étaient des sans-terres qui revendiquaient leurs droits à la terre et qui se sont fait massacrer par les milices des grands propriétaires ».

Une manifestation dans la capitale comme tant d’autres aux quatre coins du globe pour, précise-t-elle, « fêter les luttes paysannes, que ce soit pour la terre, pour l’eau, pour les semences, pour le féminisme paysan ; pour nos droits. »

Plusieurs drapeaux verts et jaunes s’élèvent face à la Dame de fer, qui s’entremêlent aux poings levés. Vissées sur les têtes, des casquettes rouges du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), organisation paysanne brésilienne dont Jaime Amorim est le fier représentant. « Ce massacre démontre une fois de plus l’immense violence de l’agrobusiness contre toutes celles et ceux qui luttent pour la terre », fustige-t-il. Avant de dérouler les revendications de la Via Campesina : « Pour faire germer la souveraineté alimentaire des peuples que nous appelons de nos vœux, il faut porter une réforme agraire de grande ampleur et développer l’agro-écologie. C’est comme cela que nous construisons un projet d’espoir. »

L’autre caractéristique de ce rassemblement placé sous le signe de l’allégresse lui permet de se fondre plus naturellement dans le paysage du Trocadéro. À l’instar du flot incessant de touristes internationaux qui déambulent sur la place, les paysans et paysannes participant à l’événement viennent de tous les continents : du Brésil bien sûr, mais aussi d’Haïti, Costa-Rica, d’Inde, de Corée du Sud, du Québec ou encore de Gambie.

C’est en chœur que ce melting-pot paysan livre une ode à l’internationalisme. Représentant du Sri Lanka et également membre du Comité international de la Via Campesina, Anuka de Silva croit dur comme fer « qu’il faut se réunir tous ensemble, fermiers, pêcheurs, travailleurs pour changer le système. »

« Dans un contexte de guerres et de poussée des nationalismes agressifs, nous voulons porter l’internationalisme paysan, l’unité par le bas des travailleurs et travailleuses de la terre, abonde Morgan Ody. Ce sont eux qui produisent l’alimentation pour 80 % de la population mondiale ».

Cette défense de l’intérêt général vaut partout sur le globe, y compris à Cuba, en Palestine, ou encore en Kanaky Nouvelle-Calédonie, dont les drapeaux sont disposés au sol, déployant une palette multicolore qui tranche avec la monochromie habituelle de l’esplanade séparant les deux ailes du palais de Chaillot.

Pour toutes ces paysannes et ces paysans, le lieu n’a pas été choisi au hasard. Pas tant à cause de son emplacement qui en fait un carrefour important à Paris que par le second nom qui lui est donné. Le parvis des Droits-de-l’Homme. De quoi redonner son plein sens à un lieu d’ordinaire occupé par les semeurs de haine.

Article écrit par Antoine Portoles, initialement publié dans le journal L’Humanité .